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Qui sommes-nous ?

Le site Maintenant la Gauche Val-d'Oise rassemblait initialement les militants du Parti Socialiste qui se reconnaissaient dans le travail mené de puis l'autonome 2012 par "Maintenant la Gauche", le courant de gauche du PS, qui a présenté au vote des militants la motion 3 lors du congrès de Toulouse autour d'Emmanuel Maurel. Son périmètre s'est peu à peu élargi et a conduit à la présentation de la contribution générale "Le sursaut républicain : un coup de jeune pour le socialisme" pour le congrès de Poitiers. Depuis, notre site permet d'exprimer les positions des camarades valdoisiens rassemblés lors du congrès de Poitiers au sein de la motion B "à gauche pour gagner", dont le premier signataire proposé par Emmanuel Maurel, député européen, et Benoît Hamon, député des Yvelines, est Christian Paul, député de la Nièvre. 
Frédéric Faravel en est le mandataire départemental depuis 2012 ; Adélaïde Piazzi était notre candidate à l'élection du premier secrétaire fédéral du PS95 en 2012 et en 2015.

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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 08:19

Politis.fr - Par Philippe Marlière - 15 janvier 2014

TRIBUNE. Le néolibéralisme «de gauche» du chef de l’Etat n’a rien à voir avec la tradition sociale-démocrate, explique Philippe Marlière, professeur de science politique à University College London.

arton25278-551d2.jpgL’éditocratie en a frétillé d’aise au terme de la conférence de presse de François Hollande à l’Élysée : le président assumerait son «tournant social-démocrate». L’usage des mots pour qualifier un personnage politique ou son action pose un enjeu symbolique de premier ordre. Ici, si Hollande est "social-démocrate", c’est qu’il est encore de gauche. S’il n’est pas cela, qu’est-il devenu alors ?

Dans le cas présent, l’offensive éditocratique redouble d’ardeur car ses soutiens, à gauche et à droite, entendent suggérer le point suivant : Hollande a abandonné la "vieille" gauche égalitaire de transformation sociale, pour une gauche "moderne" et "réaliste". En sous-texte, nos bons propagandistes préparent leurs lecteurs au grand saut inévitable : la gauche - incarnée par François Hollande - doit être compatible avec un capitalisme financier prédateur et conquérant. Peine perdue, empaqueter le fuite néolibérale du président dans une jolie boîte sociale-démocrate est abusif. Un rappel historique s’avère nécessaire pour déconstruire cet acte de piratage idéologique.

Anticapitalisme

L’idée sociale-démocrate s’est développée à partir du dernier quart du XIXème siècle. Jusqu’à la Première Guerre mondiale, elle est enrichie aussi bien par les partisans d’un socialisme réformiste que par ceux qui préconisent une rupture radicale avec le capitalisme. Au-delà des divergences doctrinaires repérables dans l’ensemble des partis ouvriers européens, il est possible de dresser le cadre idéal type de la pensée sociale-démocrate de cette première période.

À l’origine, les différents courants de la social-démocratie se querellent avant tout sur les modalités du combat contre l’État bourgeois : convient-il de le réformer ou faut-il, tout simplement, le détruire ? Tous s’accordent, cependant, sur la finalité de leur action : faire reculer, voire terrasser le capitalisme. Selon des approches diverses, ils estiment tous que la socialisation des moyens de production et d’échange doit se substituer au système capitaliste.

Après la dissolution de la Ire Internationale (1864-1876), le terme social-démocrate est couramment associé à celui de marxisme. À partir des années 1880, le marxisme devient le courant dominant au sein de la social-démocratie, en particulier en Europe centrale. Après 1896, il devient la doctrine officielle de la IIe Internationale. Il existe cependant plusieurs interprétations du marxisme, qui renvoient à l’opposition majeure entre réformistes et révolutionnaires. La véritable ligne de fracture est liée à la question de la démocratie politique. Certains acceptent de mener leur action dans le cadre de la démocratie parlementaire des régimes capitalistes. D’autres, au contraire, pensent que le libéralisme politique est étranger au mouvement ouvrier et doit être rejeté. Dans les années 1875-1914, on observe parmi les dirigeants du SPD allemand un large éventail d’orientations idéologiques : Ferdinand Lassalle, un ex-libéral devenu socialiste, mais non marxiste ; le marxiste August Bebel ; Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, les fondateurs de la Ligue spartakiste qui se transformera en Parti communiste en 1918 [note du blog : mais non bolchévique jusqu'à l'assassinat des deux fondateurs]. Les spartakistes combattent le «révisionnisme réformiste» d’Eduard Bernstein qui, à leurs yeux, remet en cause la nature révolutionnaire du SPD.

