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Qui sommes-nous ?

Le site Maintenant la Gauche Val-d'Oise rassemblait initialement les militants du Parti Socialiste qui se reconnaissaient dans le travail mené de puis l'autonome 2012 par "Maintenant la Gauche", le courant de gauche du PS, qui a présenté au vote des militants la motion 3 lors du congrès de Toulouse autour d'Emmanuel Maurel. Son périmètre s'est peu à peu élargi et a conduit à la présentation de la contribution générale "Le sursaut républicain : un coup de jeune pour le socialisme" pour le congrès de Poitiers. Depuis, notre site permet d'exprimer les positions des camarades valdoisiens rassemblés lors du congrès de Poitiers au sein de la motion B "à gauche pour gagner", dont le premier signataire proposé par Emmanuel Maurel, député européen, et Benoît Hamon, député des Yvelines, est Christian Paul, député de la Nièvre. 
Frédéric Faravel en est le mandataire départemental depuis 2012 ; Adélaïde Piazzi était notre candidate à l'élection du premier secrétaire fédéral du PS95 en 2012 et en 2015.

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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 12:51

Mediapart.fr - 14 mai 2013 | Par Mathieu Magnaudeix

Mercredi à 13 heures, François Hollande rencontre à Bruxelles le président de la commission européenne, José Manuel Barroso. Il déjeunera ensuite avec les 27 commissaires européens. On ne sait pas ce qu'il y aura dans l'assiette. Mais on connaît déjà le menu : les contreparties que la commission demande à la France pour avoir récemment accepté de reculer de deux ans le retour du déficit public à 3%, de 2013 à 2015.

Ces exigences seront connues dans le détail le 29 mai. Le très orthodoxe commissaire aux affaires économiques, Olli Rehn, a toutefois révélé la semaine dernière la teneur des «réformes structurelles» qu'il souhaite voir mises en place : réforme des retraites, réforme du marché du travail, «plus grande ouverture à la concurrence des marchés, notamment ceux de l'électricité ou du transport ferroviaire, et de certaines professions comme celles d'avocat ou de vétérinaire». La France doit profiter du délai imparti pour « mener des réformes structurelles de grande ampleur, a-t-il insisté, mardi 7 mai, à Bruxelles. C'est important pour les Français, pour que la France puisse débloquer son potentiel de croissance pour créer des emplois».

De quoi déclencher un tollé à gauche, ou la politique d'austérité est de plus en plus contestée. Y compris au sein du parti socialiste. «On atteint un stade très inquiétant, dit Emmanuel Maurel, animateur de l'aile gauche du PS. La commission européenne propose ni plus ni moins de démanteler notre modèle social, et de préférence à grande vitesse. On s'attaque aux trois piliers du modèle français : la retraite par répartition, le code du travail, les services publics. C'est du vandalisme. Tout ça risque d'être explosif

Depuis Jacques Chirac en 1997, aucun chef d'État n'avait rencontré l'ensemble des commissaires européens. Fallait-il répondre à l'invitation alors que l'austérité prônée par la commission européenne, mise en œuvre très concrètement en Espagne, en Grèce ou au Portugal, est de plus en plus contestée ? Au risque de donner le sentiment d'obéir aux demandes très pressantes de la commission européenne, gardien du temple de l'orthodoxie économique en Europe ?

Dans l'entourage du chef de l'État, on refuse de parler d'«échange» après le délai accordé à la France pour réduire son déficit. «Le rendez-vous, à l'invitation de M. Barroso, est calé depuis des semaines. C'est une coïncidence», assure-t-on.

L'Élysée parle d'ailleurs d'une «manifestation de soutien et d'exigence» à la commission européenne «qui est parfois critiquée, à tort ou à raison, et dont le rôle n'est pas facile». Dans l'entourage du chef de l'État, on assume un travail patient de persuasion auprès de la commission pour desserrer progressivement l'étau de l'austérité – «dialogue utile», dit l'Élysée.

