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Qui sommes-nous ?

Le site Maintenant la Gauche Val-d'Oise rassemblait initialement les militants du Parti Socialiste qui se reconnaissaient dans le travail mené de puis l'autonome 2012 par "Maintenant la Gauche", le courant de gauche du PS, qui a présenté au vote des militants la motion 3 lors du congrès de Toulouse autour d'Emmanuel Maurel. Son périmètre s'est peu à peu élargi et a conduit à la présentation de la contribution générale "Le sursaut républicain : un coup de jeune pour le socialisme" pour le congrès de Poitiers. Depuis, notre site permet d'exprimer les positions des camarades valdoisiens rassemblés lors du congrès de Poitiers au sein de la motion B "à gauche pour gagner", dont le premier signataire proposé par Emmanuel Maurel, député européen, et Benoît Hamon, député des Yvelines, est Christian Paul, député de la Nièvre. 
Frédéric Faravel en est le mandataire départemental depuis 2012 ; Adélaïde Piazzi était notre candidate à l'élection du premier secrétaire fédéral du PS95 en 2012 et en 2015.

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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 08:23

B.-Giblin.pngLibération - 26 avril 2012 - par BÉATRICE GIBLIN, Géographe, Institut français de géopolitique, Université Paris-8 "Vincennes à Saint-Denis", et directrice de la revue Hérodote

Le score élevé de Marine Le Pen, 17,9%, a surpris une fois encore. En termes de voix, la progression du FN est impressionnante compte tenu d’un taux de participation plus élevé : Marine Le Pen a rassemblé 6,5 millions de voix contre 4,8 millions pour son père en 2002. Rappelons que Jean-Marie Le Pen avait obtenu 4,3 millions de voix en 1988, 4,5 millions en 1995 et même 5,5 millions avec les voix du dissident Mégret. Précisons aussi qu’en dix ans le nombre des électeurs inscrits est passé de 41 à 46 millions.

Habilement, les thèmes choisis cette fois pour la campagne étaient centrés autant sur les questions économiques et sociales (chômage, pouvoir d’achat, délocalisation, mondialisation) que sur celles de l’insécurité et de l’immigration. Avec, pour ce dernier thème, un nouvel angle d’attaque qui fait mouche: la menace que ferait peser l’immigration musulmane sur les valeurs de la nation. Dénonçant les prières dans la rue et la viande halal dans les cantines, Marine Le Pen s’est emparée à sa manière de la défense de la laïcité au grand dam des militants de cette noble cause, masquant ainsi le thème de l’identité nationale.

Ces thèmes ont convaincu nombre d’électeurs : les fidèles, les revenants floués par la politique sarkozyste et les nouveaux - jeunes pour la plupart, voire pour certains diplômés mais sans emploi. Peut-on penser que ce score historique est surtout lié à la crise économique en Europe, ce qui alimente son rejet ? Sauf en Ile-de-France, où les scores de Marine Le Pen sont en recul ou stables, les zones de force restent les mêmes : les régions du Midi méditerranéen, Rhône-Alpes, le Nord et l’Est (Nord-Pas-de-Calais, Picardie, Champagne-Ardenne, Alsace-Lorraine). Mais, et ce n’est pas rien, les scores sont partout à la hausse : Marine Le Pen obtient plus de 20% dans 43 départements contre 25 en 2002.

Le Gard, seul département où Marine Le Pen arrive en tête, est déjà une zone de force dans les années 80. La division de la droite libérale avait facilité son émergence et, pour gagner la région en 1986, cette même droite n’avait pas hésité à faire élire son président avec les voix du FN. A la présidentielle de 1988, Jean-Marie Le Pen frôle les 20% de suffrages exprimés, il en est de même en 1995. En 1998, Jacques Blanc, président du conseil régional, fait alliance avec le FN pour garder la région. En 2002, avec 22,2% des suffrages exprimés, Jean-Marie Le Pen est en tête dans la région et obtient 25% au second tour (moyenne nationale 18), comme sa fille au premier tour de 2012. Beaucaire et Saint-Gilles, où Marine Le Pen obtient 35% des voix, en accordaient déjà plus de 30% à son père en 2002. Où l’on voit que ces alliances pourraient se reproduire aux législatives 2012.

