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Qui sommes-nous ?

Le site Maintenant la Gauche Val-d'Oise rassemblait initialement les militants du Parti Socialiste qui se reconnaissaient dans le travail mené de puis l'autonome 2012 par "Maintenant la Gauche", le courant de gauche du PS, qui a présenté au vote des militants la motion 3 lors du congrès de Toulouse autour d'Emmanuel Maurel. Son périmètre s'est peu à peu élargi et a conduit à la présentation de la contribution générale "Le sursaut républicain : un coup de jeune pour le socialisme" pour le congrès de Poitiers. Depuis, notre site permet d'exprimer les positions des camarades valdoisiens rassemblés lors du congrès de Poitiers au sein de la motion B "à gauche pour gagner", dont le premier signataire proposé par Emmanuel Maurel, député européen, et Benoît Hamon, député des Yvelines, est Christian Paul, député de la Nièvre. 
Frédéric Faravel en est le mandataire départemental depuis 2012 ; Adélaïde Piazzi était notre candidate à l'élection du premier secrétaire fédéral du PS95 en 2012 et en 2015.

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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 14:00
Donald Trump, président élu le 8 novembre 2016

Donald Trump, président élu le 8 novembre 2016

A chaud, donc forcément partiel et partial.

1) Le résultat est effarant, mais pas étonnant. Il faudrait être aveugle pour ne pas constater que nous sommes face à un mouvement de fond, qui touche, peu ou prou, toutes les démocraties occidentales. Un mouvement qui prospère sur l'incapacité avérée des dirigeants à protéger le plus grand nombre (économiquement, socialement, etc...)

2) Le point commun, c'est le rejet de la mondialisation, dans toutes ses dimensions. Trump, candidat "attrape-tout" par excellence, se contredit souvent, ou plutôt change de discours en fonction de chaque Etat, sauf sur deux points, toujours ressassés : l'immigration illégale et le libre-échange. Les effets désastreux de l'ALENA (l'accord de libre échange entre le Canada, les États Unis et le Mexique) ont sûrement joué un rôle bien plus important qu'on ne l'imagine.

3) il faut attendre la carte précise des résultats, mais il est facile d'imaginer qu'elle va confirmer une réalité géographique que des essais récents (et moins récents) démontrent : des fractures territoriales béantes, qui se superposent à des fractures sociales rendues possibles par un système économique (pour simplifier, le capitalisme financier transnational) par essence profondément inégalitaire. Ce n'est pas un hasard si Trump remporte les Etats de la "rust belt" (ceinture de rouille).

4) De grands intellectuels américains comme Christopher Lasch avaient analysé, il y a plusieurs décennies, ce qu'il appelait "la révolte des élites" (c'est à dire le comportement indécent des gagnants de la mondialisation libérale qu'ils soient, d'un point de vue "sociétal", "progressistes" ou conservateurs). Le ressentiment envers cette classe off shore, indifférente au sort de la majorité, a été grandissant. A partir du moment où rien ne change, il est inévitable qu’il s'exprime politiquement. En ce sens, Emmanuel Todd a raison quand il dit que "la fureur de l'électorat de Trump est rationnelle". Le fait que les électeurs aient plébiscité un milliardaire abject, vulgaire et inconsistant n'a rien de paradoxal : c'est un pied de nez supplémentaire à l'arrogance de l'establishment, à qui est tendu un miroir déformant, offrant un reflet dégénéré.

5) On le savait, mais ça se confirme scrutin après scrutin : il ne suffit pas de s'autoproclamer "progressiste" pour être perçu comme tel. Ceux qui s'estiment appartenir au "camp du Bien" devraient surtout s'abstenir d'utiliser le qualificatif "populiste": il a son intérêt en sciences politiques mais, utilisé systématiquement et à tort et à travers par des responsables qui cherchent seulement à discréditer un adversaire qui ne pense pas comme eux, il devient incompréhensible. Les gens sont bien plus sensibles aux mots qu'on ne le croit : dans "populisme", il y a "peuple". Pour beaucoup de gens , c'est positif!

6) il y a tellement de choses à faire qu'on ne sait pas forcément, aujourd'hui, par où commencer. Ce qui est sûr, pour ce qui concerne l'Europe et la France, c'est que les partisans du "business as usual" comme les tenants du TINA (there is no alternative), qui sont bien souvent les mêmes, nous mènent droit dans le mur. Il faudra en tirer toutes les conséquences politiques.

Emmanuel Maurel

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Published by Emmanuel Maurel - dans International
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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 10:41

Mardi 26 avril 2016 - COMMUNIQUÉ - Emmanuel MAUREL, député européen, Membre de la commission du Commerce international

Emmanuel_Maurel_commission_PE_TiSA_22-09-2015L’offensive de Barack Obama et Angela Merkel place, à juste titre, les négociations du Traité transatlantique (TTIP) sur le devant de la scène. Beaucoup a été dit à ce sujet, et il est de plus en plus clair que ces négociations ne s’inscrivent pas dans l’intérêt de la France. Mais la mobilisation grandissante contre le TTIP ne doit pas occulter d’autres négociations moins connues – comme les accords CETA et TiSA – dont les risques démocratiques et sociaux sont largement équivalents.