«Mercredi, le président expliquera aux commissaires la politique suivie en France : assainir les finances publiques, améliorer la compétitivité, tout en préservant la croissance, l'emploi et la préparation de l'avenir», explique un proche du chef de l'État.

Pas question donc de taper du poing sur la table, pas davantage de plaider pour une bifurcation de la politique européenne. À l'Élysée, on admet que la Commission européenne sait être «directive». Mais on refuse de parler d'«injonctions», pour ne pas fâcher. «Soit on est dans la confrontation, soit on influe de l'intérieur. Depuis des mois et des mois nous travaillons pour trouver en Europe le meilleur équilibre afin d'assainir les finances publiques sans créer d'effet récessif», plaide le Château.

À la droite du PS, le député Christophe Caresche se félicite même d'un «virage» de la politique européenne française. «Sarkozy mettait en scène de façon très médiatisée sa volonté de n'accepter aucun diktat, comme si la France emmerdait tout le monde. Mais cette stratégie du coup d'éclat permanent était stérile et ne faisait que rendre plus difficile la discussion avec nos partenaires. Désormais, la France s'inscrit dans une stratégie du compromis, une discussion et une négociation loyale et franche. C'est d'ailleurs cette attitude plus positive qui nous a permis d'obtenir un délai, sans que cela ne se fasse de manière heurtée et conflictuelle.» Même si ce «virage», qui est d'abord le fruit de tractations en coulisses, n'est «pas très visible», admet Caresche.

« Fourches Caudines »

2013-03-18T210910Z_1_APAE92H1MRC00_RTROPTP_3_OFRTP-UNION-HO.JPGFrançois Hollande et Angela Merkel à Berlin© Reuters

«François Hollande ne va pas à Bruxelles pour présenter des excuses. Il y a simplement des règles de discussion communes», plaide aussi le député Arnaud Leroy, proche d'Arnaud Montebourg. Des règles renforcées par le traité de stabilité budgétaire ratifié en octobre par le Parlement français (TSCG), sans avoir été modifié et qui accroît la surveillance des politiques économiques des États membres par la commission. Mais «la France n'est pas pieds et poings liés», assure Caresche, pour qui la commission aussi commence à s'apercevoir des méfaits de l'austérité.

L'entourage du chef de l'État assure d'ailleurs que les recommandations à venir de Bruxelles n'auront rien d'obligatoire. «On a un certain nombre de choses à guérir, mais on a aussi les médecins et la pharmacie», résume l'Élysée. Autrement dit, pas question de se laisser dicter les réformes : «Le cadre sera déterminé par le gouvernement, par le président de la République.» Paris reste d'ailleurs très flou sur les éventuelles mesures de libéralisation du secteur ferroviaire qui pourraient être décidées. Et ne juge pas du tout urgente une libéralisation de l'énergie ou des taxis...

Les réactions à gauche du PS contrastent en revanche avec la sérénité affichée à l'Élysée : c'est peu dire que ce rendez-vous avec le conclave des commissaires européens passe mal. Surtout auprès du Front de gauche, qui a organisé le 5 mai la marche citoyenne contre l'austérité et pour une VIème République. «C'est humiliant, commente Martine Billard, coprésidente du Parti de gauche. On a l'impression que la France devient un pays du tiers-monde qui passe sous les Fourches Caudines du FMI. Comme si le président devait rendre compte, convoqué pour s'entendre donner des leçons et dire “amen” à tout ce qui a été dit…»

Selon Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, la visite est «la mise en œuvre directe du traité Merkozy». «Nous sommes dans les travaux pratiques du TSCG. Et l'on se rend compte que la faute politique, l'erreur fondamentale est d'avoir ratifié ce traité sans en avoir touché une virgule

«Ce ne sera pas une discussion de marchand de tapis, et François Hollande ne va pas non plus à Canossa», tempère Danielle Auroi, présidente (écolo) de la commission des affaires européennes de l'Assemblée nationale. «Qu'il se déplace me paraît plutôt positif, explique d'ailleurs le secrétaire national d'EELV, Pascal Durand. Ces derniers mois, la France a été trop absente en Europe, donnant le sentiment de laisser l'Allemagne gérer l'économie

Reste que la façon dont l'Élysée a, ces derniers mois, négocié en coulisses un assouplissement de la règle des 3% tout en ne cessant de marteler publiquement cet objectif (jusqu'à taper sur les doigts des parlementaires et des ministres qui remettaient en cause la «ligne») ne satisfait guère les écologistes, européens convaincus.

