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Qui sommes-nous ?

Le site Maintenant la Gauche Val-d'Oise rassemblait initialement les militants du Parti Socialiste qui se reconnaissaient dans le travail mené de puis l'autonome 2012 par "Maintenant la Gauche", le courant de gauche du PS, qui a présenté au vote des militants la motion 3 lors du congrès de Toulouse autour d'Emmanuel Maurel. Son périmètre s'est peu à peu élargi et a conduit à la présentation de la contribution générale "Le sursaut républicain : un coup de jeune pour le socialisme" pour le congrès de Poitiers. Depuis, notre site permet d'exprimer les positions des camarades valdoisiens rassemblés lors du congrès de Poitiers au sein de la motion B "à gauche pour gagner", dont le premier signataire proposé par Emmanuel Maurel, député européen, et Benoît Hamon, député des Yvelines, est Christian Paul, député de la Nièvre. 
Frédéric Faravel en est le mandataire départemental depuis 2012 ; Adélaïde Piazzi était notre candidate à l'élection du premier secrétaire fédéral du PS95 en 2012 et en 2015.

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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 17:25

Hamon : «Dans l’affaire Mitterrand, il y a eu un réflexe de caste»

Il y a près d’un an le jeune dirigeant de l’aile gauche du PS décrochait le poste de porte-parole du parti à la rose. Retour sur une année très très agitée : échec aux européennes, affaire Mitterrand, renoncements divers et variés…

(photo: MEDEF - Flickr - cc)
Marianne2 : Novembre 2008, congrès de Reims. Votre motion fait un excellent score (18%). Et pourtant vous décidez de vous fondre dans la majorité et même d’accepter le poste de porte-parole ?
Benoît Hamon : Il y a eu de vraies discussions à ce moment-là. Toute la difficulté était de réussir à trouver une homogénéité entre nos positions et celles de Martine Aubry, en passant par celles de Bertrand Delanoë ou de Dominique Strauss-Kahn. L’antiroyalisme ne pouvait pas être suffisant pour créer cette homogénéité. Comme l’antisarkozysme, aujourd’hui, ne peut pas être un positionnement suffisant pour le PS. Il n’est pas possible de toujours se construire en contre.
Mais on voit que l’homogénéisation se fait petit à petit. C’est le cas des primaires. Tout le monde y vient. Je ne vais pas dire que le curseur a énormément bougé, que nos idées ont colonisé le Parti socialiste, mais elles y ont trouvé leur place. Certes, pas au point de dire que pour nous c’est une victoire politique…

Mais il vous a fallu renoncer à certaines de vos idées. L’autorisation administrative de licenciement par exemple ?
L’idée était qu’une entreprise qui gagne de l’argent puisse être soumise au contrôle public. Que dit aujourd’hui le PS à travers la voix de Martine Aubry ? Que nous sommes favorables à la saisine du tribunal de grande instance pour que soit décidée la mise sous tutelle de l’entreprise bénéficiaire. La parole du Parti socialiste a évolué. Moi-même j’ai évolué et je ne vis pas ça comme un renoncement d’avoir réfléchi avec le PS. Avec l’autorisation administrative de licenciement, on ne prétendait pas avoir trouvé la digue la plus efficace. Et après avoir été traité d’hérétique, je suis heureux qu’on en soit arrivé à ce discours de Martine Aubry à La Rochelle.

En revanche, pour ce qui est du protectionnisme — une des idées fortes portée par votre motion au congrès de Reims — il y a eu un renoncement mâtiné d’un virage sémantique. Au PS, on ne parle pas de « protectionnisme ». Ça fait si peur que ça ?
On parle de « juste échange ». Mais le parti évolue. Et moi je n’ai aucun problème à dire que je suis pour un protectionnisme ciblé, temporaire. Je le dis d’autant plus qu’il y a une certaine hypocrisie sur le sujet. Notamment de la part de Nicolas Sarkozy quand il parle de taxe carbone aux frontières de l’Europe.
Le protectionnisme est nécessaire pour que nous puissions conserver notre souveraineté alimentaire, des barrières tarifaires ou non-tarifaires sont nécessaires pour éviter la concurrence déloyale entre les pays, pour que soit préservée la diversité et protégé notre appareil de production.