Depuis 2013, l’Union européenne négocie le TiSA – un méga-accord de libéralisation du commerce des services – avec 23 autres États industrialisés.

Comme pour la plupart des accords commerciaux, les négociations ont commencé dans l’opacité la plus totale, à tel point qu’il a fallu attendre des fuites de Wikileaks pour en savoir plus sur le contenu des propositions des parties. Elles ont eu le mérite de nous apprendre une chose : alors que les promoteurs du TiSA disent vouloir définir de nouvelles règles pour encadrer la mondialisation et l’économie numérique, l’accord tel qu’il est effectivement négocié semble plutôt s’inscrire dans une vaste entreprise de dérégulation.

Face à cette situation très insatisfaisante, le Parlement européen – qui bénéficiera d’un droit de veto sur l’accord final – s’est saisi de la question. Dans un rapport voté au début de l’année 2016 (que la gauche européenne a significativement renforcé), nous avons listé cinq exigences qui, si elles n’étaient pas toutes respectées par la Commission, justifieraient un rejet du texte :
1) Renforcer considérablement la transparence des négociations ;
2) Garantir la protection des données personnelles des citoyens européens dans l’économie numérique ;
3) Préserver le droit des États souverains à légiférer dans l’intérêt général, en rejetant explicitement les clauses « standstill » et « ratchet », ces dispositions qui rendent toute décision de libéralisation irréversible ;
4) Protéger les services publics européens, en les excluant purement et simplement du champ de l’accord ;
5) Éliminer les risques de dumping social et œuvrer à l’harmonisation par le haut du droit des travailleurs, en poussant toutes les parties à ratifier les 8 conventions fondamentales de l’Organisation internationale du travail (sur le droit de grève, l’interdiction du travail forcé, etc.).

À toutes ces demandes pressantes, qui constituent autant d’encouragements vigoureux à changer de cap, la Direction générale du Commerce de la Commission vient de réagir via un document de suivi préoccupant. D’une suffisance insupportable, elle multiplie les fins de non-recevoir aux parlementaires, sur les clauses « standstill » et « ratchet », sur les droits des travailleurs et même sur la protection des services publics !
Les négociateurs doivent cesser de jouer avec le feu. Si la Commission ne se conforme pas à toutes les directives du Parlement européen, je me mobiliserai pour que le TiSA soit très largement rejeté.

Emmanuel Maurel, député socialiste européen, en commission au Parlement européen

Emmanuel Maurel, député socialiste européen, en commission au Parlement européen

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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 10:38

Emmanuel Maurel était le jeudi 28 avril 2016 l'invité de la Matinale de RFI pour aborder la question du TAFTA et du TISA : Pendant que les négociations TTIP/TAFTA occupent le devant de la scène, la Commission européenne continue de négocier à l'abri de la vigilance citoyenne le TiSA, un méga-accord commercial destiné à lever les dernières barrières à la libéralisation des services. Sur ce sujet, la Commission semble prête à franchir toutes les lignes rouges fixées par les parlementaires. 

Emmanuel Maurel : "Je pense qu’il y a plus de risques que d’opportunités dans ce traité de libre-échange..." - RFI, 28 avril 2016
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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 09:36

687238-000_dv1546447jpgLibération - propos recueillis par Lilian Alemagna — 27 avril 2016 à 17:56

Emmanuel Maurel, député européen PS, alerte sur cet autre traité commercial en cours de négociation dont l’objectif est de libéraliser les services.

Après le projet de Tafta (Trans-Atlantic Free Trade Agreement), traité de libre-échange transatlantique, vous vous opposez au «Tisa», de quoi s’agit-il ?

D’un nouveau projet de traité commercial international («Trade In Services Agreement») qui concerne 50 pays, dont les 28 de l’Union européenne, les Etats-Unis, l’Australie… Le but de cet accord est de libéraliser l’ensemble des services pour cadrer avec le contexte actuel de la révolution numérique. C’est une directive Bolkestein puissance 10 !

Quels services seraient libéralisés ?

Tous ! Y compris les services publics – transports, hôpitaux, écoles… Par ailleurs, comme pour le Tafta, les négociations ont été lancées dans une opacité totale, en Suisse en mars 2010. Il a fallu des fuites sur WikiLeaks en 2014 pour que la Commission européenne soit obligée de rendre publics quelques éléments. Mais nous en sommes au 17e cycle de négociation et personne n’en parle.

Pourquoi la France réagit-elle sur le Tafta et pas sur le Tisa ?

C’est une négociation qui se tient hors cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et ce n’est pas la France en tant que telle qui négocie mais l’UE.

Comme pour le Tafta. Comment expliquer que le gouvernement français ne s’alarme-t-il pas dès aujourd’hui ?

Parce que la négociation sur le Tisa est plus opaque, il y a moins d’intérêt immédiat. Le Tafta est plus compréhensible, plus visible. En face, ce sont les Etats-Unis et le modèle américain. Les Français comprennent les enjeux qui concernent notamment l’alimentation (poulet javellisé, bœuf aux hormones…). Pour le Tisa, il y a un travail pédagogique à faire, comme à l’époque de la directive Bolkestein, en 2005.

