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Qui sommes-nous ?

Le site Maintenant la Gauche Val-d'Oise rassemblait initialement les militants du Parti Socialiste qui se reconnaissaient dans le travail mené de puis l'autonome 2012 par "Maintenant la Gauche", le courant de gauche du PS, qui a présenté au vote des militants la motion 3 lors du congrès de Toulouse autour d'Emmanuel Maurel. Son périmètre s'est peu à peu élargi et a conduit à la présentation de la contribution générale "Le sursaut républicain : un coup de jeune pour le socialisme" pour le congrès de Poitiers. Depuis, notre site permet d'exprimer les positions des camarades valdoisiens rassemblés lors du congrès de Poitiers au sein de la motion B "à gauche pour gagner", dont le premier signataire proposé par Emmanuel Maurel, député européen, et Benoît Hamon, député des Yvelines, est Christian Paul, député de la Nièvre. 
Frédéric Faravel en est le mandataire départemental depuis 2012 ; Adélaïde Piazzi était notre candidate à l'élection du premier secrétaire fédéral du PS95 en 2012 et en 2015.

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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 08:52

logo MLG 2-copie-2Notre camarade Bernard MATHONNAT s'est proposé d'animer dans la perspective des élections municipales une formation afin de vous aider à intégrer la Culture dans vos programmes municipaux. Nos camarades d'Île-de-France sont également invités.
Nous vous proposons de nous retrouver le Jeudi 12 décembre 2013 à 19h30 - Maison des Associations, Rue du Four-Gaudon, à Écouen (à droite après le gymnase). Retrouvez l'invitation ici.

Pour ouvrir la discussion et la formation, notre camarade propose cette petite note à votre réflexion.

 

Quelques réflexions pour des axes d’orientations de  politique culturelle

bernard mathonnatCelle-ci doit être menée en direction de tous les publics qu’ils soient publics jeunes, jeunes publics, adultes, séniors… et comme pour tous les autres pans de la politique culturelle, dans le domaine du théâtre, du cinéma, de  la chanson …, revendiquons un spectacle vivant, ni moralisateur au sens péjoratif de l’instrumentalisation à une intégration, ou pire communautariste, ni enseignant c’est à dire uniquement instructif, ni d’ailleurs uniquement distractif car il mène forcément à l’illusion.

Nous souhaitons présenter un art vivant non mineur, mais d'exigence esthétique et de recherche.

En bref, nous voulons voir triompher une politique culturelle  fait d’évènements vivants de plaisir, de rêve et de magie.

Ceci dit, nous souhaitons promouvoir des formes artistiques qui tiennent compte de la réalité sociale où vivent, s'expriment et se débattent adultes comme enfants.

Le spectacle vivant doit contribuer à lui donner une appréhension de la vie au travers de sa sensibilité, de son imaginaire, pour faire naître, après, plus tard, réflexions, analyses et critiques.

Quoiqu'il en soit, le "voir", le "goûter", "l'écoute" sont autant d'activités créatrices.

Certes, reconnaissons l'existence et le besoin de formes artistiques spécifiques pour les enfants de moins de 10 ans. Pour autant cette reconnaissance de différences sur le plan des intérêts, du vécu, du statut aussi n'implique pas une séparation du monde de l'enfant et de celui de l'adulte, tout juste une autre manière d'appréhender son environnement.

La démocratisation de la culture et notamment le théâtre constitue à la fois un enjeu d’avenir, mais aussi un facteur puissant d’accès à la citoyenneté.

En effet, être citoyen actif, c’est avoir une capacité de vigilance, donc un esprit critique, une liberté de pensée, une aptitude à s’exprimer, à trouver sa place, à se bâtir des repères et un système de valeurs respectant les fondements de la démocratie. Pour cela, il faut être acteur de son existence sur la base d’une identité solidement construite.

Les pratiques artistiques et le rapport à l’Art, en participant à la construction du sujet libre, permettent à chacun de s’inscrire dans la vie de la cité pour y exercer ses droits et ses devoirs, car en fin de compte, cette jeunesse et toutes ces populations et tranches d’ages constituent un atout formidable pour la collectivité, si les conditions de leurs émancipations sont réunies.

Comme toutes les villes de banlieue, nos villes sont confrontées aux difficultés d’intégration de sa jeunesse, au chômage, à l’exclusion, au repli identitaire, à des processus douloureux d’acculturation. Certains jeunes y rencontrent des difficultés tant scolaires, que d’ordre familial, génératrices de marginalisation.

Pour permettre à chaque personne,  quelque soit sa tranche d’âge et d’origine, d’être citoyen à part entière, pour répondre à ces difficultés, à ces exclusions, les municipalités se doivent de mettre en place de nombreux dispositifs destinés à réduire les inégalités d’accès à la culture.

Car dans cette démocratie malade, la culture semble bien être, à elle seule, le dernier rempart aux montées, populistes, communautaristes et xénophobes. Elle sert à la compréhension de l’autre, aux cultures autres et enrichit notre République…

Et n’en déplaise à certains ayatollahs de l’enseignement unique des matières fondamentales, il ne faut pas à mon sens, heureusement à l’inverse de ce qui est entrepris par exemple à Gonesse, reléguer du socle des compétences à acquérir, la culture et les arts. Repousser celles-ci uniquement dans le péri-scolaire ce serait une grave erreur et un recul historique.

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Published by Bernard Mathonnat - dans Culture(s)
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17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 17:17

La Revue Socialiste, Juillet 2012

Emmanuel Maurel - La RochelleS’il est bien un lieu commun de la politique française, c’est que le Parti socialiste est avant tout un « parti culturel ». L’« ode à la culture » est devenue un passage obligé pour tout dirigeant progressiste digne de ce nom, et il est communément admis que le socialiste est, naturellement, « du côté des créateurs »… et réciproquement.

 

Pour les socialistes exclus du pouvoir, les « discours sur l’art » ont longtemps précédé (et préparé) les « politiques culturelles ».

Dès les prémisses du socialisme français (le premier 19eme siècle), la question esthétique occupe une place de choix dans la littérature théorique. Avec des variantes importantes, les saint simoniens, les fouriéristes, les socialistes chrétiens (et notamment Pierre Leroux) interrogent le rapport entre l’art et la société, et s’accordent sur deux points essentiels, qu’on résumera ainsi en termes « modernes » : l’art est le véhicule (ou le reflet) d’une idéologie dominante produite par un système naturellement mauvais, le capitalisme, et par une classe naturellement décadente, la bourgeoisie. Le nécessaire changement social et l’avènement d’une humanité nouvelle passe donc par un art nouveau. Promouvoir « l’art social »[1], c’est assigner aux œuvres et aux créateurs une mission politique: montrer le vrai, dire le juste, allier le beau et l’utile dans une société que les injustices rendent laide et décadente.

 

A la recherche de l’art social

 

Ces préoccupations rejoignent le souci de certains artistes, qui, s’ils ne se reconnaissent pas dans les petites « sectes » socialistes, ont pris conscience de la nécessité de représenter la vie du peuple dans leurs œuvres. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les Mystères de Paris (1842) d’Eugène Sue ou le compagnon du Tour de France de Georges Sand (1841) seront ainsi enrôlées du côté de l’art social, comme plus tard les Misérables de Victor Hugo. Or si Sand était acquise aux idées de Pierre Leroux, Eugène Sue a commencé à écrire les Mystères simplement pour « intéresser le beau monde aux dessous pittoresques du mauvais [2]» (préface Bouquins). Mais le succès inouï de son roman feuilleton fait de lui, et malgré lui, une sorte d’annonciateur de 1848 et le symbole vivant des artistes épousant la cause du peuple. L’attention portée ainsi aux gens de peu, aux travailleurs des manufactures, aux paysans, aux « bas fonds » même, n’obéit pas forcément à des visées politiques : mais, dans un contexte de grandes mutations économiques, la simple évocation de la « question sociale » a quelque chose de subversif.

Notons que le débat qui s’esquisse porte plutôt sur le sujet de la représentation que sur les formes de la représentation. L’idée saint simonienne selon laquelle «la vaillance artistique devait forcément avoir pour pendant la vaillance sociale, et que la révolution des formes accompagnerait forcément une révolution plus globale[3] » ne s’impose pas. 

Et même quand Proudhon, dès 1850, prend la défense de l’œuvre d’un Gustave Courbet dont le « réalisme » heurte le bon goût bourgeois plutôt porté vers l’académisme, c’est plus l’ « utilité morale », le contenu de l’œuvre qui lui importe plutôt que les innovations formelles (la lecture de son essai publié à titre posthume, Du principe de l'art et de sa destination sociale, le confirme). Au 19ème la coïncidence entre avant-garde politique et avant-garde artistique, si répandue au siècle suivant, ne va pas de soi.

 

Avec l’émergence du mouvement ouvrier et la naissance du socialisme comme doctrine cohérente portée par des organisations identifiées, la question esthétique devient vraiment un élément du débat politique. Parce que le socialisme est à la fois une critique et un projet, les artistes sont invités à penser la création à la fois comme dénonciation et comme proposition.

 

La tentative la plus originale de concilier la pratique artistique et le projet socialiste est à mettre au crédit d’une personnalité un peu en marge, l’anglais William Morris, qui tente de donner un débouché concret à ses idées développées notamment dans sa conférence « l’art en ploutocratie » (1883) et sa brochure « Art and Socialism » (1884). Morris, très tôt militant de la Socialist League, ne se contente pas de proclamer que « la cause de l’art, c’est la cause du peuple ». Pour lui, le capitalisme exploite les travailleurs tout en les maintenant dans un environnement quotidien d’une effrayante laideur (production de masse d’objets standardisés obéissant à la seule logique du profit maximum). Le socialiste conséquent doit donc promouvoir le « droit au beau » pour tous, mais aussi le droit à la création pour tous (qui suppose de refuser la distinction entre artiste et artisan) qui s’imposeront dans la cité future. Ici, l’art ne se résume pas à ses expressions « nobles » (peinture, poésie, musique, etc…) mais doit être entendu plutôt comme « cadre de vie ». Précurseur de l’art nouveau et du design,  Morris s’intéresse à l’architecture, mais aussi à la décoration intérieure et à tous les arts appliqués.  Il mettra d’ailleurs en pratique cette conception du  socialisme comme « art de vivre » en créant une coopérative ouvrière aux résultats florissants, la Morris and Co, spécialisée dans la fabrication de vitraux, de textiles te de papiers peints[4].   

 

L’art, c’est politique !

 

Mais c’est surtout en littérature que l’influence du courant socialiste se fait sentir à la fin  du 19ème siècle. Si les écrivains militants sont rares, ceux qui se reconnaissent dans la critique sociale ne le sont pas et pourraient adhérer aux propos d’un Octave Mirbeau quand il écrit à Jules Huret : « Oui, mon cher ami, l’art doit être socialiste, s’il veut être grand. Car qu’est ce que cela nous fait les petites histoires d’amour de Marcel Prévost ? [5]». Sous la plume de l’auteur du Jardin des supplices, le qualificatif de « socialiste » évoque, plus qu’un projet politique progressiste, une réaction salutaire par rapport aux canons esthétiques de l’art bourgeois qui se contente de représenter la vie des classes dominantes.

