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Qui sommes-nous ?

Le site Maintenant la Gauche Val-d'Oise rassemblait initialement les militants du Parti Socialiste qui se reconnaissaient dans le travail mené de puis l'autonome 2012 par "Maintenant la Gauche", le courant de gauche du PS, qui a présenté au vote des militants la motion 3 lors du congrès de Toulouse autour d'Emmanuel Maurel. Son périmètre s'est peu à peu élargi et a conduit à la présentation de la contribution générale "Le sursaut républicain : un coup de jeune pour le socialisme" pour le congrès de Poitiers. Depuis, notre site permet d'exprimer les positions des camarades valdoisiens rassemblés lors du congrès de Poitiers au sein de la motion B "à gauche pour gagner", dont le premier signataire proposé par Emmanuel Maurel, député européen, et Benoît Hamon, député des Yvelines, est Christian Paul, député de la Nièvre. 
Frédéric Faravel en est le mandataire départemental depuis 2012 ; Adélaïde Piazzi était notre candidate à l'élection du premier secrétaire fédéral du PS95 en 2012 et en 2015.

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14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 08:42

brustier.jpgMélenchon-PS : pourquoi tant de haine ?

Gaël Brustier - Chercheur en science politique - Rue89 - Publié le 09/06/2013 à 12h58

Un tweet de Jean-Luc Mélenchon a révélé que, malgré la mort d’un jeune homme, la guerre des appareils partisans reprenait ses droits très vite :

tweet_meluche.jpg«Aux rassemblements, tenez-vous à distance du PS qui a trop assimilé le PG à l’extrême droite. Pas d’amnésie sur l’amnistie.»

Le Parti de Gauche (PG) est né d’une scission nocturne du Parti Socialiste en novembre 2008. «Ça suffit comme ça !» avait lancé son leader, las, après trente années de participation à la vie du PS, de guerres d’appareils qui l’avaient marginalisé autant qu’elles avaient mis de côté tout aggiornamento idéologique.

Pari risqué s’il en était et dont on doit reconnaitre qu’il s’est plutôt bien acquitté jusqu’à l’élection présidentielle, fédérant la "gauche de la gauche" et marginalisant les groupes anti-capitalistes.

Les scissions du PS ont échoué

Historiquement, de toutes les scissions du Parti Socialiste, aucune n’a réussi (si l’on fait abstraction du Congrès de Tours de décembre 1920 qui donna naissance au Parti Communiste) :

  • Le Parti Socialiste de France des néo-socialistes (juillet 1933) a terminé comme l’on sait (dans la collaboration avec les Allemands) – après retour au bercail de ses éléments les plus modérés ;
  • Le PSA-PSU de Depreux (né en 1958 du refus de la Guerre d’Algérie et du soutien de la SFIO au Général de Gaulle) a terminé fondu dans un magma "rouge et vert" après deux décennies d’agonie ;
  • Le Mouvement des Citoyens (MDC, scission de 1992-93) de Jean-Pierre Chevènement a intégré la majorité de François Hollande après 20 ans de relations pour le moins complexes.

Il est très difficile de créer un parti socialiste idéal à coté du Parti Socialiste réel. Ces trois scissions historiques nous le rappellent.

« Ânonner des slogans extrémistes »

La tentative du PG avait jusqu’ici une originalité : elle pouvait être resituée dans un mouvement d’ampleur européenne, dans la reconfiguration de la gauche radicale en Europe.

C’est cette dimension qui est intéressante et qui peut déterminer l’avenir de la gauche radicale comme de la social-démocratie en France comme en Europe.

Jean-Luc Mélenchon déclarait (dans Le Monde du 28 mai 2010) : «Il s’agit de prendre la majorité à gauche, et cela est radicalement impossible si l’on se contente d’ânonner des slogans extrémistes anti-tout et anti-tout le monde en se montrant incapable de s’entendre avec qui que ce soit dans quelques conditions que ce soit

On pouvait penser que l’option stratégique choisie par Jean-Luc Mélenchon serait de favoriser une modification du rapport de forces entre gauche radicale et social-démocratie et non l’entrée en guerre contre cette dernière.

Amérique latine

La Gauche radicale en Europe évolue. Elle a de jeunes animateurs talentueux dans nombre de pays : Alexis Tsipras en Grèce, Alberto Garzon Espinosa en Espagne... Certains sont venus à la politique :

  • par les Forums sociaux internationaux (mondiaux ou européens),
  • d’autres sont issus du post-communisme,
  • d’autres encore sont issus de l’aile gauche de la social-démocratie.

Beaucoup ont voyagé en Amérique latine, parfois y ont-ils séjourné et croisé d’autres jeunes responsables dont, par exemple, Rafael Correa, actuel Président de l’Equateur.

Dans bien des pays, les scores de la gauche radicale progressent.

Le "marqueur communiste"

Reste à savoir ce qu’est la gauche radicale et où elle peut aller. Comme le souligne fort justement Gerassimos Moschonas de l’Université Panteion d’Athènes, le «marqueur communiste» représente la «centralité perdue» de cette gauche radicale.