Que demandez-vous ?

D’abord, une révolution méthodologique : une transparence absolue. Ces sujets concernent la vie quotidienne des citoyens. On ne peut pas négocier comme ça dans leur dos. Ensuite, il faut garantir la protection des données personnelles, or nous n’avons aucune garantie sur le sujet. Il s’agit également de préserver les droits des Etats à légiférer. Par exemple, il existe dans cet accord des clauses qui rendraient irréversibles ces décisions de libéralisation : si un gouvernement libéralise le secteur de l’eau, un autre gouvernement élu ne pourrait pas revenir dessus. Je demande aussi à ce que les services publics soient exclus du champ de la négociation. Enfin, certains pays qui participent à ces négociations n’ont pas ratifié les conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT). Tout le monde doit être à armes égales. Le Tisa est une bombe à retardement.

Lilian Alemagna

Après le Tafta, Tisa : «Une directive Bolkestein puissance 10 !» - Emmanuel Maurel, entretien dans Libération
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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 10:07

Tribune d'Emmanuel Maurel - Ouest France - 5 avril 2016
Emmanuel Maurel, Député européen,
Membre de la commission spéciale TAXE du Parlement européen,
Rapporteur fictif des sociaux-démocrates pour l’échange automatique des déclarations pays par pays des multinationales.

99% des contribuables français s’acquittent de leurs impôts, au taux légal, en respectant les dispositifs en vigueur. 99% des ménages, presque 99% des entreprises. Mais parmi le 1% restant, qui représente pourtant une part croissante des richesses mondiales, comme l’ont montré ces dernières années Thomas Piketty ou Anthony Atkinson, une ultra-minorité est responsable de la majorité de la délinquance fiscale.
Les “Panama Papers” révélés par le Consortium international de journalistes d’investigations sont davantage qu’une illustration, ils sont une preuve; une preuve d’une ampleur unique, de l’inégalité criante devant l’impôt. Ce gouffre entre les contribuables mine le contrat social, mais aussi les finances publiques. Car la crise des finances publiques, on ne le dit pas assez, est une crise des recettes publiques.
Aussi, montage légal ou pas, l’effet est le même : les États demandent aux acteurs les moins mobiles, les PME, les ménages à bas revenus et revenus moyens, de fournir un effort fiscal plus important, qui finance les recettes perdues des revenus qui se cachent dans un paradis fiscal et dans un montage opaque. Mais le constat est d’autant plus cinglant que les États, principaux perdants, sont aussi responsables. Les États ont trop tardé, trop fermé les yeux; alors qu’en pleine crise on renflouait les banques avec de l’argent public, on promettait aussi la fin des paradis fiscaux qui n’est jamais advenue. Si l’on était aussi menaçant avec les petites îles et les micro-Etats jusqu’en Europe, qui alimentent le dumping fiscal – aussi intraitable qu’on l’a été avec la Grèce, sans doute en serait-on plus proche.
Et ce n’est pas faute de mobilisation de certains acteurs en pointe dans cette lutte, la société civile bien sûr avec les lanceurs d’alerte et les ONG, dont les campagnes sont indispensables; mais aussi le Parlement européen qui s’est prononcé à plusieurs reprises pour des dispositifs contraignants interdisant les montages d’évitement de l’impôt, et en faveur d’une transparence fiscale plus étendue.
1000 milliards d’euros échappent chaque année aux fiscs des États européens ! Cela équivaut à plus de 2,5 fois le budget de la France. Et les milliers d’individus des Panama Papers ne doivent pas nous faire oublier qu’ils ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Les multinationales, qui défilent pour s’en défendre devant la commission spéciale TAXE du Parlement européen, les McDonalds, IKEA, Apple, Amazon, Google, sont les rois de cette jungle de l’optimisation fiscale.
La transparence, si elle n’est pas suffisante en soi, constitue le premier niveau, élémentaire, de toute politique de rétablissement de l’équité fiscale.
La Commission européenne, selon un calendrier qui tombe à pic, proposera la semaine prochaine une nouvelle norme : la déclaration pays par pays, publique, des informations fiscales des multinationales. Il est capital que ces informations permettent d’identifier les “canaux” qui mènent à Panama et aux paradis fiscaux. L’institution de Jean-Claude Juncker souhaitait jusqu’à présent que les multinationales puissent garder secrète la distribution de leurs bénéfices et impôts hors d’Europe. Espérons que le scandale d’aujourd’hui leur inspire une vision plus à la hauteur des enjeux. C’est le devoir de tout élu de porter cette ambition.

Emmanuel Maurel dans Ouest France - Nouveau “scandale de Panama” : le coût exorbitant de l’impunité fiscale
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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 14:19
Emmanuel Maurel, député européen, groupe S&D

Emmanuel Maurel, député européen, groupe S&D

La Tribune | Emmanuel Maurel  | 

General Electric supprime des emplois chez Alstom non pas pour des problèmes de compétitivité, mais en raison d'une pure logique financière. Par Emmanuel Maurel, Député européen, Membre de la commission affaires économiques et de la commission du commerce international

On peut légitimement parler de massacre social lorsque l'on considère les 6 500 destructions d'emplois prévues par General Electric chez Alstom en Europe (10 000 d'ici 2017). Un poste sur six va être supprimé, un employé sur six mis sur le carreau.