«Mon passé de “noniste” pouvait déplaire à la gauche francilienne»

Un discours qu’il aurait été intéressant de porter au Parlement européen. Mais vous qui avez réussi à prendre le poste de porte-parole du parti, vous n’avez pu obtenir une place sans danger pour les élections européennes ?
Je n’étais pas dans le mood. Mon passé de « noniste », mes positions sur le libre-échange pouvaient déplaire à la gauche francilienne. Ce discours-là allait heurter un électorat de gauche plutôt libéral. C’est ce que j’ai entendu…
Et puis ma motion n’était pas majoritaire en Île-de-France. En tout cas, je n’ai pas aimé être en compétition avec Harlem Désir. On peut penser de lui ce que l’on veut, c’est un excellent eurodéputé, un vrai bosseur.

C’est ce qui explique que vous ayez manqué de mordant dans cette campagne par rapport à celle menée pour le congrès de Reims ?
C’est surtout qu’il est beaucoup plus facile d’être « mordant » quand on n’a pas à porter un discours préfabriqué. On disait « non » à Barroso, mais l’on savait très bien ce qu’allaient faire nos partenaires du PSE. C’était comme faire la course avec un silex dans la chaussure. Et puis il y avait un contexte : les médias étaient épatés par la présidence de l’Union européenne de Nicolas Sarkozy. C’est quand même fou : puisque vous bougez, vous êtes bon ! Il n’y a qu’à voir la crise géorgienne. Medvedev ne s’est pas arrêté parce que Sarkozy s’est agité. Il s’est arrêté quand la Géorgie était amputée de deux régions…

Et puis il y avait le programme commun du PSE, le Manifesto
Ce n’était pas le message qu’attendait notre électorat. Ce n’était pas facile à porter. Même pour Harlem Désir j’imagine… Heureusement, Poul Nyrup Rasmussen (le président du PSE, ndlr) a très vite analysé la fessée que nous venions de nous prendre et a appelé à un retour aux fondamentaux de la gauche. Ça n’a pas empêché Martin Schulz (le président du groupe de l'Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates, ndlr) d’appeler à l’abstention les eurodéputés lors de l’élection de Barroso… Je fais partie de la délégation qui se rendra prochainement au congrès du PSE et je dirai ce que j’en pense. On ne peut pas ne pas porter cette parole.
Mais pour revenir à la campagne, j’ai essayé de la mener le plus possible en banlieue : à La Courneuve, à Montreuil, à Villiers-le-Bel, à Trappes. J’y ai fait de vraies rencontres, j’y ai eu de vrais débats sur les problèmes nationaux. Et il y avait la candidature Dieudonné.

«Ce mur qu’érige Mélenchon est le meilleur service que l’on puisse rendre à Sarkozy»

Il y avait aussi la candidature Mélenchon. C’est avec lui, qui a été pourtant un de vos compagnons de lutte lors du référendum sur le TCE, que vous vous êtes montré le plus dur ?
C’est délicat de faire campagne contre un mec que l’on connaît bien. Mais quand on voit récemment qu’à Poissy, François Delapierre (le numéro 2 du PG, ndlr) n’appelle pas à voter pour le candidat socialiste, c’est un abandon de tout ce qui fait la gauche. D’ailleurs, l’argumentaire de Jean-Luc Mélenchon qui voudrait qu’il existe une frontière étanche entre deux gauches ne tient pas. Parlons fiscalité, service public, libre-échange — encore que sur ce dernier point, avec le NPA, il pourrait y avoir débat — sur le fond, il n’y a pas de frontière étanche. Ce mur qu’érige Jean-Luc Mélenchon est le meilleur service que l’on puisse rendre à Nicolas Sarkozy.

Il n’y a pas que la campagne des européennes qui a été délicate pour vous. Cumuler les fonctions de chef de courant et de porte-parole du PS pose aussi certains problèmes ? Le sujet du protectionnisme est un exemple. Votre récente déclaration sur l'endettement français en est une autre. Il y a également les primaires. Vous dites vouloir militer pour des « primaires à gauche ». Mais c’est perdu d’avance : le PCF, le NPA, le PG n’en seront pas.
Je comprends qu’il y ait une réticence naturelle aux primaires. Ça peut représenter une étape supplémentaire dans le processus de personnalisation du pouvoir politique. Après, que ce soit un pari « perdu d’avance », je n’y crois pas. Chez les Verts, Daniel Cohn-Bendit s’est déjà dit favorable aux primaires. Certains dirigeants du PC n’y sont pas forcément opposés. Les régionales vont aussi servir de révélateur. Pour diriger les régions, des majorités vont se constituer. Où est la cohérence si certains acceptent de participer à des majorités en région et refusent les primaires ? Finalement, la vraie question est : est-ce qu’on aura le temps de constituer un projet commun représentant la diversité de la gauche ?