«François Hollande a tenu pendant des mois un discours de pur affichage, poursuit Durand. J'aurais aimé qu'il ait une attitude active, en disant “je n'atteindrai pas les 3% dans les délais fixés, voyons comment nous pouvons parvenir à l'objectif”. Là, il laisse apparaître l'Europe comme cette contrainte externe qui fixe les conditions dans lesquelles la France va opérer son redressement budgétaire. Cela fait reculer l'idée européenne

« Diktat »

05052013-IMG_70307.jpgManifestation du Front de gauche contre l'austérité© Thomas Haley

Sur le fond, une grande partie de la gauche ne décolère pas contre la façon dont la commission européenne tente de forcer son avantage en proposant les éternelles recettes de l'ajustement structurel préconisées depuis des décennies par les grandes institutions internationales, et actuellement appliquées en Grèce, en Espagne ou au Portugal.

Danielle Auroi évoque même un «diktat». «C'est le baratin habituel : la commission tente de faire un coup de semonce. Olli Rehn incarne un combat d'arrière-garde, fidèle à sa logique ultralibérale, comme si rien n'avait changé.» «C'est toujours la même orthodoxie insupportable, les solutions habituelles de l'austérité, du mainstream, de la troïka, précisément celles que nous dénonçons», abonde Pascal Durand. L'incarnation de «l'obsession libérale mise en œuvre dans toute l'Europe et bientôt en France», selon Martine Billard (Parti de gauche).

«D'une main, la commission caresse en accordant deux ans de plus pour réduire le déficit, de l'autre elle assène un coup de trique», résume Olivier Dartigolles (PCF). Qui insiste sur la coïncidence de calendrier entre les annonces de la commission et le lancement officiel de la réforme des retraites. «Le gouvernement a anticipé les desiderata de Bruxelles», dit-il. Lundi, Jean-Marc Ayrault a successivement reçu organisations patronales et syndicales pour lancer la conférence sociale des 20 et 21 juin, dont le gros morceau sera la nouvelle réforme des retraites.

Le gouvernement envisagerait une hausse de la CSG des retraités, une désindexation des pensions, et surtout l'allongement de la durée de cotisation nécessaire pour obtenir une retraite à taux plein. Le Medef plaide, lui, pour un allongement de la durée de cotisation à 43 ans et à un départ à 65 ans en 2040. La CGT a déjà annoncé une mobilisation et FO semble prête à la suivre.

S'il y a bien un parti de plus en plus déchiré par l'austérité et l'Europe, c'est bien le PS au pouvoir. Entre ceux qui prônent une «confrontation» avec l'Allemagne (comme le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, salué par plusieurs ministres et la gauche du parti) et ceux qui s'en tiennent à la «tension amicale» prônée par François Hollande, les divergences ne cessent de s'agrandir.

À l'instar de l'Élysée, une bonne partie du PS juge illusoire d'aller au clash avec la commission dans une Europe tenue par les conservateurs. Et estime que la vraie prochaine fenêtre se présentera à partir de septembre 2014, après les élections allemandes, si toutefois elles aboutissent à un changement de majorité.