Il est utile de se souvenir que le rachat de cette branche « énergie » d'Alstom avait été le fruit d'une grande négociation entre l'État français, Alstom et deux candidats, Siemens et General Electric, il y a dix-huit mois seulement. Au printemps 2014, alors que les deux acheteurs potentiels s'affrontaient, Patrick Kron, PDG d'Alstom, vendait sa préférence pour le groupe Américain. Il parlait de « bain de sang social » en cas de rachat par Siemens. Avec 20% des emplois de l'entreprise achetée supprimés en Europe, le bain de sang social n'est pourtant pas très loin.

 L'absurdité totale d'un pacte avec le patronat

Cette annonce dramatique prouve l'absurdité totale de la logique de « Pacte » avec le patronat. Que peut-on obtenir d'une firme dont les décisions, pour des implantations industrielles en Europe, seront toutes soumises à la condition d'une rentabilité à deux chiffres. Ce rachat était guidé tout entier par les intérêts des détenteurs de capitaux. Ils ont d'ailleurs remercié Patrick Kron à l'époque en lui offrant un bonus, en actions, de quatre millions d'euros pour ce rachat. Les dirigeants des entreprises sont aujourd'hui eux-mêmes des actionnaires puissants : ils servent donc la rentabilité financière de l'entreprise en priorité. Je rappelle que l'objectif de ce grand nettoyage est de préserver un taux de rentabilité de 16% ! Pourquoi les industriels se contentaient il y a 30 ans de taux de 8 ou 9%, et pourquoi ces taux à deux chiffres étaient l'exception ? Parce que la financiarisation et l'accélération de l'information financière a conforté l'emprise d'un actionnariat complètement déconnecté des enjeux de long-terme, de l'innovation, de la stabilité sociale, etc.

 Cette évolution n'était pas inéluctable

 Comme bien souvent, la doxa médiatique et économique présentera le fait comme un déficit de compétitivité européen. L'analyse est aussi fausse que paresseuse. Si l'on observe la carte des licenciements, le pays le plus touché est l'Allemagne, avec 1 700 suppressions de postes dans le Bade-Wurtemberg, où l'on trouve parmi les meilleurs indicateurs de compétitivité d'Europe.

Non, en réalité, les actionnaires de General Electric, et donc les dirigeants qui en sont dépendants, ont jugé qu'il n'y avait pas un déficit de compétitivité, mais un déficit de rentabilité financière. C'est le résultat de l'importation d'une logique financière anglo-saxonne (américaine dans le cas présent). On nous avait promis que cette situation serait évitée car il n'y avait presque pas de doublons entre General Electric et la branche d'Alstom rachetée. Or le porte-parole de General Electric déclare aujourd'hui qu'il s'agit de « supprimer les doublons de portefeuille » ! Car sur ces doublons, la rentabilité financière de General Electric était encore plus élevée que celle d'Alstom. En somme, le groupe a seulement conforté sa position sur le marché mondial de l'énergie en achetant la part d'Alstom, mais cela n'obéissait pas à un quelconque projet industriel.

 Sans aller chercher plus loin, l'histoire de l'entreprise Alstom elle-même nous enseigne que tout cela n'avait rien d'inéluctable. Alstom n'était plus rentable en 2004, et l'était à nouveau en 2012. Ce que l'on oublie, c'est la nationalisation ! Les libéraux vont pousser des cris d'orfraies, mais je rappelle que, précisément, il fut un temps où Alstom avait été sauvée, et rendue rentable à nouveau, par une nationalisation temporaire en 2004. L'histoire pourrait nous servir de leçon à cet égard.

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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 10:59

Emmanuel Maurel était l'invité hier soir de LCP-AN dans l'émission "ça vous regarde" pour parler du statut d'économie de marché proposé par l'UE à la Chine et la situation économique en France.

« Je me souviens que pendant la campagne présidentielle, Sarkozy disait à peu près la même chose, que le principal problème était la formation des demandeurs d’emploi. Mais ce n’est pas le principal problème : beaucoup de demandeurs d’emploi sont déjà formé mais n’ont pas de débouchés car certaines branches ont des problèmes. La principale question c’est la relance de l’activité. Le problème c’est le remplissage des carnets de commande. »

Emmanuel Maurel, le mercredi 13 janvier 2016 sur LCP-AN

Emmanuel Maurel, le mercredi 13 janvier 2016 sur LCP-AN

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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 10:48

Marianne.fr - Mercredi 13 Janvier 2016

La Chine, membre depuis 2001 de l'OMC, pourrait accéder d'ici fin 2016 au statut d'économie de marché. Un sceau qui empêcherait à tout pays membre de l'OMC de lui opposer des mesures anti-dumping. La commission européenne ouvre cet épineux dossier ce mercredi. L'eurodéputé socialiste Emmanuel Maurel, qui s'inquiète des possibles retombées sur l'industrie et l'emploi européen, regrette que l'Europe se comporte en "idiot du village planétaire". Et regarde de l'autre côté de l'Atlantique, les Américains ayant déjà fait savoir le refus.