 

Prévost, et surtout Paul Bourget, incarnent une littérature fade et psychologisante vouée à la seule décortication des tourments et des états d’âme des nantis (« je compris que dans ce milieu, on ne commence à être une âme qu’à partir de cent mille francs de rente. », écrit l’héroïne de Mirbeau à propos de Bourget dans le Journal d’une femme de chambre).

 

Quelques années après les débuts de la IIIème République s’affirme un courant esthético-politique en faveur de « l’art social », popularisé par des clubs (le plus connu est fondé notamment par l’écrivain JH Rosny, apprécié de Jaurès), des brochures théoriques (Art et socialisme de Léon Destrées, l’écrivain et l’art social, de Bernard Lazare), des nombreuses conférences.

 

Les critiques littéraires socialistes et anarchistes font cause commune et s’en prennent autant écrivains bourgeois qu’aux théoriciens de «  l’art pour l’art », qui n’assignent à la création aucune fin sociale, et qui se refusent à cette sainte alliance du Beau et du Juste. L’indifférence au sort du peuple, et en particulier aux souffrances des travailleurs, que certains croient percevoir chez les symbolistes, décadents et autres  parnassiens est dénoncée avec force. « Ce n’est pas ainsi que nous devons concevoir l’art, nous qui travaillons pour demain. Pour nous, le rôle de l’écrivain n’est pas de jouer de la flûte sur une tour en contemplant son nombril ; l’artiste n’est ni un solitaire, ni un amuseur et l’art doit être social » (Lazare, l’écrivain et l’art social, cité par Marc Angenot). Cette opposition, certes un peu caricaturale, entre partisans de « l’art social » et défenseurs de « l’art pour l’art » ou romanciers mondains conformistes sera évidemment exacerbée par « l’Affaire », puisque la majorité des premiers seront dreyfusards, et la majorité des seconds antidreyfusards[6]. Il faudrait beaucoup nuancer (ce que nous ne pouvons faire faute de place) mais ce qui est sûr, c’est qu’à partir du milieu de cette décennie, « diverses affaires rendent moins tenable le repliement orgueilleux dans la revendication exclusive de l’art pour l’art : les circonstances font que les écrivains se voient rattrapés par la politique qu’ils affectaient d’ignorer[7] ».

 

Incontestablement, l’Affaire Dreyfus a accéléré la politisation du mouvement littéraire. Si la figure très française de « l’écrivain engagé » ne date pas de cette fin de siècle, elle trouve ici sa pleine mesure, avec des figures consacrées comme Zola, Mirbeau ou Anatole France (côté dreyfusard), Barrès, Bourget ou Loti (côté antidreyfusard). A l’évidence, le mouvement socialiste bénéficie de ce contexte politique : de nombreux créateurs deviennent compagnons de route. La fameuse La Revue Blanche, ouverte à toutes les avant-gardes (picturales, poétiques, musicales) se rapproche du socialisme réformiste de Jaurès. Parmi ses plus brillants critiques, un jeune homme remarquable, Léon Blum. Mais c’est surtout le lancement de l’Humanité, en avril 1904, qui témoigne de cette proximité entre un grand nombre d’artistes et le mouvement ouvrier en structuration.

 

La liste des collaborateurs du journal à sa fondation est impressionnante, comme l’illustre le bon mot de Briand : « ce n’est pas l’Humanité, ce sont les humanités ! ».

 

D’un côté, de plus en plus d’artistes s’engagent en faveur du socialisme. De l’autre, les dirigeants socialistes produisent un discours sur l’art qui peine à s’homogénéiser. Car si la plupart des grandes figures du mouvement sont également critiques d’art (essentiellement  littéraires), ils affichent des conceptions esthétiques divergentes. Très lu, Lafargue ne voit « aucune fonction propre à la littérature en dehors de son rôle directement pédagogique et militant[8] ». S’il fustige « la légende de Victor Hugo » et les « grues métaphysiques de la bourgeoisie », c’est surtout pour bien souligner ce qui sépare le courant socialiste du camp républicain. Blum, dont c’est aussi son métier, admire autant Barrès que Zola et chronique majoritairement les œuvres des écrivains installés[9].

 

Jaurès, Péguy, et l’art socialiste

 

Le cas de Jaurès est plus complexe et plus intéressant. Infatigable commentateur de la création artistique de son temps, dans la dépêche du midi (il signe « le Liseur ») puis dans l’Humanité,  le député du Tarn ne rechigne pas à la théorisation et tente, par tâtonnements successifs, de définir ce que pourrait être une « conception socialiste de l’art ». Dans deux conférences prononcées à quelques mois d’intervalle (13 avril et 26 juillet 1900), « l’art et le socialisme » et « le théâtre social », il répond clairement à la question du contenu de l’esthétique progressiste. Le discours sur « l’art et le socialisme », prononcé devant Anatole France, est le texte le plus connu, qui déclencha les foudres d’un camarade illustre, Charles Péguy. Dans celui-ci, Jaurès explique que l’art de « la démocratie bourgeoise finissante[10] » est nécessairement inachevé. Même si des grands esprits ont produit de grandes œuvres, cette « vie d’art » est  « chaotique et superficielle ». D’abord parce que l’artiste reste prisonnier de « l’interprétation individualiste de la nature ». Ensuite parce l’art n’a pas « atteint les profondeurs du peuple » et que les dominants ont maintenu cette fausse hiérarchie de valeur entre les « beaux arts » et les arts industriels ». Enfin, parce que, dans une société déchirée par le conflit de classes, l’art, à vocation universelle, reste l’apanage des privilégiés.

Constatant que « la classe ouvrière et paysanne ne dispose pas de suffisamment d’un moyen d’expression pour traduire en beauté d’art, ses sensations, ses pensées et ses rêves », Jaurès dessine les contours de l’éducation populaire, qui doit élever le prolétariat « à la hauteur de l’art. »

 

Mais la société socialiste ne saurait se résumer à « l’art pour tous ». Elle contient une promesse, celle « d’un merveilleux renouveau artistique qui jaillira du renouveau social ». Même si il faut attendre la révolution pour voir des « œuvres d’art pleinement homogènes et pleinement harmonieuses », Jaurès décèle dans le siècle écoulé « la première lueur de l’art socialiste, le communisme de demain ».

 

Il souligne le rôle déterminant du saint simonisme et au fouriérisme qui ont ouvert la voie à une nouvelle esthétique, influençant fortement les premiers romantiques, à commencer par Hugo. Mais surtout, il présente trois artistes qui, selon lui, posent les bases de la société future..

 

Richard Wagner, auteur d’une brochure en 1849 (Die Kunst und die Revolution), dont l’idée « d’art total » a été « inspirée par le communisme ». Zola, bien sûr, dont l’œuvre-fleuve a été soulevée « d’un magnifique bouillonnement de colère » et a participé à la « glorification de la justice et du bien et à l’annonce d’une société nouvelle ». Plus étonnant, le peintre Puvis de Chavannes, dont les tableaux et les dessins permettent d’entrevoir « la sérénité de l’humanité réconciliée avec elle-même et avec la nature ». Des créateurs donc, qui annoncent, même confusément, cet art « véritablement humain », cette unité retrouvée dans la société sans classes. Des artistes appelés à « faire alliance » avec « cette force de beauté qu’est maintenant le prolétariat organisé en marche vers la justice ».

Certains seront un peu surpris de lire un Jaurès aussi hardi, n’hésitant pas à déclamer que « nous sommes toute la beauté parce que nous sommes toute la vérité ». Dans sa conférence « sur le théâtre social », il persiste et va plus loin encore. Pour lui, le drame à tendance socialiste (le discours précède la représentation d’une pièce d’un certain Louis Marsolleau, « Mais quelqu’un troubla la fête ») doit être considéré comme un outil au service du combat social, un moyen « de hâter la décomposition d’une société donnée et de préparer l’avènement d’une société nouvelle ». Là encore, à l’issue d’un long rappel historique dans lequel il convoque Diderot, Beaumarchais, Schiller, et Dumas Fils, l’orateur assigne au théâtre une mission éminemment politique, celle de « protester contre la société d’aujourd’hui non seulement avec Marx, au nom du prolétariat qui souffre, mais encore avec Ibsen, au nom de la vérité qui se meurt ». Cette synthèse entre lutte individuelle et lutte des classes, cette idée du drame comme instrument de prise de conscience et moyen d’émancipation, « préfigure la conception brechtienne.[11] »

 

Dans l’esprit de Jaurès, il y a donc bien « une conception socialiste de l’art », il y a aussi, à venir un « art socialiste ». Cette conviction, tous les camarades de Jaurès sont loin de la partager. A l’époque, Charles Péguy fait partie de la jeune garde dreyfusard, auteur de beaux textes sur la future « cité socialiste[12] ». Sa réaction au discours du 13 avril est pourtant très virulente. Dans un texte intitulé « Réponse brève à Jaurès[13] », il conteste radicalement les arguments du leader de gauche. Pour lui, la seule attitude socialiste légitime en matière esthétique est la mise à disposition des moyens qui permettront à l'artiste de créer en toute tranquillité : « La création d'art contemporaine se heurte aux servitudes bourgeoises. Comme socialistes, nous travaillons de toutes nos forces, à l'affranchir de toutes les servitudes. La révolution sociale nous donnera la libération de l'art. La révolution sociale nous donnera la libération de l’art. Elle nous donnera un art libre, mais non pas un art socialiste.[14] »

 

Pour Péguy, l’artiste n’a rien d’un propagandiste. Au contraire, « nous demandons que les savants, comme savants, et les artistes, comme artistes, soient dans la cité affranchis de la cité (…) Nous demandons enfin que l’œuvre d’art ne soit pas faite comme la société l’aura décidé, mais librement comme les artistes l’auront désirée, l’auront voulue, l’auront eue[15] »

 

Quant à l’alliance des artistes et des prolétaires,  Péguy la récuse fortement : « Singuliers militants, mon ami, que ceux qui seraient tentés d'aller chercher dans la vie militante un principe nouveau, une nouvelle force de beauté. (…)Malheureux ceux qui vont chercher dans la vie militante ce qu'elle n'est pas faite pour donner, pour nous donner. Malheureux ceux qui n'y cherchent pas uniment la réalisation d'un modeste idéal. Malheureux sans doute parce qu'ils sont immoraux. Malheureux ensuite parce qu'ils seront déçus[16]»

 

En revanche, et contrairement à Jaurès qui avait écarté le problème dès le début de son discours du 13 avril, Péguy s’intéresse aux conditions de travail de l’artiste, à ses contraintes économiques. Ainsi, à « l’art au service du socialisme », le rédacteur des Cahiers de la quinzaine oppose « le socialisme au service de l’art »..