Plus récemment il y a aussi eu l’affaire Mitterrand...
Qu’aurait-il fallu faire ? Réunir le Bureau national du PS. À ce moment-là, il faudrait réunir le PS sur tous les sujets. Pour ma part, j’ai eu le sentiment d’apporter une parole très socialiste. Je ne veux pas jouer les victimes, mais ça a été un épisode super désagréable. C’est la vie politique qui est ainsi, je ne l’ai pas découvert à ce moment-là. Mais nous vivons dans un univers politique et médiatique extrêmement violent. Et certains ont dû se dire : « Enfin, c’est le moment, on va lui régler son compte ».
Bertrand Delanoë, lui, a un désaccord de fond avec moi sur ce sujet. C’est un homme avec qui je parle beaucoup et nous aurons une discussion plus tard. Je ne voulais pas en parler avec lui à chaud. Mais d’autres ont eu des prises de position totalement incongrues. Voir Georges-Marc Benamou me comparer à Marcel Déat ! Me retrouver estampillé facho anti-homo ! Et puis il y a eu les éditos d’Eric Fottorino ou de Denis Olivennes… J’ai eu l’impression que j’y avais droit pour l’ensemble de mon œuvre !

«Le coup de la chasse à l’homo, il fallait oser quand même !»

Comment expliquez-vous ces réactions ?
Il y a eu une sorte de réflexe de caste de la part de gens proches de Frédéric Mitterrand : on y trouve des responsables politiques, des journalistes, tout le milieu parisien des intellos qui vivent en vase clos depuis trente ans, chroniquent les ouvrages des uns et des autres. Ça a tourné au règlement de comptes pour Bernard-Henri Lévy, Daniel Cohn-Bendit, Alain Finkielkraut, Franz-Olivier Giesbert ou bien encore Jean-Luc Mélenchon qui a été hallucinant ! Le coup de la chasse à l’homo, il fallait oser quand même ! Au FN, c’était une réalité. Soit. Mais chez moi !
Quoi qu’il en soit, cette histoire va laisser des traces. Ce genre de polémique lève des choses pas très saines, fielleuses même. Mais j’ai reçu une multitude de messages de soutien de la part de journalistes, d’intellectuels et de simples citoyens. Il y a quand même eu quelques « punks » qui m’ont soutenu comme Michel Onfray ou Jean-François Kahn !

Vous n’avez pas songé à démissionner comme vous y aviez pensé après votre échec aux européennes ? Vous vous y étiez d’ailleurs engagé à l’époque ?
C’était une vraie connerie que de dire ça. Sincèrement. Je me disais : « Si je perds mon poste d’eurodéputé, je vais être obligé de bosser et je n’arriverai pas à assurer le rôle de porte-parole ». Mes proches m’ont convaincu. Henri Emmanuelli notamment. Il m’a longuement parlé. Tous m’ont dit de ne pas ajouter de la crise à la crise du PS, que ce n’était pas l’échec de notre courant…
Et apparemment, on peut être porte-parole du PS, travailler et être aussi candidat aux régionales ?
Cette campagne, je vais la faire à fond. C’est ce qui me manque le plus d’aller à la baston ! Après, si le PS décide qu’il faut un porte-parole adjoint, je prends. J’accepte aussi l’idée que le PS n’ait plus besoin de moi. Je sais que ma parole peut cliver… Même dans mon propre camp !

Julien Dray laisse entendre que ses ennuis judiciaires vous ont servi notamment pour décrocher cette place pour les régionales ?
J’ai entendu Julien Dray dire ça à 3 ou 4 reprises. Mais c’est une place dans les Yvelines que j’ai, pas en Essonne. Preuve que tout ça était bidon. Preuve, une nouvelle fois, qu’en ce qui me concerne, on s’est trompé…

Vendredi 30 Octobre 2009 - Gérald Andrieu - Marianne

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