IBO/SIPA

Marianne : La Commission européenne et les Etats-Unis se penchent à partir d'aujourd'hui sur la possibilité d'attribuer dans le cadre de l'OMC le statut d'économie de marché à la Chine. Qu'elles seraient les conséquences de cette décision pour l'économie européenne ?

Emmanuel Maurel : A partir du moment où la Chine acquiert ce statut, tous les Etats appartenant à l'OMC ne pourront plus utiliser un certain nombre d'outils de défense commerciale. Notamment des mesures anti-dumping, social et commercial. Depuis son entrée à l'OMC en 2001, la Chine était considérée comme une "économie non marchande", avec un délai de quinze ans qui lui était donné pour faire évoluer ses règles intérieures et obtenir ce nouveau statut. 

Aujourd'hui, un certain nombre de fonctionnaires et d'idéologues de la Commission européenne considèrent que, de fait, il y a une automaticité de l'obtention de ce statut. Tout l'enjeu est justement de leur faire comprendre que cette automaticité n'existe pas sur le plan juridique. Pour une raison simple : pour être considérée comme une "économie de marché", il faudrait que la Chine remplisse les cinq critères qui la définissent. Objectivement, elle n'en remplit qu'un seul. Que ce soit à cause des subventions d'Etat aux entreprises chinoises, à l'absence de concurrence ou aux obligations des entreprises étrangères de s'associer avec des entreprises chinoises pour s'implanter en Chine. Donc, l'argument juridique ne tient absolument pas. 

Cette question est d'abord une question politique. Est-ce que l'on veut que l'Europe soit l'idiot du village planétaire en étant la seule à respecter les règles ? Et puis quelle naïveté des tenants de ce changement de statut qui n'hésitent pas à dire que "ça encouragerait la Chine à se réformer". Qui peut y croire ?

Marianne : Quelles seraient les retombées pour l'emploi en Europe ?

Il y a très peu d'études et certaines sont contestées. Mais d'après les plus fiables, l'impact dans certains secteurs industriels, comme celui de l'acier ou la céramique, pourrait être considérable. On estime qu'au niveau européen, c'est entre 1,5 à 3 millions d'emplois qui sont menacés. Le coup serait particulièrement rude.

Marianne : Qui sont les pays qui poussent à cette évolution de statut ?

Aucun pays européen ne pousse vraiment dans ce sens. Certains sont persuadés qu'il n'y a pas d'autres choix. L'Allemagne, elle, pense que sur certains secteurs, où elle a une forme de monopole, elle aurait un coup à jouer. Et puis il y a la Commission européenne qui donne l'impression de n'avoir jamais réfléchi à la question et qui se retranche derrière des arguments qui se veulent juridiques.

Marianne : Vous dénonciez dans une tribune cosignée avec Edouard Martin le pari dangereux de la Commission. La levée des mesures anti-dumping contre la Chine contre des possibles investissements en Europe de cette dernière...

C'est le grand non-dit de ce débat. Certaines personnes à la Commission pensent que la Chine va déverser sur l'Europe des millions et des millions. Jean-Claude Juncker, qui veut lancer un grand plan d'investissements pour les années à venir, ce qui est en soit une bonne chose, a besoin de financement. De son côté, la Chine, qui a vu une carte à jouer, laisse clairement entendre que l'obtention de ce statut d'économie de marché avec tous les avantages que ça comporte, débloquerait une vague d'investissements. Il faut bien se rendre compte que cette hypothèse serait terrible pour les industriels européens. De nombreux chefs d'entreprise que j'ai pu rencontrer avec mon collègue Edouard Martin, ont tous clairement partagé leur inquiétude. Même le Medef semble être inquiet... Il faut vraiment que l'Europe se dote d'une véritable stratégie commerciale pour protéger ses salariés. D'ailleurs, Les Etats-Unis, le Japon, le Canada ou l'Inde, sont tous opposés à cette idée.

Marianne : Il est amusant de noter que les Etats-Unis, souvent décrits comme le chantre de l'ultra-libéralisme, n'hésitent pas à se poser en véritables keynésiens...

Pas que, protectionnistes même. Quand on regarde en terme de marché, alors que l'Union européenne a environ 80% des siens ouvert au "libre-échange", les Etats-Unis n'en ont que 40%. Ils ont par exemple le Buy American Act qui oblige pour le secteur public, et même pour certains Américains, d'acheter des produits made in USA . Contrairement à ce qu'on dit, les gouvernements américains sont d'un pragmatisme absolu. Libéraux ou protectionnistes quand cela va dans leurs intérêts. 

Marianne : La Commission européenne a-t-elle produit des études d'impact ou part-elle les yeux fermés ?