Cofondateur de la Gauche populaire, le député PS Philippe Doucet plaide pour «un peu de zénitude». «Oui, la commission européenne est un acteur, et donc on négocie avec elle. À moins de vouloir instaurer le socialisme dans un seul pays, comme l'Albanie ou la Corée du Nord… Après, il y a dans toute cette séquence une part de théâtre. La commission voit bien que l'austérité ne fonctionne pas en Europe. Mais elle ne voulait pas baisser pavillon sans contreparties

Christophe Caresche parie lui aussi sur le «compromis» dans une Europe dominée par les gouvernements conservateurs. «Ce n'est pas vrai que rien ne bouge en Europe et qu'on n'a que des abrutis en face de nous, plaide-t-il. On ne peut pas toujours jouer la stratégie de la crise prônée par Montebourg ou Mélenchon. Même si je suis le premier à dire que l'Allemagne plaide de façon aveugle pour une politique d'austérité en Europe, il faut bien faire certaines réformes structurelles : on ne réglera pas la dette par l'opération du Saint-Esprit.» Ces derniers jours, le ministre de l'économie Pierre Moscovici a lui aussi insisté sur la nécessité de mener de telles réformes.

Cette ligne officielle est pourtant de plus en plus contestée. Proche d'Arnaud Montebourg, un des ministres qui a publiquement remis en cause l'austérité en Europe, le socialiste Arnaud Leroy n'hésite pas à élever le ton contre l'actuelle commission européenne, qu'il décrit comme «très idéologique», «dans l'impasse», «incapable de trouver des outils pour nous sortir de la crise».

« Sursaut »

madridprotest.jpgManifestation en Espagne contre le chômage© Reuters

À la gauche du parti, Emmanuel Maurel plaide lui aussi pour des réformes « structurelles », mais pas franchement celles d'Olli Rehn : «La lutte contre la fraude fiscale, l'évasion fiscale, le comportement scandaleux de certaines sociétés, etc.» Mercredi, jour de la visite de Hollande à Bruxelles, l'aile gauche du PS organise d'ailleurs à l'Assemblée une réunion contre l’austérité, «contre les nouvelles propositions de la commission européenne et pour une autre Europe». Une initiative imitée au même moment par certains socialistes en Allemagne, en Italie et en Autriche.

«Dans le programme de François Hollande, rien n'a été écrit sur une réforme des retraites, le démantèlement des conditions de travail, l'accélération de la libéralisation des domaines dévolus au publics, poursuit Emmanuel Maurel. Je ne m'imagine donc pas un seul instant que le président se mette dans l'agenda de la commission européenne et accepte des propositions qui vont à l'encontre de tout ce qu'il a combattu. Dans les prochaines semaines, il a l'occasion de se faire le porte-parole de ceux qui souhaitent une autre orientation en Europe. On est en train de créer une Europe explosive et explosée, avec un taux de chômage des jeunes qui dépasse 60% en Grèce et en Espagne. On a besoin de ce sursaut. Je ne sais pas si François Hollande souhaite l'incarner. Mais il faudrait qu'il le fasse…»

«François Hollande doit désormais s'imposer comme le leader d'une Europe qui s'adapte enfin à la réalité vécue par les Européens», plaide lui aussi le socialiste Arnaud Leroy.

«J'attends de François Hollande qu'il porte un discours intelligent, martèle Pascal Durand, d'EELV. En disant par exemple que si, oui, on peut remettre en cause le mode de financement de l'Europe sociale parce que le monde a bougé, il est impensable de remettre en cause l'Europe sociale elle-même en baissant, par exemple, les pensions de retraite. Ou bien en proposant les investissements nécessaires, dans le bâtiment, l'industrie, les transports, et pas seulement dans le numérique

François Hollande, qui tiendra jeudi la deuxième conférence de presse du quinquennat, va également reprendre à son compte les propositions du chef de gouvernement italien Enrico Letta et de l'Allemagne en faveur d'un grand plan d'urgence contre le chômage des jeunes en Europe. La France et l'Allemagne promettent désormais un New Deal en faveur du chômage des jeunes.

À l'Élysée, on affirme que François Hollande en a toujours parlé et insiste depuis des mois pour accélérer la distribution des 6 milliards d'euros en faveur de la formation des jeunes prévue dans le budget européen. Sans doute. Reste que sur ce sujet, on ne l'avait jusqu'ici pas beaucoup entendu. Sans doute n'avait-il pas parlé assez fort.

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Published by MLG 95 - dans Europe
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