Si le débat sur « l’art socialiste » n’est pas clos, les dirigeants politiques semblent chercher vainement le romancier ou le dramaturge (car Marcel Sembat mis à part, peu nombreux sont les socialistes portant attention aux avant-gardes picturales) dont l’œuvre incarnerait pleinement cette direction nouvelle.  Les tentatives de « théâtre social » sont peu concluantes. Quant aux « romans socialistes », ils sont aussi rares que médiocres. Les orthodoxes se rassureront en relisant Marx et Engels qui avaient, dès la Sainte Famille, fait un sort aux œuvres « à thèse ». Engels reprendra d’ailleurs ce thème à la fin de sa vie, préférant Balzac à Zola car « la tendance doit ressortir de la situation et de l’action elles mêmes, sans qu’elle soit explicitement formulée, et le poète n’est pas tenu de donner toute faite à son lecteur la solution historique future des conflits sociaux qu’il décrit » (lettre à Minna Kautsky, 1888). Pour le vieux compagnon de Marx, l’artiste doit faire vivre des êtres, non mettre en scène des idées. Il ajoute même que « plus les opinions politiques de l’auteur demeurent cachées et mieux cela vaut pour l’œuvre d’art. » (Lettre à Margaret Harkness, avril 1888).

 

Si les socialistes trouvent des raisons d’espérer, c’est dans la littérature….américaine. Jack London (Le talon de fer) et surtout Upton Sinclair (la Jungle) enthousiasment la gauche. Jean Longuet, explique ainsi, dans la Revue Socialiste, que « la philosophie de Zola était le socialisme utopique de Fourrier, celle de Sinclair est le socialisme moderne de Marx.[17]»

Cette attention à la littérature contemporaine ne doit pas occulter un fait important. Dans le mouvement socialiste désormais unifié, la compréhension des avant-gardes esthétiques qui foisonnent avant la Guerre est très limitée. Jaurès, Blum et les autres restent prisonniers de leur formation bourgeoise assez conformiste. Madeleine Rébérioux le dit sévèrement à propos du leader de la nouvelle SFIO : « peu sensible à la contestation picturale et guère davantage au renouvellement littéraire dans ce qu’il a de plus hardi[18] », Jaurès, comme la plupart de ses condisciples, n’est guère « effleuré par l’idée que le socialisme pourrait être porteur d’un autre mode de perception du monde ». Elle constate ainsi le « divorce entre le parti qui se considérait comme porteur de l’avenir du socialisme et les recherches par lesquelles s’élaborait une nouvelle vision du monde ».

Une chose est de plaider pour un art nouveau, une autre est de savoir en repérer les plus éclatantes manifestations. Erik Satie notait avec causticité cette « anomalie » que constituait le cas Debussy qui n’aimait pas « la journée de huit heures et l’augmentation des salaires ». Il ajoutait « ce révolutionnaire en Art était très bourgeois dans l’usage de la vie [19]». L’inverse est vrai.

Art et révolution

On passera rapidement sur les décennies suivantes ! Non qu’elles soient, relativement à notre sujet, négligeables, loin de là. Mais elles ont été maintes fois étudiées, commentées, et les programmes des lycées y font bonne place.

Résumons à grands traits, donc sans nuance. A la fin de la guerre, c’est la Révolution. La vraie. Les créateurs qui l’appelaient en art l’embrassent en politique. Surréalistes, dadaïstes, cubistes : s’ils ne sont pas encartés, ils sont fascinés par l’URSS, et donc plus proches de ceux qui se revendiquent des bolchéviks en France (le tout nouveau Parti Communiste Français) que de la « vieille maison ». Les vieilles maisons, ça reste des vieilleries. Même Anatole France, compagnon de la SFIO, écrit un « salut aux Soviets » ! Alors, bien sûr, on pourra toujours gloser sur le comportement politique erratique des surréalistes qui ne goutent guère l’enrégimentement rouge. Il n’empêche. Les avant gardistes ont plutôt la tête à l’Est. Il faut dire qu’au tout début de la période soviétique, celles-ci sont plébiscitées : Malevitch, Maïakovski, Eisenstein, tous les créateurs audacieux y trouvent leur compte. Et le commissaire du peuple à la culture, Lounartcharski sillonne la Russie pour porter la bonne parole, celle d’un art en liberté, celle de l’ouverture des musées au peuple et de la construction de grandes bibliothèques. Staline va mettre tout ces enthousiastes au pas, imposant à coups d’excommunications un « art prolétarien » qui, s’il n’est pas toujours exempt d’une certaine beauté, incarne la négation absolue de la création libre. En 34, Gorki présente lui-même les codes du réalisme soviétique (l’ouvrier et le paysan comme thèmes, la peinture figurative, la musique harmonieuse, etc…). Ceux qui refusent de prêter serment à Staline se terrent, se tuent ou sont tués. Les autres tremblent, tel ce pauvre Chostakovitch, pourtant bien disposé envers le régime, mais qui a contre lui d’avoir écrit un opéra, Lady Macbeth, qui déplaît beaucoup au maître du Kremlin. Accusé d’hermétisme et de formalisme petit bourgeois, le compositeur frôle de peu l’exécution et se rachète en composant une pâle et vertueuse Symphonie (la 5ème, dont le sous titre est tout un  programme : « réponse créative d'un artiste soviétique à de justes critiques »). En cachette, il en écrit une autre (la 4ème symphonie), bouleversante et déchirante, qui attendra plus de 20 ans avant d’être jouée.  

A Moscou, l’art prolétarien et la glaciation. A Paris, les artistes sont souvent communistes mais ne prennent pas trop de risques. Aragon et Eluard peuvent continuer à bousculer les codes tout en rédigeant, de temps à autres, de peu glorieuses odes au Petit père des peuples. Darius Milhaud et Arthur Honneger discutent musique dans l’Humanité, comme Louis Delluc, Georges Sadoul, René clair y chroniquent le cinéma. Quant à Paul Nizan, terrible imprécateur et génial découvreur, il annonce l’avènement proche d’une « littérature du bonheur[20] », tout en ayant bien soin de rappeler que « toute littérature est propagande ».

A gauche donc, le paysage est simple : suprématie des artistes révolutionnaires, et parmi eux une majorité de communistes pas trop regardants sur le stalinisme. Bien sûr, il y a ceux qui sauvent l’honneur. Parmi eux, Breton, qui non content d’interpeller ses anciens petits camarades surréalistes tombés dans l’eau soviétiquement bénite, écrit avec Trotsky un manifeste percutant, « pour un art révolutionnaire et indépendant », qui rappelle utilement que « si, pour le développement des forces productives matérielles, la révolution est tenue d’ériger un régime socialiste de plan centralisé, pour la création intellectuelle elle doit dès le début même établir et assurer un régime anarchiste de liberté individuelle[21] ».

Et les socialistes dans tout ça ? Pris entre « le double mouvement de l’irruption du nouveau parti et d’avant-gardes artistiques dont la politisation ne cessera de hanter la vie culturelle [22]», ils semblent décalés. Si la SFIO se reconstruit rapidement grâce à son réseau d’élus locaux et de parlementaires, elle ne peut rivaliser avec la force de frappe culturelle du PCF, son leadership intellectuel. Et délaisse, pour un temps, les débats esthétiques, se bornant au rejet du « Proletkult ».

De l’art à la culture

Il y a bien certaines entreprises de théorisation qui méritent l’intérêt. Même si le texte  ne fut pas publié à l’époque, le travail de Maurice Deixonne, exhumé récemment par l’OURS[23], retient l’attention.

Dans le cadre de son groupe « révolution constructive », ce jeune normalien, épaulé par une dizaine d’intellectuels (parmi lesquels Georges Lefranc et Claude Levi Strauss), entreprend une « exploration globale de la solution à la crise politique, économique et morale de la société [24]». L’esthétique fait partie des sujets « explorés », et le texte « l’art et le socialisme », écrit par Deixonne et relu par Lévi Strauss, se veut une mise au point doctrinale aussi ambitieuse que le fut celle de Jaurès 30 ans auparavant.

Le texte est sévère pour l’art prolétarien, ses défilés, ses bustes et effigies et ses inévitables pièces à thèses («  quant au socialisme, quel bénéfice peut-il tirer de l’asservissement de l’art ? »). Il l’est tout autant pour la société capitaliste dont la dynamique de standardisation a fait progressivement disparaître l’« art populaire original » (folklore, coutumes, chansons), laissant « le grand public peu à peu de forger une âme de spectateur parce qu’il n’a pas le choix qu’entre le tout-fait et l’inaccessible. »

Si Deixonne a davantage d’interrogations que de certitudes (et si, finalement, la première urgence politique était simplement de faire accéder le prolétariat à cette culture bourgeoise inaccessible ?), il tente, à partir d’une distinction implicite entre création populaire et art socialiste, de trouver des solutions au problème du « divorce » grandissant entre l’art et les masses : D’où l’accent mis sur les nouvelles formes d’expression (le cinéma, le jazz), la nouvelle vague architecturale (le Corbusier), mais aussi sur des sujets aussi divers que « l’organisation des musées » ou la scénographie des grands meetings : Bref, tous ces éléments épars qui constituent ce qu’on commence à appeler « la culture ».

Car c’est là le basculement fondamental de cette fin de première moitié du siècle : le passage du discours sur l’art et les artistes à la réflexion sur culture et à la mise en œuvre des  politiques culturelles. 

De ce point de vue, le Front Populaire constitue un moment clé. Au pouvoir, les socialistes ont l’occasion, enfin, de mettre en pratique leurs théories de « l’art pour tous » (faciliter l’accès à la culture de ceux qui en ont longtemps été éloignés) et de « l’art par tous » (donner à chacun l’opportunité de créer). La révolution du « temps libre », l’invention des loisirs, rend évidemment possible cette noble ambition : Jean Zay et Léo Lagrange se chargeront, avec succès, de cette action culturelle qui ne dit pas son nom[25]. Et qui fera hurler la droite, accusant Blum de vouloir « codifier le rêve », là où, en réalité, il s’agissait pour chacun d’en être à la fois le spectateur et le créateur. 

Même éphémère, l’expérience du Front Populaire restera, pour les socialistes (et jusqu’aux années Lang), la référence ultime en matière de « politique culturelle ». Certes, le PCF va continuer à dominer la vie artistique et intellectuelle pendant des décennies. Certes, la SFIO de l’après guerre ressemble de moins en moins à la flamboyante équipe de 36. Mais, en matière d’art, les socialistes ont désormais leur feuille de route. L’objectif politique, c’est la « démocratisation culturelle ». Si seule la conquête du pouvoir d’Etat permettra de le réaliser complètement, la gauche non communiste dispose désormais des moyens pour y parvenir, l’éducation populaire et l’animation socio culturelle, et des structures qui vont avec (les associations, puis les collectivités locales)

Comme un lointain écho aux thèses de Péguy, c’est François Mitterrand, dans les années 70, qui tourne définitivement la page de l’art socialiste. « L’auteur réclame une nouvelle fois la conquête du temps de vivre. (…)Il existe des Etats socialistes qui sont des Etats d’oppression. Du jour où il y aurait un art socialiste, je ne serais plus socialiste[26] »

Certes, il s’agit essentiellement de marquer sa différence avec des alliés communistes encore inféodés à Moscou, de condamner toute censure au moment où l’on découvre, en France, l’œuvre des grands dissidents. Mais le glissement est perceptible : plutôt qu’un discours politique sur la nature de l’art et ses finalités, les socialistes privilégient désormais l’élaboration d’une politique en faveur de l’art et des artistes. Plutôt que l’avènement d’un art progressiste qui serait aussi un art populaire, la défense de la liberté absolue de création et la recherche des meilleures conditions de diffusion des œuvres.