Avec l’effondrement du communisme, place est laissée à une myriade de mouvements qui naissent des échecs conjugués du communisme, du néolibéralisme et… de la social-démocratie.

Moschonas constate d’ailleurs que le communisme a perdu sa capacité de polarisation, d’un point de vue idéologique ou partidaire. Ce qui ne signifie pas que ces partis fortement enracinés, dotés d’une solide culture politique et de réseaux de militants et d’élus encore souvent denses, soient impuissants. Les partis communistes sont une composante de ces reconfigurations que représentent les gauches radicales mais n’en ont pas le leadership exclusif.

La question de l’intégration européenne

C’est la question de l’intégration européenne qui a amené les gauches radicales à évoluer, leur fournit un puissant moteur et, dans le même temps, quelques ferments de division. Le "Non de gauche" du 29 mai 2005 a servi à unifier différentes tendances de gauche, dans une ébauche de recomposition politique autant qu’il a mis en évidence des divergences politiques profondes.

Dans son analyse des recompositions de la gauche radicale, Moschonas relève : «Paradoxalement, la gauche radicale s’est faite plus “amicale” envers l’Europe dans une période où l’Europe devenait, par son poids accru et sa logique libérale, plus “inamicale” envers la gauche.»

En Grèce, Synaspismos, concurrent du très orthodoxe KKE, a eu longtemps la réputation d’être un mouvement de gauche radicale "pro-européen" alors que le KKE multipliait les prises de position hostiles à l’intégration européenne. Au sein même de Syriza, les débats sur l’euro sont encore vifs.

Deux attitudes au sein de la gauche radicale

Ces fractures internes aux gauches radicales européennes ne doivent pas éclipser qu’elles parviennent néanmoins à profiter électoralement des difficultés de la social-démocratie, embourbée dans les contraintes de l’Union européenne et confrontées à un amoindrissement évident du pouvoir d’Etat. Souvent contrainte au verbalisme, la social-démocratie européenne s’essouffle.

On constate aujourd’hui deux attitudes au sein de la gauche radicale :

  • L’une consiste à accepter l’alliance (locale au moins) avec la social-démocratie, soit dans un but de pure gestion locale soit dans le but d’influencer celle-ci ;
  • L’autre fait le pari d’une submersion de la social-démocratie par la gauche radicale.

Du côté de la social-démocratie, certains cherchent une rupture définitive avec la gauche radicale, alors que les faiblesses des partis sociaux-démocrates apparaissent au grand jour à mesure que les effets de la crise se déploient.

Le pari sur la fracture

Si la social-démocratie n’est pas un «logiciel figé» comme le dit avec justesse Fabien Escalona, elle doit néanmoins régler «deux impensés problématiques : celui du compromis et celui du productivisme».

L’évolution du capitalisme et la question environnementale lui imposent de penser ces nouveaux enjeux, autrement qu’en assénant un discours impuissant sur le "vivre-ensemble" ou en "green-washant" ses différentes prises de positions.

L’avenir dira si la Gauche radicale surmontera les difficultés liées à son rapport à l’Union européenne et si, de son côté, la social-démocratie réglera ses impensés.

Pour l’heure, ce qui explique la haine réciproque de Jean-Luc Mélenchon et de l’aile droite du PS, c’est le pari sur la fracture. Pari partagé. Le pari sur la fracture, c’est pourtant toute la gauche qui en paiera la facture. Engager une fracture irrémédiable avec la social-démocratie c’est rendre impossible tout combat culturel véritable contre les droites, c’est se condamner pour les deux camps à ne pas régler leurs contradictions, à camper sur des postures et à laisser la voie libre aux droites.

Jean-Luc Mélenchon n’est pas andalou

D’un point de vue purement électoraliste, une gauche désunie n’intéresse pas l’électeur. Face à une gauche fratricide, l’électeur préférera rester chez lui et laissera les appareils se mener des guerres picrocholines qu’il se refusera à départager dans l’isoloir.

Le différentiel d’abstention entre ouvriers aux « valeurs » de gauche et ouvriers aux « valeurs » de droite est là pour démontrer qu’une partie de son électorat potentiel s’est déjà structurellement détourné des urnes.

La trajectoire des gauches radicales n’est pas encore écrite. Il n’y a pas de stratégie unique.

En Andalousie, Izquierda Unida a permis au PSOE, minoritaire dans cette région historiquement de gauche de conserver la majorité. Le rapport de forces entre gauche radicale et social-démocratie commence à changer en Espagne. Izquierda Unida semble, pour sa part, faire l’économie des insultes.

Mais Jean-Luc Mélenchon n’est pas andalou et il fait, quant à lui, le pari de la submersion. C’est un choix politique, délibéré. Les mots qu’il adresse au Parti Socialiste sont choisis, pensés et l’on sait l’homme suffisamment cultivé pour ne pas, à l’aune de l’Histoire, mesurer très exactement les implications possibles du pari qui est le sien.

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Published by Gaël Brustier - dans à Gauche...
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