A Marseille, un des premiers bastions du vote FN, Marine Le Pen recueille 21,2% mais le FN ne progresse plus. Le Pen y obtenait 27% des voix en 2002, (il est vrai avec une abstention de près de 50%, contre 22% cette année). Dans les quartiers Nord (XIIIe et XIVe arrondissements), Marine Le Pen améliore logiquement les scores de son père de 2007, (voix siphonnées par Nicolas Sarkozy) mais c’est aussi dans ces arrondissements que Jean-Luc Mélenchon réalise une très forte percée.

Autre zone de force ancienne, la Picardie, où la désindustrialisation en milieu rural (37% de l’industrie est localisée dans des communes de moins de 5 000 habitants, textile, petite métallurgie), a engendré, dès les années 90, un sentiment d’abandon (départements de la Somme et de l’Aisne) auquel s’est ajoutée surtout dans l’Oise la montée de l’insécurité. C’est aussi dans ce département qu’eut lieu à Creil, en 1989, la première affaire de foulards islamiques dans un collège.

La pénurie de logements sociaux en Ile-de-France et le prix du foncier ont poussé des familles aux revenus modestes à venir en Picardie (Oise : 50 000 migrants pendulaires ; Aisne : 8 000). En 2012, Marine Le Pen améliore nettement les scores de son père en nombre de voix, l’abstention étant cette fois beaucoup plus faible. Mais en pourcentage, les scores de Jean-Marie Le Pen dépassaient déjà les 20% en 2002 dans l’Oise.

Doit-on encore qualifier ce vote de protestataire ou de colère quand il est ancré sur les mêmes territoires depuis quinze ans voire plus ?

Quant à la forte progression des scores de Marine Le Pen dans l’Ouest surtout rural, elle est remarquable. Il est vrai qu’elle a fait de la défense des agriculteurs un de ses thèmes de campagne, mais est-ce suffisant pour l’expliquer ? Les difficultés économiques et la crainte du chômage, pour soi-même ou ses enfants, dans des zones où le marché de l’emploi est étroit, sont un contexte favorable pour que les discours tenus par Marine Le Pen trouvent un écho. En effet, les délocalisations menacent l’emploi, la main-d’œuvre étrangère abondante tire les salaires vers le bas. Enfin, le retrait de l’Etat pour raison de restrictions budgétaires met en péril les services publics. En d’autres termes, dans ces campagnes périurbaines se développe là aussi le sentiment d’abandon.

C’est ce même sentiment de menace et d’abandon que l’on retrouve dans le vote d’extrême droite de nombre pays européens. La faible croissance économique des pays de l’Union européenne, surtout comparée à celles des grands pays émergents, suscite l’inquiétude d’un déclassement plus ou moins proche de ces pays qui seraient dépassés par d’autres, autrefois colonisés et/ou sous-développés. Face à cela, on accorde foi aux discours qui parlent de frontières pour se protéger des autres et du monde en se repliant sur son territoire. La défense de la Nation et de ses valeurs fait alors de l’étranger, surtout s’il est musulman, une menace interne et un bouc émissaire. Selon les partisans d’extrême droite, face à cette supposée menace que ferait peser l’immigration musulmane sur la Nation chrétienne occidentale, celle-ci doit être protégée. Il est plus que temps de reparler de l’Europe comme d’un grand projet géopolitique audacieux.

Vient de paraître : «L’extrême droite en Europe», revue Hérodote.

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Published by Rlg 95 - dans Formation
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Geneviève Wortham 27/04/2012 10:28

Si j'en crois les résultats en Seine-et-Marne, je pense que le vote FN est moins lié au chômage qu'à la difficulté à vivre. Le 77 connaît un taux de chômage inférieur à la moyenne francilienne, et
pourtant, MLP réussit un score largement supérieur à la moyenne francilienne (quasiment 20% contre 12,2% en Ile-de-France). Une partie des travailleurs pauvres, ou modestes, qui connaissent des
conditions de vie s'aggravant avec la crise, ont choisi le vote FN. La gauche ne doit pas seulement parler emploi (c'est indispensable), mais aussi augmentation des salaires et du pouvoir d'achat,
si elle veut répondre à cette partie-là de l'électorat salariée.