Et maintenant ?

Tout a été écrit et dit, ou presque, sur les années Lang et celles qui ont suivi, et il n’est pas dans notre propos de revenir sur le bilan de la gauche de gouvernement en matière culturelle. Ce qui nous intéresse ici est bien de savoir ce que l’expérience du pouvoir long (aussi bien local que national) a apporté à notre réflexion dans ce domaine. Quel est le contenu de ce qu’on pourrait appeler une « doctrine socialiste de l’art » aujourd’hui?

Première remarque : les fondamentaux théoriques du Front Populaire demeurent. La démocratisation culturelle (l’art pour tous et l’art par tous) est le but à atteindre. Concrètement, les socialistes au pouvoir se fixent comme objectif de faciliter l’accès de tous aux œuvres d’art, mais aussi à la pratique artistique, dessinant ainsi les contours d’un « service public de la culture » (amené à s’enrichir suite à la « révolution numérique »)

Deuxième remarque : parce que l’art est aussi un « métier », les conditions de vie et de travail des créateurs constituent désormais un problème politique en soi. Le statut des artistes (voir par exemple les intermittents du spectacle), la protection des droits d’auteur, la formation professionnelle des travailleurs de l’art, font l’objet de mesures spécifiques.

Troisième remarque, qui rejoint, en terme de politiques publiques, la précédente : au sommet de la hiérarchie des valeurs socialistes en matière culturelle trône la sacro sainte « liberté de création ». Or dans une société capitaliste, la pression du marché (qui a largement tiré profit de la « civilisation des loisirs » après l’avoir longtemps combattue) sur la production esthétique est forte. Si une fraction minoritaire de l’avant-garde (et surtout dans les arts plastiques) fait la une des journaux parce qu’elle gagne beaucoup d’argent (Damien Hirst et Jeff Koons en sont les figures de proue médiatiques), l’immense majorité des artistes, notamment dans le spectacle vivant, est condamnée à la précarité sauf à se plier aux exigences des marchands. D’où la théorisation, à gauche, d’une politique de soutien public à la création (achat d’œuvres, résidences d’artistes, etc…) qui ne manque pas de soulever interrogations et critiques. Les détracteurs de « l’Etat mécène » (pourtant une vieille tradition française) et des « subversifs subventionnés[27] » sont légion, qui pointent les dérives d’ « un art officiel » voué à la seule satisfaction d’une petite élite bourgeoise friande d’expériences radicales.

A ces attaques souvent argumentées, et efficacement relayées par les medias de masse qui font mine d’y voir une forme d’institutionnalisation du mépris pour « la culture populaire » produite par l’industrie culturelle, la majorité des dirigeants socialistes a toujours répondu en brandissant l’étendard de la « diversité culturelle ».  Cette notion phare, dont la célèbre « exception culturelle » est un sous ensemble, naît d’un constat incontestable : la mondialisation capitaliste fait la part belle aux produits culturels américains qui déferlent sur tous les marchés nationaux, entraînant un mouvement général d’uniformisation. Pour protéger « la création française », mais aussi, plus largement, toutes les œuvres qui ne s’inspirent pas des standards anglo-saxons, L’Etat (et les collectivités locales) doivent promouvoir et aider à la diffusion des cultures différentes. La persistance d’un cinéma de qualité dans notre pays (incluant le « cinéma d’auteur » fort peu rentable) doit beaucoup à cette conviction.

Reste que cet attachement à la « diversité culturelle » ne véhicule apparemment aucun jugement de valeur sur l’art. Au contraire, si le discours sur la culture s’est progressivement substitué à celui sur l’art, c’est aussi parce qu’il permet d’embrasser un « champ » plus large, qui inclut toutes les formes d’expression (la Bande dessinée, la mode, la télévision, internet, etc...). Très soucieux de ne pas apparaître comme défenseur d’une culture d’élite, les socialistes se refusent à privilégier une vision hiérarchisée des arts, et de ne pas tomber dans le piège (même si, pour nombre de dirigeants, leurs origines et leur formation initiale les y prédisposeraient plutôt) de la seule valorisation de ce que Bourdieu appelait les « arts savants » (musique, peinture, sculpture, littérature, théâtre). Cette position de principe a été caricaturée par ceux qui considèrent que ce « relativisme culturel » qui ne dit pas son nom mène tout droit au « nivellement par le bas » : c’est le fameux « une paire de bottes vaut Shakespeare » de Finkielkraut dans La défaite de la pensée.

Plus que du relativisme, il faudrait surtout parler, relativement aux socialistes, d’une progressive désidéologisation du discours sur l’art. Rares sont ceux qui se hasardent aujourd’hui à assigner aux œuvres une quelconque mission politique, même si des voix s’élèvent parfois contre une littérature ou un cinéma très éloignés des réalités sociales[28]. La promotion et la diffusion de l’art sous toutes ses formes est devenu l’objet d’une grande « spécialisation » et, comme sur d’autres sujets, la visée gestionnaire (impliquant une « technicisation » de la parole politique, plus à l’aise dans l’élaboration d’une « ingénierie » que dans la théorisation) occulte finalement l’ambition doctrinale.

Bien sûr, le socialiste reste un « militant culturel » et, bien souvent, un amateur d’art.  Pour un dirigeant de gauche aspirant à de hautes fonctions, il est même nécessaire d’afficher ce « supplément d’âme » qui, en France, a toujours été apprécié chez les hommes d’Etat[29]. Il y aurait d’ailleurs un article à écrire sur l’affichage des goûts artistiques comme « stratégie de communication ».

 

On y verrait qu’outre l’indispensable ouverture sur la « diversité culturelle » (entendu au sens large : littérature étrangère, arts premiers, etc..), la mode est à l’éclectisme de bon aloi (la danse contemporaine et le rap, l’opéra et la BD, Benjamin Biolay et Jonnhy Halliday), moderne mais pas trop, et surtout ni « ethnocentré » ni élitiste. En filigrane, une figure qui n’a cessé de hanter les rapports entre art et socialisme : celle du peuple, dont n’a eu de cesse d’interroger les goûts, les détestations supposées, les attentes. 

 

Emmanuel MAUREL

 

[1] Sur la naissance de « l’art social », voir le livre très complet de Neil McWilliam : Rêves de bonheur. L’art social dans la gauche française (1830-1850), Les presses du réel, 2007. Voir aussi les nombreux et passionnants travaux de Marc Angenot, dont « Champ contre-champ, sur l’invention de l’art social », disponible sur www.marcangenot.com 

 

[2] Les Mystères de Paris, Eugène Sue, collection Bouquins, introduction, page 13

 

[3] Laurence Bertrand Dorléac, « l’artiste » dans  la France, d’un siècle à l’autre, dictionnaire critique, Hachette,  direction de JP Rioux et JF Sirinelli

 

[4] Voir à ce sujet les pages émouvantes que lui consacre Michel Houellebecq dans son dernier roman, la carte et le territoire.

 

[5] Combats littéraires, Octave Mirbeau, éd. L’âge d’homme, p. 336

 

[6] En réalité, les écrivains se répartissent surtout en fonction des clivages internes à l’activité et au statut littéraire, cf. Christophe Charle, Champ littéraire et champ du pouvoir : les écrivains et l’affaire Dreyfus, Annales ESC, 1977.

 

[7] La vie littéraire à la Belle Epoque, G.Leroy et J.Bertrand-Sabiani, PUF, 1998

 

[8]«  Critiques socialistes », Gilles Candar, Recherche socialiste, décembre 1999, p.50

 

[9] Cahiers Léon Blum, Léon Blum avant Léon Blum, les années littéraires (1886-1914), octobre 1999

 

[10] Toutes les citations sont extraites du tome 16 des Ouvres de jean Jaurès, Critique littéraire et critique d’art, Fayard, p. 411-425 et p.429-441

 

[11] Camille Grousselas, critique littéraire, philosophie et critique de la société, introduction au tome 16 des œuvres de Jean Jaurès, op.cité.

 

[12] De la cité socialiste ; marcel, premier dialogue de la cité harmonieuse. Charles Péguy, Œuvres en prose 1898-1908, La Pléiade.

 

[13] Charles Peguy, Œuvres en prose 1898-1908, p.239-281

 

[14] Op.cité, p.245

 

[15] Op.cité, p.265

 

[16] Op.cité, p.244

 

[17] Cité par Edouard Boeglin, « les socialistes à l’assaut du roman », Recherche socialiste, décembre 1999, P.62

 

[18] M.Reberioux, la République radicale ? Points Histoire. p.186-188

 

[19] Erik Satie, « notes sur la musique moderne », l’Humanité, 11 octobre 1919.

 

[20] A lire absolument pour prendre la mesure du bonhomme les Articles littéraires et politiques, ed. Joseph.K

 

[21] Texte intégral de l’appel dans Arturo Schwarz, Breton/Trotsky, éd.10/18, p.122-129

 

[22] « Guy Saez, « les socialistes et la culture », Les socialistes et la France, L’OURS

 

[23] Recherche Socialiste, n°5, décembre 1998

 

[24] Op.cité, Frédéric Cépède, p.88

 

[25] Sur le Front populaire et la culture, se référer à Pascal Ory, la Belle illusion, Culture et politique sous le signe du Front populaire

 

[26] François Mitterrand, Politique, Flammarion, p.571

 

[27] L’expression est du regretté Philippe Murray

 

 [28] Voir mon article sur Littérature (et cinéma) : ouvrier(e)s, le retour ? , La revue socialiste, avril 2009

 

[29] Cela a longtemps aussi été le cas à droite, mais, de ce point de vue, le sarkozysme a marqué une rupture avec la tradition, entre dénonciations de la princesse de Clèves comme illustration de l’élitisme des concours administratifs et gaffes ministérielles sur « Zadig et Voltaire ».

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 16:24

Les Controverses du progrès

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Emission Les controverses du progrès

tous les derniers vendredis du mois de 18h20 à 19h

Ecoutez l'émission 40 minutes

Le peuple a-t-il toujours raison ?

31.12.2010 - 18:20

 

Débat avec Jacques Julliard et Jean-Luc Mélenchon

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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 10:43
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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 10:21

CESAR 2009 : 13 César pour 4 films bénéficiaires du Fonds de soutien cinéma de la Région Ile-de-France

La 35ème cérémonie des César a distingué 4 films soutenus par la Région par 13 César (chiffre record), qui soulignent autant les qualités artistiques que techniques des œuvres aidées. Depuis 2003, 54 César ont récompensé 19 films bénéficiaires du Fonds de soutien de la Région.