C'est ce que l'on réclame, il faut absolument en faire pour connaître les conséquences économiques et sociales de cette hypothèse. Et que l'Europe se mette enfin à avoir une réflexion sur ses instruments de défense commerciale. Ce débat va bien au-delà du clivage traditionnel gauche/droite. Au niveau du Parlement européen, la majorité des parlementaires y sont opposés. Par contre, je suis bien plus inquiet en ce qui concerne la Commission européenne.

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3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 20:31
Emmanuel Maurel, lors de la minute de silence au Parlement européen, le lundi 16 novembre 2015

Emmanuel Maurel, lors de la minute de silence au Parlement européen, le lundi 16 novembre 2015

Le 13 novembre, la France était terriblement éprouvée. Longtemps encore nous subirons l’onde de choc de ce jour funeste qui a vu 130 innocents mourir sous les balles des terroristes, et qui fait écho, dans l’esprit de nos concitoyens, aux attentats de janvier dernier.

Sur le plan intérieur comme extérieur, la République doit se protéger. Sans se laisser dominer par l’émotion qui, bien que légitime, est rarement bonne conseillère. Sans recourir à une rhétorique martiale aussi spectaculaire que vaine.

Agir juste et rapidement sans tomber dans la précipitation, la communication brouillonne ou la surenchère : pour une démocratie en deuil, c’est la principale difficulté. Il faut être capable de concilier fermeté et sang-froid, d’améliorer la sécurité de nos concitoyens tout en protégeant les libertés fondamentales et nos principes intangibles.

On n’éradique pas le terrorisme en quelques semaines. Il s’agit là, chacun le sait, d’un combat de longue haleine et, qui plus est, d’un combat mondial. Car si notre pays a payé un très lourd tribut en janvier et en novembre, nous ne pouvons oublier que, chaque jour, le terrorisme frappe un pays, une population – Tunisie, Liban, Mali, Russie, Kenya, Nigéria, Cameroun ont été également victimes de redoutables attaques ces dernières semaines.

Dès lors, rien de plus absurde que de voir dans les exactions des djihadistes l’expression d’un supposé “choc de civilisations”. Les terroristes frappent indistinctement toutes les sociétés, et l’on serait bien en peine de définir la “civilisation” au nom de laquelle ils agiraient. Répétons-le : face à ces injures à des valeurs universelles mûries par l’histoire, nous devons agir au nom de ce même universel.

L’emprise territoriale de Daech, sa force de frappe financière et ses diverses méthodes de recrutement rendront sa destruction longue et fastidieuse : il est indispensable de le combattre sur tous les fronts de manière simultanée.

Le recours à l’action militaire peut se justifier : Daech contrôle un territoire identifié, englobant une partie de la Syrie et de l’Irak. Il faut bien entendu que la France continue de frapper militairement ses bases et ses camps d’entraînement à Rakka et à Mossoul. Pour être efficaces, ces frappes doivent cependant être extrêmement ciblées et épargner les civils piégés dans les villes, d’autant plus que Daech prospère, au Moyen-Orient et même en Europe, sur cette spirale vengeresse.

Mais, si elle s’avère parfois nécessaire, la réponse militaire (surtout lorsqu’il s’agit de frappes aériennes) est rarement la plus efficace. Elle peut même, souvent, se révéler contre-productive. Nous avons tous en tête les dramatiques erreurs précédentes (l’intervention américaine en Irak en est une) qui ont conduit au chaos et au ressentiment d’une partie de la population, et ont nourri le fanatisme et la violence.

Dès lors, il fait redoubler d’efforts en matière diplomatique. Le président de la République a raison de tenter de rassembler la coalition la plus large possible, soutenue par l’ONU. Inclure la Russie et l’Iran est une initiative de bon sens. Cela va de soi, toute naïveté est à proscrire : chacun a en tête la position ambigüe de la Turquie, chacun connaît les liaisons coupables qu’entretiennent, directement ou indirectement, certains pays arabes avec le fondamentalisme islamiste.

La France serait bien inspirée de remettre en cause des choix diplomatiques hésitants, trop souvent guidés par de seules considérations économiques. Les liaisons dangereuses avec les pétromonarchies du Golfe en sont une navrante illustration. Car c’est aussi en combattant Daech au ventre, c’est-à-dire en le privant de ses financements étrangers et de toute possibilité de vendre pétrole et œuvres d’art, que l’on atténuera son potentiel destructeur.

L’Union Européenne, elle, doit prendre la mesure du phénomène et imaginer une réplique à la hauteur de l’enjeu.

Nos partenaires doivent ainsi comprendre que la France ne peut pas être la seule à assurer la sécurité de toute l’Union européenne dans la région et à être prise pour cible à ce titre. Dans cette optique, l’activation de la clause de solidarité européenne ainsi que les déclarations de David Cameron à Paris sont encourageantes.

Les 28 États membres doivent honorer enfin leurs engagements en matière d’aide au développement, car la stagnation économique engendre l’instabilité politique. Ils ne doivent pas non plus transiger sur l’accueil de réfugiés, qui, dans leur immense majorité, fuient l’ennemi que l’on combat.