 

UN PROPHETE (9 César)

MEILLEUR FILM

UN PROPHÈTE produit par Pascal Caucheteux, Grégoire Sorlat et Marco Cherqui

réalisé par Jacques Audiard

MEILLEUR RÉALISATEUR

JACQUES AUDIARD  pour Un prophète

MEILLEUR ACTEUR

TAHAR RAHIM  dans Un prophète

MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND RÔLE

NIELS ARESTRUP dans Un prophète

MEILLEUR ESPOIR MASCULIN

TAHAR RAHIM  dans Un prophète

MEILLEUR SCÉNARIO ORIGINAL

JACQUES AUDIARD, THOMAS BIDEGAIN, ABDEL RAOUF DAFRI, NICOLAS PEUFAILLIT  pour Un prophète

MEILLEUR MONTAGE

JULIETTE WELFLING pour Un prophète

MEILLEURE PHOTO

STÉPHANE FONTAINE  pour Un prophète

MEILLEURS DÉCORS

MICHEL BARTHÉLEMY  pour Un prophète

 

LA JOURNEE DE LA JUPE (1 César)

MEILLEURE ACTRICE

ISABELLE ADJANI  dans La journée de la jupe


L’ENFER D’ HENRI-GEORGES CLOUZOT (1 César)

MEILLEUR FILM DOCUMENTAIRE 

L’ENFER D’ HENRI-GEORGES CLOUZOT réalisé par Serge Bromberg et Ruxandra Medrea

 

LE CONCERT (2 César)

MEILLEUR SON

PIERRE EXCOFFIER, BRUNO TARRIÈRE, SÉLIM AZZAZI pour Le Concert

 

MEILLEURE MUSIQUE ÉCRITE

POUR UN FILM

ARMAND AMAR pour Le Concert                                                 

 

SORTIE EN SALLE DE FILMS SOUTENUS :


Sortie le 3 mars 2010 :

L’ARBRE ET LA FORET de Olivier Ducastel et Jacques Martineau (long métrage de fiction)

avec Guy Marchand, Françoise Fabian, Sabrina Seyvecou, Yannick Renier, François Negret, Catherine Mouchet, Sandrine Dumas et Pierre-Loup Rajot

Résumé : Frederick fait pousser des arbres et, depuis près de soixante ans, cultive un secret. Autour de lui, seuls sa femme et son fils aîné savent la vérité sur son histoire. La mort de ce fils, avec qui il entretenait des rapports conflictuels, le conduit à révéler enfin à ses proches ce qu’il n’avait jamais pu dire. A l’âge de vingt ans, Frederick a été déporté par les Nazis et interné au camp de Schirmeck dans les Vosges pour homosexualité. Après guerre, il s’est marié, espérant enfouir à jamais cette histoire.

Commentaires : L’arbre et la Foret a été sélectionné au Festival de Berlin 2010, dans la section Panorama (hors compétition) et a reçu le Prix Jean Vigo 2009.

Olivier Ducastel et Jacques Martineau ont réalisé Jeanne et le garçon formidable en 1998 (sélectionné en compétition officielle au Festival de Berlin 1998), Drôle de Félix en 2000, Ma vraie vie à Rouen en 2002 (en compétition officielle aux Festivals Internationaux de Locarno et Toronto 2002), Coquillages et crustacés en 2004 (Label Europa Cinéma 2005).

Aide régionale : 320 000€ (aide à la production)

Sortie le 10 mars 2010 :

CHICAS de Yasmina Reza (long métrage de fiction)

avec André Dussolier, Emmanuelle Seigner, Carmen Maura, Valérie Dréville et Bouli Lanners.

Résumé : Pilar est espagnole et veuve. Elle a élevé ses trois filles en France. Amoureuse de Fernand, le gérant de son immeuble, elle organise chez elle un déjeuner de présentation. L’introduction du nouveau fiancé révèle la fragilité des relations familiales et suscite débordements et folies.

Commentaires : Yasmina Reza est connue pour ses pièces de théâtre et ses romans, qui lui ont valu de nombreuses récompenses. Auteur et actrice, elle a joué dans Jusqu’à la nuit en 1983, A demain en 1992 et Le pique-nique de Lulu Kreutz en 2000 de Didier Martiny. Elle a également signé l’adaptation pour la télévision de deux de ses pièces les plus connues Trois versions de la vie (2001) et Art (2003). Introducing Fernand est son 1er long métrage, adapté de sa pièce de théâtre Une pièce espagnole, créée en 2004.

Aide régionale : 432 000€ (aide à la production)

 

 LA RAFLE de Rose Bosch (long métrage de fiction)

avec Jean Réno, Mélanie Laurent, Gad Elmaleh, Raphaëlle Agogue, Hugo Leverdez et Olivier Cywie

Résumé : Joseph a onze ans. Et ce matin de juin, il doit aller à l'école, une étoile Jaune cousue sur sa poitrine... Il reçoit les encouragements d'un voisin brocanteur. Les railleries d'une boulangère. Entre bienveillance et mépris, Jo, ses copains juifs comme lui, leurs familles, apprennent la vie dans un Paris occupé, sur la Butte Montmartre, où ils ont trouvé refuge. Mais le 16 juillet 1942, à 4 heures du matin, leur vie bascule.

Commentaires : Anciennement grand reporter au point, Rose Bosch signe avec La Rafle son deuxième long métrage, après Animal réalisé en 2004.

  Aide régionale : 300 000€ (aide exceptionnelle au titre de la mémoire)


VALVERT de Valérie Mrejen (court métrage documentaire de 50’)

Résumé : Valvert est un hôpital psychiatrique de Marseille créé au milieu des années 70, dans un esprit d’ouverture et de libre circulation. Le film, à travers une observation du quotidien, dresse un portrait de l’endroit en mêlant entretiens avec des soignants et scènes de la vie les patients. Dans une ambiance résolument éloignée du modèle asilaire, cette circulation s’attache aux différents comportements de la folie ordinaire.

Commentaires : Vidéaste, plasticienne et romancière, Valérie Mréjen a suivi des études à l'Ecole d'art de Cergy-Pontoise. Elle réalise ses premières vidéos en 1997 et ses courts métrages (Pork and Milk (2004) Chamonix (2003), Portraits filmés (2002), La défaite du rouge-gorge (2001) sont des micro-contes de la vie de tous les jours et explorent l’humain à travers langage et parole, récit et discours. Bien que plus classique formellement, Valvert s’inscrit dans la continuité de l’œuvre de Valérie Mrejen où la folie des personnages transparait toujours sous une fausse normalité.

Aide régionale : 31 875 € (aide à la post-production)

Sortie le 31 mars 2010 :

LIGNES DE FRONT de Jean-Christophe Klotz (long métrage de fiction)

avec Jalil Lespert, Cyril Guei, Jean-François Stévenin, Eriq Ebouaney et Philippe Nahon

Résumé : Antoine Rives, jeune journaliste indépendant, est envoyé au Rwanda lors des massacres de 1994 pour y tourner un reportage. Une traversée de l’horreur au cours de laquelle Antoine va perdre ses illusions de jeune occidental et prendre conscience de la tragédie humaine.

Commentaires : Documentariste renommé, grand reporter au Rwanda en 1994, Lignes de Front est le 1er long métrage de Jean-Christophe Klotz. Son documentaire sur le Rwanda Kigali, des images contre un massacre, réalisé pour Arte, a été sélectionné au Festival de Cannes 2006, a reçu l’Etoile d’Or du documentaire 2006 et est sorti en salles, distribué par Sophie Dulac Distribution. Lignes de Front a été sélectionné en compétition officielle au Festival de Locarno 2009.

Aide régionale : 320 000€ (aide à la production)

 

FESTIVALS ET MANIFESTATIONS CINEMATOGRAPHIQUES SOUTENUS

FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DES DROITS DE L’HOMME -  9ème édition (du 9 au 16 mars 2010)

Organisé par l’association ALLIANCE au cinéma Le Nouveau Latina à Paris.

Ce festival présente chaque année un panorama de documentaires cinématographiques et audiovisuels sur le thème des droits de l’Homme - entendus dans leur acception maximale - c'est-à-dire incluant aussi les droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux. Les projections seront accompagnées de rencontres avec les réalisateurs et des intervenants  (responsables d’ONG, journalistes, universitaires). En 2009, le festival avait enregistré plus de 4000 entrées.

Aide régionale : 15 000 € (soutien aux manifestations et réseaux cinématographiques franciliens)

FESTIVAL DES JUNIORS – 8ème édition (du 16 au 30 mars 2010)

Organisé par l’association «PLAN LARGE» au Cinéma Frédéric Dard des Mureaux et à l’Espace Maurice Béjart de Verneuil-sur-Seine.

Cette action d’éducation à l’image, dont le point culminant est le Festival, commence par l’organisation d’un concours de critiques qui  concerne 3 000 enfants et adolescents des établissements scolaires du département des Yvelines. Ce concours permet de distinguer les 12 jeunes qui constitueront le jury du Festival et qui seront invités au Festival de Cannes en mai 2010. Durant la semaine du Festival, 38 films (courts  métrages et longs  métrages) seront projetés aux enfants pour permettre des échanges et des confrontations d’idées.

Aide régionale : 15 000 € (soutien aux manifestations et réseaux cinématographiques franciliens)

Festival CINEMA DU REEL – 32ème édition (du 18 au 30 mars 2010)

Organisé par l’association «LES AMIS DU CINEMA DU REEL» au Centre Pompidou à Paris et dans 8 cinémas en Ile-de-France.

Fort de son succès de fréquentation (+33 %) en 2009, le festival du Cinéma du Réel pour sa trente-deuxième édition, propose au public francilien un panorama très complet de la création cinématographique documentaire. Depuis plusieurs exercices, le « Réél » se déploie en Ile-de-France dans huit salles de cinéma partenaires du festival réparties dans six départements. Au programme cette année : une compétition internationale et une sélection française de documentaires - tous inédits – ainsi qu’une nouvelle section compétitive dédié aux premiers films. Un regard sera porté sur la création à deux et une programmation thématique explorera les rapports fructueux entre musique et documentaire.

Aide régionale : 14 000 € (soutien aux manifestations et réseaux cinématographiques franciliens)

FESTIVAL « Terra di Cinema » – 10ème édition (du 19 mars au 6 avril 2010)

Organisé par l’association Tremblaysienne pour le Cinéma au cinéma Jacques Tati de Tremblay-en-France, ainsi qu’au Select d’Antony, au Ciné 104 de Pantin, et au Nouveau Latina à Paris.

Pour sa dixième édition le festival présente une sélection de 50 films (dont 10 inédits) représentatifs de la production cinématographique contemporaine italienne (fictions, documentaires, courts-métrages, films d’animation…). L’invité d’honneur cette année sera le réalisateur Ermano Olmi. Le festival accorde une place prépondérante à la rencontre et aux échanges entre les artistes (réalisateurs, auteurs, techniciens) et les différents publics. Une programmation spécifique est destinée aux scolaires et le festival met aussi l’accent sur l’éducation à l’image avec une journée autour de la version originale et du multi-linguisme (atelier de sous-titrage).

Aide régionale : 10 000 € (soutien aux manifestations et réseaux cinématographiques franciliens)

 

SELECTIONS ET DISTINCTIONS EN FESTIVAL D’OEUVRES SOUTENUES

FESTIVAL CINEMA DU REEL 18 au 30 mars 2010

Depuis sa création il y a 31 ans, Cinéma du Réel s’est imposé comme le festival de référence du cinéma documentaire en France. A l’écoute de la diversité des écritures, des formes et des idées, il rassemble aujourd’hui un public large, fidèle, attentif et curieux.

Section Panorama Français :

MOURIR ? PLUTOT CREVER ! (ex SINE LE FILM) de Stéphane Mercurio

Résumé du film : À 80 ans, Siné, continue le combat. Il n’a jamais faibli, ses rages sont celles de ses 20 ans. Il s’est toujours engagé, s’est parfois trompé, l’a toujours reconnu et revendique l’erreur. Au fur et à mesure des années, le provocateur collectionne les procès. Son trait lui ressemble, au vitriol. Athée, anti-nantis, anti-flics, anti-armées, anti-corridas, ami des chats, fou de jazz et de salsa. Le dessinateur s’est engagé auprès des algériens pendant la guerre d’Algérie, a fait de Malcolm X le parrain de sa fille, s’est lié d’amitié avec Prévert, Jean Genet ou Léonor Fini pour laquelle il invente ses fameux chats.

Commentaires : Stéphane Mercurio propose à travers ce portrait le parcours d'un homme qui n'est pas sans contradictions. SINE LE FILM est en effet un projet documentaire sur le célèbre dessinateur. La réalisatrice débute sa carrière en 1992, en signant le court métrage documentaire Scènes de ménage avec Clémentine, diffusé sur Arte puis réalise plusieurs documentaires à caractère social, comme Vivre sans toit (1994) ou Hélène aux urgences (2003). En 2008, elle signe son premier documentaire pour le cinéma, intitulé A coté (film soutenu en 2005 par la Région dans le cadre de son Fonds de soutien).

Aide régionale : 55 000  € (aide à la post-production)

DIFFUSION D’ŒUVRES AUDIOVISUELLES SOUTENUES :

 

Sur France 2, le mercredi 3 mars à 20h35 (épisode 1) et le mercredi 10 à 20h35 (épisode 2)

 

AH C’ETAIT CA LA VIE !  de Franck Apprédéris

Mini-série en deux épisodes de 90 min, produite par Flach Films avec Déborah François,  Raphaël Personnaz, Julie Judd, Arnaud Apprederis

Résumé : François Reuilly-Nonancourt, fils d’une grande famille française, Eduardo, d’origine espagnole, et Jean, dont les parents ont miraculeusement survécu à la Shoah, ont 22 ans et la vie devant eux en 1953. L’histoire de leur amitié, leurs amours, leurs engagements politiques vont nous faire traverser les années de 1953 à 1956.

Commentaires : Franck Apprédéris a d’abord été scénariste pour le cinéma et la télévision avant de passer à la réalisation en 1990 de téléfilms et de séries : Commissaire Moulin, Maigret, Commissaire Valence, Fabien Cosma et en particulier Passeur d’enfant avec Pierre Arditi dont il a réalisé dix épisodes. Ecrivain plusieurs fois récompensé, membre de l’Académie Goncourt, Jorge Semprun est également scénariste et dialoguiste depuis les années soixante. Il a collaboré notamment avec Costa Gavras (Z, L’aveu, Section spéciale), Alain Resnais (La guerre est finie, film dans lequel il joue) et Pierre Shoendoerffer (Objectif 500 millions). Ah c’était ça la vie est son premier scénario pour la télévision en France.

Aide régionale : 200 000  € (aide à la production)

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9 août 2008 6 09 /08 /août /2008 10:05
Du grain à moudre
par Julie Clarini et Brice Couturier
du lundi au vendredi de 17h à 17h55

Du grain à moudre


@ contact
présentation aujourd'hui à venir archives



de Brice Couturier

Ecoutez






émission du vendredi 4 juillet 2008
La compassion peut-elle tenir lieu de politique ?


Malgré le talent certain de Sophie Bouchet-Petersen et la qualité de sa réflexion, voici une émission qui déconstruit audacieusement les mécaniques pseudo-compassionnelles qui président aux stratégies croisées de Ségolène Royal d'un côté et des néo-conservateurs de l'autre.
à écouter de toute urgence,
Frédéric Faravel


On a longtemps reproché aux politiques leur éloignement des simples gens et leur insensibilité aux problèmes qui les touchent. Dans l’espoir de combler ce gouffre d’indifférence supposée, une nouvelle génération de dirigeants exhibe désormais des efforts plus ou moins sincères, mais toujours télégéniques, pour compatir avec les victimes de notre société. C’est Nicolas Sarkozy, qui accourt au chevet des policiers blessés. C’est Ségolène Royal qui touche un paralysé en direct lors d’une émission de télévision.
Dans notre société, ravagée par le scepticisme, le soupçon n’est pas lent à naître : et si ces compassions exhibées valaient pour aveu d’une impuissance à empêcher ces malheurs auxquels on sympathise ? Si tel ou tel manifeste autant d’empathie envers le blessé, n’est-ce pas faute de disposer des moyens véritables d’empêcher les voyous de tabasser et caillasser policiers ou pompiers ? Tant de pitié pour les sans-abris par incapacité à leur assurer des revenus susceptibles de leur assurer une vie digne ?
La compassion a un autre inconvénient : en érigeant en victime absolue le sujet d’une injustice ou d’une violence, on le juge dépourvu des capacités d’améliorer par lui-même son sort, on le transforme en objet de pitié. Et on le prive de son droit égal d’accès à ce «monde commun» et partagé qu’a inauguré le sentiment démocratique moderne.
Enfin, manifester qu’on est l’égal de ceux qui souffrent en s’exhibant à leurs côtés, peut aussi signifier qu’on se résigne au creusement des inégalités et à la permanence de l’exclusion. C’est ce qui semble se cacher derrière la théorie du «conservatisme compassionnel», chère aux Républicains américains.
On le voit, la politique compassionnelle appelle bien des critiques et soulève bien des problèmes.


Invités


Myriam Revault d’Allonnes.  professeur des universités à l'Ecole pratique des Hautes Etudes, spécialiste de philosophie politique


Sophie Bouchet-Petersen.  Conseillère spéciale de Ségolène Royal en région Poitou-Charentes


Jean-Pierre Le Goff.  Philosophe et sociologue
Président du club Politique Autrement












les livres






Myriam Revault d’Allonnes
L’Homme compassionnel
Seuil - janvier 2008



Nos sociétés sont saisies par la compassion. Un « zèle compatissant » à l’égard des démunis, des déshérités, des exclus ne cesse de se manifester dans le champ politique. Phénomène circonstanciel ou nouvelle figure du sentiment dans la vie politique ? Comment penser de nos jours les passions dans la démocratie ?
Dans cet essai bref et percutant, Myriam Revault d’Allonnes interroge les rapports entre la dimension affective de la vie politique et l’exercice du pouvoir. Remontant aux sources de la modernité politique, elle montre que le rôle des passions n’a cessé de nourrir la réflexion sur la pratique démocratique (de Rousseau à Arendt, en passant par Tocqueville). Où l’on verra que les liens entre sentiment d’humanité, représentation politique et reconnaissance d’autrui nécessitent d’être pensés à nouveaux frais.





Jean-Pierre Le Goff
La France morcelée
Gallimard - collection : Folio actuel - janvier 2008



Nouveaux conflits du travail dits de « harcèlement moral », émeutes dans les banlieues, refus du CPE, mouvements sociaux des salariés du secteur public, résultat du référendum sur le Projet de Constitution européenne, élections présidentielles, exercice du pouvoir selon les techniques de communication et de management… Ces événements ont fait apparaître, chacun à leur manière, des fractures et des conflits dont Jean-Pierre Le Goff souligne la nouveauté irréductible. Le rejet du projet de Constitution européenne révèle le divorce entre gouvernants et gouvernés et oblige à retracer l’évolution des élites depuis la modernisation de l’après-guerre. Le malaise dans la fonction publique s’inscrit dans le cadre d’une modernisation produisant des effets de déshumanisation du travail et de désorientation. Les émeutes dans les banlieues et le mouvement anti-CPE met en lumière la difficulté nouvelle à assumer le rapport de solidarité entre générations suite aux mutations du rapport adultes-jeunes. Le harcèlement moral, quant à lui, prend une importance sans précédent dans une période où le désarroi conduit, faute des médiations traditionnelles, à se dire individuellement victime et à demander réparation à la justice.
Une décomposition historique et une mésestime de soi qui affectent en profondeur les rapports sociaux et les institutions. La France de Monsieur Sarkozy est une France morcelée.
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13 mai 2008 2 13 /05 /mai /2008 13:24
Serge Portelli est l’auteur de plusieurs ouvrages dont “Récidivistes. Chroniques de l’humanité ordinaire“, Grasset, 2008, “Ruptures“(www.betapolitique.fr), “Traité de démagogie appliquée. Sarkozy, la récidive et nous“, Michalon, 2006. Il était l’invité de la Forge pour débattre du sujet “nouvelles surveillances, nouvelles punitions”.

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Introduction à l’audition

Nouvelles punitions, nouvelles surveillances
.
La thématique de l’insécurité a pris une force particulière aux dernières élections françaises cependant que la recherche sociologique démontre l’écart entre l’obsession sécuritaire et les menaces objectives pesant sur les biens et les personnes dans notre société (1). Robert Castel rappelle toutefois que cette thématique traduit un rapport à l’Etat intrinsèquement contradictoire : « l’Etat de droit ne peut que décevoir cette demande de protection totale car la sécurité totale n’est pas compatible avec le respect absolu des formes légales » ; « Un Etat démocratique ne peut être protecteur à tout prix parce que ce prix serait celui de l’absolutisme du pouvoir d’Etat »(2) .