Gardons-nous, enfin, quand nous en appelons à une “réponse européenne”, de toute affirmation péremptoire : non, l’instauration d’un PNR n’est en rien la panacée en matière de lutte contre le terrorisme. Une meilleure coordination des services de renseignement et l’amélioration de la coopération judiciaire participent davantage de la solution. Quant au contrôle extérieur des frontières de l’Europe, il passe par un déploiement considérable de moyens humains et financiers qui sont pour l’instant impossibles à mobiliser compte tenu du carcan absurde du pacte de stabilité et du budget ridicule dont dispose l’Union.

Reste que tous nos efforts diplomatico-militaires sont condamnés à l’échec si nous ne faisons pas preuve de volontarisme, de lucidité, de constance, pour attaquer le terrorisme à la racine.

C’est peut-être là la tâche la plus difficile : il faut résister à la facilité des analyses univoques (l’extrême droite, bien sûr, mais aussi une partie de la droite, n’ont pas leur pareil pour offrir grilles de lecture simplistes et préconisations aussi virulentes qu’inefficaces) et appréhender le phénomène terroriste dans toute sa complexité. Le profil et l’itinéraire des djihadistes prouvent que les explications exclusivement sociales, religieuses, psychologiques, idéologiques ne rendent pas compte de la réalité.

Depuis le 13 novembre, les tribunes et autres analyses se succèdent, se contredisent plus souvent qu’elles ne se complètent, témoignant de la sidération qui nous frappe devant une telle pulsion de destruction, illustrant la difficulté à comprendre que de tels actes, commis par des barbares qui sont parfois français ou européens, puissent avoir lieu sur notre sol. Cette floraison de textes aussi partiels que partiaux est normale et saine dans une démocratie. L’indispensable prise de recul n’empêche pas l’action, elle l’accompagne et, parfois, l’inspire.

Pour le gouvernement, il s’agissait évidemment de prendre les mesures qui s’imposent pour rassurer nos compatriotes et assurer leur sécurité sans rogner sur leurs libertés fondamentales. La prolongation de l’état d’urgence a choqué nombre de camarades, dont les arguments ne manquent pas de pertinence. En ce qui me concerne, je suis prêt à me résoudre à certaines dispositions exceptionnelles pourvu qu’elles soient encadrées et temporaires. C’est le cas. Je ne comprends pas, en revanche, qu’on envisage aujourd’hui des modifications constitutionnelles dont j’ai du mal à voir en quoi elles seraient susceptibles de répondre au défi auquel la France est confrontée.
Il me paraît plus utile de déployer d’importants moyens pour améliorer l’efficacité des services de renseignement – qui ont beaucoup perdu de temps depuis les attentat commis par Mohamed Merah – et pour renforcer nos services publics, dont on prend conscience, à chaque situation de crise grave, à quel point ils sont essentiels à la cohésion de la nation. Dans ces circonstances, l’abandon de la logique comptable va de soi. Car partout où la République se retire, c’est potentiellement l’obscurantisme qui progresse et la violence qui prospère.

Pour aller plus loin :

L’explication de vote de Marie-Noëlle Lienemann sur l’état d’urgence

Parmi les très nombreuses analyses parues, forcément partielles ou partiales, je me permets de vous conseiller les trois suivantes, afin d’alimenter votre réflexion :

Gilles Kepel : « Le 13 novembre ? Le résultat d’une faillite des élites politiques françaises »

Olivier Roy : « Le djihadisme est une révolte générationnelle et nihiliste »

Marcel Gauchet : « Le fondamentalisme islamique est le signe paradoxal de la sortie du religieux »

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Published by Emmanuel Maurel - dans République International gauche
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30 novembre 2015 1 30 /11 /novembre /2015 11:14
Christian Paul, député socialiste, premier signataire de la motion B "à gauche pour gagner !"

Christian Paul, député socialiste, premier signataire de la motion B "à gauche pour gagner !"

The Huffington PostPublication: Mis à jour: 

POLITIQUE - L'urgence de la réaction aux attentats de Paris est de protéger les Français. Mais parce que l'offensive terroriste ne s'arrêtera pas là, il devient prioritaire de rechercher des réponses durables.

Sans céder à l'immédiateté, la réponse de la France, celle d'une démocratie adulte, doit se construire simultanément sur deux piliers indissociables : la sécurité et la défense d'une société ouverte. Si nous les séparons, si l'un va sans l'autre, nous échouerons et nous nous perdrons. Or, nous devons réussir. Pour les victimes, pour les rescapés et pour nous tous.

Le premier pilier organise la sécurité dans toutes ses dimensions.

Nous devons construire efficacement notre sécurité sans céder sur les libertés essentielles et les principes de l'Etat de droit. Ce n'est jamais gagné d'avance.

L'état d'urgence n'a pas de vertu miracle. Si l'on y prend garde, il peut même accoutumer le pays non pas à la résistance et à la résilience, mais au fatalisme et à la résignation. Ces mesures d'exception doivent s'accompagner d'un contrôle parlementaire accru. L'Histoire de la France nous y invite préventivement. C'est également la condition de l'unité indispensable.