L’adoption d’un certain nombre de réformes semble signer la déconstruction progressive d’un socle historiquement constitué de principes à valeur supérieure régissant le droit français. Ces principes, que vous évoquez dans votre ouvrage Ruptures (séparation des pouvoirs, non rétroactivité des lois, atténuation de la responsabilité pénale des mineurs, respect de la vie privée, individualisation de la peine, présomption d’innocence, droit d’asile…) seraient remis en cause au point de bouleverser l’économie générale du droit. Ces « ruptures » interrogent dans le même temps la conduite d’une politique dont la charge essentielle consisterait à référer à des discours dits experts pour légitimer l’identification de populations cibles assimilées aux « classes dangereuses » (3) , produire les outils d’un repérage confinant au fichage et créer des dispositifs inédits de gestion de la déviance, objectifs chiffrés à l’appui. Certaines catégories de populations (les malades mentaux, les étrangers, les pauvres) se verraient dès lors « pénalisées » a maxima, ou « présumés dangereux » a minima, en face de leurs doubles inversés (les « entrepreneurs » bénéficiant de la dépénalisation relative du droit des affaires, les victimes de la délinquance, les victimes de discriminations).
L’hypothèse d’une fissuration du socle de valeurs fondamentalement démocratiques ayant imprimé durablement l’ensemble normatif français procède à notre sens d’une conception selon laquelle ON PEUT et ON DOIT déduire le droit du fait. Une telle conception entretient une double illusion: d’une part, elle postule l’univocité de l’expertise appliquée à la réalité sociale et d’autre part, elle nie le statut du politique, en tant qu’il organise un espace de confrontation de valeurs concurrentes. Quelle idéologie politique – qui en refuse les attraits – cette conception légitime-t-elle ?

Question 1 : Quelle conception politique les nouvelles punitions et surveillances légitiment-t-elles ?
Question 2 : De quelle conception de l’ordre social et de l’ordre public les réformes récentes relèvent-elles ?
Question 3 : En quoi s’insèrent-elles dans une vision libérale de l’Etat (conception de la liberté, interventionnisme de l’Etat) ?
Question 4 : En quoi les réformes récentes entretiennent-elles une confusion entre la compréhension des inégalités sociales et la moralisation des conduites individuelles ?

Notes
1/ Laurent Muchielli, chercheur au Centre de recherche sociologique sur le droit et les Institutions pénales (CESDIP), démontre le caractère infondé de la « représentation d’une croissance exponentielle de la violence physique accompagnée de discours décadentistes ou de considérations d’apparence savante sur une violence prétendument inhérente l’humanité se libérant à mesure que la moralité s’amoindrirait » et invite notamment à se pencher sur les raisons profondes du développement de la délinquance d’appropriation (vols) : panne de l’ascenseur social, valorisation à outrance de la société de consommation, creusement des écarts entre les nantis et les démunis, etc (Rhizome, juillet 2006, « Lien social et insécurité : de quoi faut il avoir peur ? »
2/ Robert Castel, L’insécurité sociale, Qu’est-ce qu’être protégé ?, Seuil, La République des Idées, p. 22.
3/ Cette expression est utilisée pour la première fois par l’Académie des sciences morales et politiques, à l’occasion du lancement d’un concours visant à rechercher les éléments dont se compose cette partie de la population qui forme une classe dangereuse par ses vices, son ignorance et sa misère » et « indiquer les moyens à employer pour améliorer cette classe dangereuse et dépravée ». Henri Frégier, chef de bureau à la Préfecture de la Seine, répond à ce concours par un volume de près de 900 pages, dans lequel écarte toute responsabilité majeure de l’organisation sociale et fait de la dépravation morale la cause génératrice du crime. Il propose in fine non des réformes sociales mais « un plan de perfectionnement moral du pays ».

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19 avril 2008 6 19 /04 /avril /2008 17:24
"Les Ch'tis", "Germinal" comique, par Philippe Marlière
LE MONDE | 19.04.08 | 13h28  •  Mis à jour le 19.04.08 | 13h28

e succès du film de Dany Boon est remarquable : plus d'un quart de la population française, toutes régions et générations confondues, a vu à ce jour cette comédie. Cet engouement est d'autant plus inattendu que l'action se déroule dans le Nord-Pas-de-Calais, une région méconnue dans laquelle - nous enseigne l'oeuvre de fiction - la population autochtone parle une langue distincte du français : le ch'timi. Les clivages centre-périphérie (Paris-province) ou Nord-Sud existent dans la plupart des pays européens.

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Ces rivalités régionales renvoient, dans tous les cas nationaux, à une opposition d'une double nature : culturelle et de classe. Dans le cas français, une lecture stéréotypée perçoit le Nord comme une région économiquement défavorisée, à forte densité ouvrière, donc culturellement fruste. Inversement, on associe au Sud le dynamisme économique, un art de vivre supérieur et une population généralement sophistiquée.

Dans ce film, Dany Boon cultive les stéréotypes négatifs à propos du Nord pour démontrer que cette région n'est pas l'enfer décrit par la plupart des Sudistes. Grossissant délibérément les clichés anti-Nord, Boon fait le pari de démythifier la perception négative que l'on a généralement de cette région. La satire produit un effet paradoxal : se conformer aux poncifs sur le Nord pour en révéler la beauté cachée.

Le film aborde le double registre culturel et classiste. Culturel d'abord, avec la mutation dans le Nord du directeur de la poste à Salon-de-Provence (Kad Merad), à la suite d'une faute professionnelle grave (le Nord comme peine de prison symbolique). Cette partie du film épuise le répertoire des représentations fantasmagoriques du Nord. L'intrigue et les gags s'enchaînent de manière prévisible (le pôle Nord, la sonorité grotesque d'un ch'timi largement imaginaire, la laideur des paysages, etc.).

La caricature est le propre de la comédie et appelle le rire (fût-il gras). Cette mise en train fait rire le public, car elle exprime un racisme anti-Nord sans fard, tellement outré qu'il ne peut que susciter l'hilarité de tous. Dans une courte apparition, Michel Galabru illustre jusqu'à l'absurde la représentation fantasmée de l'enfer du Nord.

Le ch'timi est-il l'attribut culturel essentiel des Nordistes ? Rien n'est moins sûr. Seule une minorité de Nordistes parle le patois. Et encore cette pratique est-elle socialement et générationnellement connotée : le français mâtiné de ch'timi est essentiellement pratiqué par les personnes âgées en milieu rural. Il est ainsi invraisemblable que les postiers à Bergues puissent interpeller les usagers du bureau de poste en patois. Le film donne faussement l'impression qu'à Amiens, Calais ou Armentières, les Ch'tis parlent le même patois.

En fait, le ch'timi n'est pas une "langue" unifiée, mais peut varier assez nettement d'une localité à une autre. Le ch'timi relève surtout de la sphère privée, amicale ou familiale, celle de la détente et du loisir. On plaisantera occasionnellement en patois entre amis ou en famille, mais pas sur le lieu de travail. C'est la langue de la transgression, du "mauvais Français", comme l'ont inculqué les instituteurs de la République à des générations d'écoliers. "Ecraser le patois", c'est être "cancre", "inculte". En réalité, ce qui caractérise les Nordistes n'est pas tant le ch'timi qu'un accent régional prononcé et reconnaissable (comme celui des Sudistes).

Le suremploi anachronique du ch'timi dans le film n'est pas fortuit : il permet de souligner à gros traits la nature "accueillante" et "populaire" des Nordistes et de suggérer en même temps qu'ils sont un peu "babaches" (primaires). Non seulement les personnages principaux parlent un patois incompréhensible, mais ils sont aussi laids et obèses (à l'exception d'Anne Marivin, la postière), inactifs ou oisifs et, bien entendu, ont un penchant pour la bouteille. La banderole des supporteurs du PSG était injurieuse, mais elle n'a fait que paraphraser de manière ironique le message que véhicule implicitement le film de Dany Boon. Le scandale qu'elle a provoqué en France peut donc paraître paradoxal, car la source de son inspiration se trouve bien dans cette comédie. La colère du maire socialiste de Lens à cette occasion peut prêter à sourire. Le groupe socialiste de la région Nord-Pas-de-Calais n'a-t-il pas financé à hauteur de 600 000 euros le film de Dany Boon ? Cette décision a d'ailleurs suscité l'incompréhension et la colère d'une grande partie de la population nordiste.

On notera enfin que les principaux personnages travaillent à la poste. S'agit-il d'une promotion d'un service public essentiel et un pied de nez indirect à la rupture néolibérale promise par le sarkozysme ? On peut le comprendre ainsi, mais une lecture antinomique est possible : ces postiers sont des fonctionnaires pépères (des "bringueurs" invétérés), pas très professionnels (Dany Boon en postier alcoolique) ; bref, le Nord que l'on donne à voir ici se conforme à l'imagerie dominante d'une région à la main-d'oeuvre peu qualifiée et peuplée d'assistés sociaux.

Le film dégage un pessimisme social, accentué dans le dénouement de l'histoire : après trois années de purgatoire dans le Nord, le directeur s'en retourne vers le paradis sudiste (en réalité, nombre d'exilés involontaires dans le Nord décident de s'y établir).

Bienvenue chez les Ch'tis est donc une comédie ambiguë. Bien intentionnée, elle campe un Germinal comique, mettant en scène un prolétariat dévoué, mais pas très futé, dans une région économiquement arriérée. Bon gré, mal gré, ce film flatte les principaux poncifs anti-Nord : serait-ce la raison de son succès commercial phénoménal ?


Philippe Marlière est maître de conférences en sciences politiques à l'université de Londres

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31 mars 2008 1 31 /03 /mars /2008 12:36

QUELQUES PREMIERES REFLEXIONS NON EXHAUSTIVES SUR LA POLITIQUE CULTURELLE DEPARTEMENTALE
MINI BILAN ET PREMIERES EBAUCHES DE PERSPECTIVES

 

AVANT PROPOS ET CONTEXTE GENERAL

Le département du Val d’Oise a pris en compte la nécessité d’établir une politique culturelle depuis de nombreuses années et ceci à l’instar de la plupart des départements, régions et villes de France.

La mise en place d’un tel pan d’activité au côté de celui du développement économique, sportif, social … Est devenu une dimension indispensable à l’image et au dynamisme des collectivités territoriales et à leurs crédibilités.

Ces politiques « de service public de la culture » sont devenues tellement importantes qu’elles sont menées même au niveau départemental et régional malgré l’inexistence de compétences obligataires dans ces domaines, mis à part éventuellement, le travail culturel en direction des collèges pour les départements et des lycées pour les régions, qui découlent directement du rattachement de ces établissements aux deux niveaux de compétences précités.

À ce titre d’ailleurs, ce qui est entrepris dans le département, en direction de l’action culturelle et notamment en appui à l’aide aux déplacements des collégiens pour les dispositifs : collèges au cinéma, théâtre au collège, les jumelages entre établissements d’enseignements et les équipements culturels … est nettement insuffisant.

Il en est de même, pour ce qui est entrepris en direction de l’action sociale, des secteurs 3e âges, Handicapés, publics en difficulté … Pans d’actions qui devraient être directement dépendant de la compétence départementale, et que l’on peut regrouper autour des notions « de culture territoriale et solidarité ».

Dans ces domaines toutefois il faut être conscient que le désengagement de l’Etat sur l’ensemble de ces dispositifs de l’action culturelle - (politique de la ville, classes à projets culturels, culture à l’hôpital mais aussi soutien aux festivals et plus globalement à toutes les actions culturelles territoriales ...) - ne facilite pas le travail de ces mêmes collectivités territoriales qui sont de ce fait amenées à se substituer de plus en plus à l’absence et au retrait de celui-ci.

De fait et bien normalement l’intervention du département touche l’ensemble des secteurs du domaine culturel :

  • Arts contemporain,

  • Arts plastiques,

  • Archives et patrimoine,

  • Livres et bibliothèques,

  • Cinéma,

  • Spectacles vivant –musique, danse, théâtre, musiques actuelles, cirque)

  • ….

    Lire l'intégralité de la note
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1 mars 2008 6 01 /03 /mars /2008 14:05

Les vendredis de la philosophie
par François Noudelmann
le vendredi de 10h à 11h
  Vendredis de la philosophie (les)


Ecoutez

Podcast
 
émission du vendredi 29 février 2008
Archives - L'apparition de l'idée de civilisation


par Marc-Hubert Floriot
Mixage : Jean-Michel Cauquy
Réalisation : Bruno Sourcis

1. Extrait d'un débat entre Louis Althusser, Jean Cazeneuve, Michel Foucault et Georges Gusdorf ("Analyse spectrale de l'Occident", par Pierre Sipriot, 11 novembre 1961) ;

2. Rencontre entre Raymond Aron et Michel Foucault, diffusée la première fois le 8 mai 1967 ("Les idées et l'Histoire").

A la surprise générale, le terme de "civilisation" semble devoir obéir désormais à l'emploi idéologique par l'Etat d'un concept développé naguère par Edgar Morin et Sami Naïr, dans «Pour une politique de civilisation» (Ed. Arléa, 1996).

Il n'y a pas de rapport de pouvoir, selon Foucault, qui ne se donne nécessairement dans l’histoire et inversement.

Le débat : Michel Foucault venait de soutenir sa thèse en Sorbonne (avril 1961) et de publier son «Histoire de la folie».

L' «Introduction à l’Anthropologie du point de vue pragmatique d’Emmanuel Kant» - thèse qui annonçait «Les mots et les choses», vient d'être publiée pour la première fois en version intégrale (Librairie Vrin, Paris, 2008).

En 1966, Raymond Aron et Michel Foucault publiaient simultanément chez Gallimard «Les étapes de la pensée sociologique» et «Les mots et les choses». Interview en règle de Michel Foucault par Raymond Aron, sur son historicisme kantien et son nietzschéisme.

1961, 1966, 2008 : à la lumière de ces trois moments de la généalogie philosophique de Foucault (de Kant à Nietzsche, en passant par les Encyclopédistes, les Idéologues et Sade), comment l'idée de civilisation peut-elle encore relever d' «une critique de la finitude qui serait libératrice, aussi bien par rapport à l’homme que par rapport à l’infini ? [Une critique de la finitude] qui montrerait que la finitude n’est pas terme, mais cette courbure et ce nœud du temps où la fin est commencement ?»











Edgar Morin
Pour une politique de civilisation
Arléa, Paris - Collection Arléa-poche, n° 76 - 16 mai 2002


Pour conjurer la crise actuelle que traverse la société, E. Morin propose de rétablir l'être humain comme moyen, fin, objet et sujet de la politique, et d'insuffler l'espoir, non en tant que résurrection de la grande promesse, mais en tant que résurrection d'une possibilité, pour qu'il porte l'élan salvateur.





Emmanuel Kant et Michel Foucault
Anthropologie du point de vue pragmatique
Vrin, Paris. Collection Bibliothèque des textes philosophiques - 15 janvier 2008


« Les rapports de la pensée critique et de la réflexion anthropologique seront étudiés dans un ouvrage ultérieur ». C'est sur cette phrase que s'achevait la brève « Notice historique » que Michel Foucault avait placé en tête de l'édition de sa traduction de l'Anthropologie de Kant (Vrin, 1964). La note annonçait sans aucun doute l'ouvrage à venir, d'abord caractérisé, dès 1963, comme « le livre sur les signes », et qui paraîtra en avril 1966 : Les mots et les choses, une archéologie des sciences humaines.

En réalité, la courte notice historique, de trois pages, en ouverture de la traduction du texte de Kant ne proposait qu'un extrait fort réduit de ce qui avait constitué l'élément principal de la Thèse complémentaire soutenue en Sorbonne le 20 mai 1961 : Introduction à l'anthropologie de Kant, et dont Jean Hyppolite était le rapporteur. Si la thèse complémentaire, intitulée Genèse et structure de l'anthropologie de Kant, était restée inédite (à l'exception de la traduction de Kant), ce n'est pas que Foucault en eût été insatisfait : suivant les conseils des membres du jury, il allait bientôt, dès l'automne 1963, en faire le matériau central de son grand livre à venir.

D'où l'intérêt considérable de la présente édition qui donne pour la première fois l'Introduction complète, Genèse et structure de l'anthropologie de Kant, et qui permet ainsi au lecteur d'entrer dans l'atelier d'un penseur dont l'oeuvre entier aura été nourri par un débat critique avec Kant : qu'est-ce que l'homme ?

traduit de l'allemand par Michel Foucault
présentation D. Defert, Fr. Ewald, F. Gros
Précédé de Introduction à l'Anthropologie
Michel Foucault

Résumé
La thèse complémentaire soutenue en Sorbonne (1961) par Foucault est ici éditée pour la première fois. La traduction de Kant par le philosophe français est parue chez Vrin en 1964.





Raymond Aron / Michel Foucault
Dialogue
Lignes Essais

Voir le site

Inédit. Deux philosophes que tout semble séparer (l'âge, l'histoire, l'engagement) dialoguent. Raymond Aron vient de faire paraître Les Étapes de la pensée sociologique. C'est sur ce livre que devait porter l'entretien ici retranscrit pour la première fois. Or, c'est au contraire autour de celui que Michel Foucault vient de publier, Les Mots et les Choses, que s'organise la conversation.

On serait tenté de donner à l'année 1966-67 le sous-titre d'"année structuraliste". Les débats autour du mot, de la méthode et des ses possibles applications font rage dans l'espace intellectuel français. C'est en 1966, surtout, qu'au "matérialisme dialectique" d'Althusser, au structuralisme anthropologique de Claude Lévi-Strauss et aux travaux psychanalytiques de Lacan, s'ajoutent les conclusions de Les Mots et les Choses, où Michel Foucault remet en question le point de vue classique des sciences humaines, tout en annonçant la mort prochaine de l'homme. L'important succès de ce livre n'éteint pas les critiques, et le jeune philosophe doit à de nombreuses reprises clarifier son projet et clarifier sa méthodologie, justifier l'emploi d'un style quelque peu "flamboyant", contre ce qu'il considère être de fausses interprétations. C'est dans cette période passionnée que Michel Foucault rencontre Raymond Aron lors d'un entretien radiodiffusé le 8 mai 1967, et intitulé "Les Idées et l'Histoire". Le sociologue, de vingt-cinq ans son ainé, vient de faire paraître dans la même collection que Les Mots et les Choses son important ouvrage: Les Étapes de la pensée sociologique. La discussion devait initialement porter sur ce dernier. Or, cette rencontre est au contraire l'occasion, pour les deux philosophes, d'aborder les questions relatives à la méthode et à la nouveauté (contestées) que propose Les Mots et les Choses. On y découvre que Raymond Aron est un lecteur passionné et passionnant, tout à la fois contradicteur et défenseur du travail de Michel Foucault. Si cette archive nous apprend peu sur l'attitude de Michel Foucault, sa dénonciation de l'existentialisme, des "marxismes mous", elle documente d'une nouvelle façon la réception problématique de Les Mots et les Choses. Dans son analyse, Jean-François Bert fait revivre les débats méthodologiques de grande qualité qui animaient la vie intellectuelle de l'époque (en citant notamment les articles critiques parus dans les revues d'alors).





Philippe Artières et Mathieu Potte-Bonneville
D'après Foucault : gestes, luttes, programmes
Les Prairies ordinaires - novembre 2007


Des prisonniers aux migrants, de la maladie aux formes inédites de contrôle, de la géopolitique au renouvellement des vieilles questions «que faire ?» et «d'où parlez-vous ?», de multiples raisons portent aujourd'hui à se mettre à l'écoute de Michel Foucault. Comment penser d'après lui ce qui vient après lui ? Comment se saisir de ses analyses pour renouveler la lecture du présent et les manières d'y intervenir ? User, comme il y invitait, de son oeuvre comme d'une boîte à outils suppose de briser l'image d'une doctrine sagement rangée aux côtés d'autres académismes : sous les mots trop connus du «discours», du «pouvoir», faire lever la série des gestes inventés par Foucault (une nouvelle manière de parler, d'écrire, de disparaître ou de rire), et la série des luttes auxquelles il prit part (tout en visant du coin de l'oeil d'autres luttes, actuelles, où ses travaux peuvent encore servir). Passeurs, parmi d'autres, de cette oeuvre dans un monde qui n'est plus le sien, nous voudrions prendre appui sur elle pour crayonner les programmes d'une histoire, d'une philosophie, d'une politique à venir. À quatre mains, on tâche ici de mettre le feu à la boîte pour s'inventer d'autres outils.




Michel Foucault
Histoire de la folie à l'âge classique
Gallimard - coll. Tel - octobre 1976


A l'âge classique. C'est, en principe, une histoire de la folie qu'on enferme, du Moyen Age au XIXe siècle ; c'est, plus profondément, à travers l'étude de cette structure qu'est l'internement, une tentative pour établir un dialogue entre folie et déraison ; c'est enfin une esquisse de ce que pourrait être "une histoire des limites - de ces gestes obscurs, nécessairement oubliés dès qu'accomplis, par lesquels une culture rejette quelque chose qui sera pour elle l'Extérieur".




Michel Foucault
Les Mots et les Choses : une archéologie des sciences humaines
Gallimard, Collection Tel, n° 166 - 12/09/1990


Dans la culture européenne, l'"homme" est une invention récente. Il est né d'une mutation dans notre savoir. Cette mutation est ici étudiée à partir du 17e siècle dans les trois domaines où le langage classique avait alors le privilège de pouvoir représenter l'ordre des choses : grammaire générale, analyse des richesses, histoire naturelle.




Raymond Aron
Les Étapes de la Pensée Sociologique
Gallimard, coll.Tel - 1987


Le livre est une synthèse des cours prononcés entre 1959 et 1962, et, à travers la lecture détaillée de Montesquieu, Comte, Marx, Tocqueville, Durkheim, Pareto et Weber, pose la question de savoir s'il existe en sociologie une place pour une pensée critique, entre d'un coté les doctrines globalisantes, et de l'autre les démarches empiriques.




Raymond Aron
Introduction à la philosophie de l'histoire : essai sur les limites de l'objectivité historique
Gallimard, Bibliothèque des sciences humaines - 1986


(Edition de sylvie Mesure)
Une analyse devenue classique de l'historicité, publiée pour la première fois en 1938 et qui fait ici l'objet d'une édition nouvelle, revue et annotée.

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