La sécurité est chose trop sérieuse pour ne pas être l'affaire de tous. Cessons d'opposer citoyenneté active et institutions publiques. Pour mobiliser la société, il ne faut pas la tétaniser. Les Français sont lucides et courageux. Disons leur la vérité, sur les risques et leurs causes, sans céder aux discours anxiogènes. Déjà, la peur de l'Islam s'installe, conformément aux vœux de Daech. Cruelle défaite de la pensée ! Olivier Roy a raison de souligner que le terrorisme n'est en rien "l'expression d'une radicalisation de la population musulmane", mais "la révolte nihiliste" d'une infime minorité.

Le second pilier rassemble autour des idéaux fondateurs d'une société démocratique ouverte. Désertés depuis des années, ils retrouveront leur fermeté et leur force inspirante, si nous savons les formuler et les traduire en actes.

N'en doutons pas, notre sécurité ne se gagnera pas essentiellement sur le sol européen. Elle est désormais "mondialisée". Les intérêts économiques, le pétrole en tête, ont trop longtemps orienté les choix stratégiques qui ont eux-mêmes percuté les principes affichés. Bien avant Daech, nous l'avions oublié, les erreurs géopolitiques nous insécurisaient là-bas, à distance, de Gaza au Liban, d'Alep à Raqqa, et jusqu'à Bagdad. On ne dira jamais assez ce que les fautes des faucons bushistes de 2003 produisent comme métastases permanentes dans la vaste région qui a laissé naître Daech. L'action militaire ne se limitera pas à des frappes aériennes, elle ne peut être efficace sans un engagement coordonné de troupes que rien aujourd'hui ne rassemble spontanément. Les contradictions de nos alliances ne nous y préparent pas. Dans le monde, la France n'est forte que quand elle est en accord avec ses valeurs. Avec la Russie, la Turquie ou l'Arabie saoudite, le chemin est escarpé.

La peur nous affaiblit, et les désordres poussent au repli plus qu'au sursaut. Ce repli conduit d'abord à un immense paradoxe: réinventer des frontières hexagonales quand la coopération européenne et mondiale est plus que jamais insuffisante et qu'il faut sans délai la relancer, pour la sécurité mais aussi pour gérer ensemble les migrations ou lutter contre la crise climatique.

Nous ne vivons pas la guerre mondiale de nos parents, mais très certainement, avant comme après le 11 janvier et le 13 novembre, des secousses tectoniques continues, krach financiers, chômage de masse, angoisses pour la planète, et aujourd'hui, terrorisme aveugle, qui rendent trop étroite une réponse strictement sécuritaire.

Elle n'endiguera pas les apôtres sauvages d'une entreprise destructrice. Elle ne rassurera pas ceux qui recherchent dans un âge d'or improbable des protections illusoires. Tout au plus, elle imposera l'idée que notre monde est vide de sens et que rien ne pourra lui en redonner.

Alors comment faire d'un moment d'immense tragédie nationale le début de ce nouveau récit commun, vainement recherché dans les années récentes et que le 11 janvier 2015 avait esquissé sans lendemain?

Plus encore qu'après Charlie, nous devons dépasser les événements, qui assassinent tous nos principes, pour puiser dans les forces inépuisables d'une grande nation ouverte au monde, pour retrouver les idéaux mobilisateurs et les utopies concrètes. Pour endiguer les offensives meurtrières, et pour éviter le repli identitaire, il faudra donner des perspectives crédibles à une génération qui, pour une grande part, n'est plus mobilisable par la politique. Changeons d'époque, invitons la jeunesse de France à monter sur la scène et à donner le meilleur d'elle-même. Au quotidien, saluons déjà le travail de fourmi, dans les écoles, les entreprises, les associations, de tous ceux qui continuent, qui sont restés debout, quand tout concourt à l'enfermement ou à la haine. "L'homme est plus grand que la guerre", écrit Svetlana Alexievitch.

Face aux fractures territoriales, qui ont disloqué le pays, au sentiment d'abandon qui s'incarne de mille façons, non seulement dans les banlieues, mais au coeur des villes et des villages, imaginons un plan République, pour la périphérie des grandes agglomérations, gangrenée par les inégalités, mais aussi au-delà. Le pacte d'égalité de la France ne peut s'effacer devant les politiques d'austérité. Comment désigner des apartheids français sans s'engager pour les réduire massivement ? Ce programme pour l'égalité exige une modernisation du pays, une exigence et des valeurs inébranlables, un engagement authentique. Les avons-nous dilapidés?

Il est vital de reformuler le projet républicain, de donner à la laïcité un contenu réellement partagé, plutôt que de réviser à la hâte la Constitution. À chaque grand moment de l'Histoire de la France, à chaque temps de ruptures, en 1789, aux débuts de la IIIème République comme en 1945, le débat national a permis de surmonter les épreuves et d'accoucher un nouvel âge démocratique. Saurons-nous organiser ce dialogue, le traduire dans un projet de société qui convainc et qui entraîne? Après le 13 novembre, nous pouvons assister à un nouvel épuisement de notre démocratie, ou à l'inverse, en réanimer les principes. La France est très précisément à ce carrefour.

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