Démocratie et pluralisme

Les équilibres doctrinaux d’avant guerre vont se défaire à la suite de deux événements historiques : la Première Guerre mondiale, qui sape l’internationalisme prolétarien, en soulignant l’attachement des partis sociaux-démocrates au cadre national ; la révolution bolchevique, qui marque une rupture irréconciliable entre les socialistes réformistes et ceux qui prennent pour modèle le jeune régime soviétique. Entre 1919 et 1921, la rupture est définitivement consommée entre socialistes et communistes ; les seconds rejoignant l’Internationale communiste créée par Lénine. La tendance sociale-démocrate réformiste réfléchit à une nouvelle synthèse théorique entre le libéralisme des partis bourgeois et le communisme. La démocratie et le pluralisme politique deviennent deux notions phares dans la pensée sociale-démocrate. Se démarquant peu à peu du marxisme, la social-démocratie est taxée de «doctrine libérale bourgeoise» par ses détracteurs communistes (Lénine, La Révolution prolétarienne et le renégat Kautsky, 1918). Dans son discours au congrès de Tours, en 1920, Léon Blum voit dans le communisme une entreprise dictatoriale érigée en système permanent de gouvernement. Il estime que ce mode de gouvernement est étranger à l’héritage des Lumières, à la source du socialisme français.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’heure est à la reconstruction des économies sous la direction d’États dirigistes. L’ensemble des partis sociaux-démocrates opte pour des politiques de nationalisation. Ces politiques permettent de renouer en pratique avec l’objectif ancien de socialisation des moyens de production et de transformation de l’intérieur du capitalisme. Dès l’entre-deux-guerres, le parti suédois avait établi une nette distinction entre socialisme et socialisation des moyens de production, dont s’inspirera la social-démocratie à partir de 1945. L’approche suédoise repose sur une procédure de négociation permanente entre le patronat et les syndicats, destinée à limiter les conflits. Le "compromis social-démocrate" apparaît ici : d’une part, les syndicats obtiennent la sécurité de l’emploi et l’extension de l’État social. De l’autre, le patronat se voit assurer la paix sociale et la modération salariale.

L’économiste John Maynard Keynes fournit à la social-démocratie un cadre théorique important (Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, 1936). Les politiques dites "keynésiennes" reposent sur la relance de la consommation des ménages par le biais du financement public des investissements et de politiques budgétaires nourrissant la demande. La guerre froide et les succès de l’économie mixte incitent nombre de partis à rompre avec un radicalisme politique qui n’existe souvent plus qu’en paroles. Anthony Crosland, un travailliste britannique, redéfinit l’idéal socialiste, en insistant sur la coexistence harmonieuse entre secteurs privé et public (The Future of Socialism, 1956). Cet ouvrage relance le débat sur la réécriture de la clause IV des statuts du Parti travailliste, qui, depuis 1918, établit comme finalité du socialisme la «propriété commune des moyens de production». Ce révisionnisme doctrinaire échoue. En Allemagne, une tentative similaire est couronnée de succès. Lors de son congrès à Bad-Godesberg en 1959, le SPD cesse de se référer principalement au marxisme et cite parmi ses autres «influences philosophiques», «l’éthique chrétienne» ou «l’humanisme de la philosophie classique». L’économie privée est, dans certains cas, encouragée, l’économie mixte est louée.

Une idée en déshérence

À partir des années 1970, le compromis social-démocrate est bousculé par la forte progression du néolibéralisme aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Subissant le contrecoup du choc pétrolier, de la crise économique et de l’apparition de nouvelles thématiques dans le champ des idées de gauche, la social-démocratie enregistre un net déclin. Elle doit répondre à de nouveaux défis politiques selon un triple axe programmatique : un axe social-démocrate classique se préoccupe de croissance économique, de justice sociale et d’emploi. Un deuxième axe tente de se réapproprier les thèmes postmatérialistes et anti-autoritaires les plus populaires dans l’opinion (défense de l’environnement, égalité entre les sexes). Le troisième axe est d’inspiration néolibérale et accepte dorénavant la stabilité monétaire, la compression des dépenses publiques, les privatisations, la baisse des impôts, un État social "actif" mais restreint.

20070826_Giddens-e98d9.jpgAnthony Giddens, concepteur de la «troisième voie»

Cette nouvelle synthèse sociale-démocrate est activement prônée par Tony Blair au Royaume-Uni à la fin des années 1990 sous le nom de "troisième voie". Anthony Giddens, son concepteur, la positionne à équidistance entre le néo-libéralisme et la "vieille" social-démocratie keynésienne (The Third Way, 1998). En réalité, ce nouveau compromis se démarque bien de l’ultralibéralisme hayékien, mais il rejette avant tout l’interventionnisme d’État et les politiques redistributives de la social-démocratie des années 1960-1970.

Comme force politique, la social-démocratie a progressivement abandonné ses politiques traditionnelles de redistribution des richesses et son ambition de réforme radicale du capitalisme. Elle a même adopté des pans entiers du néolibéralisme, longtemps combattu. Au début du XXIème siècle, l’idée sociale-démocrate apparaît largement affadie ; elle est devenue quasiment impossible à définir, car elle ne se distingue pratiquement plus de ses concurrentes libérale et conservatrice.

En France, aujourd’hui, le néolibéralisme "de gauche" de François Hollande n’a clairement rien à voir avec la tradition sociale-démocrate. Ironie de l’histoire : il se positionne même à droite du révisionisme blairiste. Comme Hollande, Tony Blair a engagé son pays dans des aventures militaires impérialistes et a fait de multiples cadeaux aux patrons. La ressemblance s’arrête là : Blair, bon gré, mal gré, a investi dans les services publics et a fait quelques réformes sociales. François Hollande, à ce jour, ne peut se prévaloir de la moindre réforme sociale et économique de gauche.

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Published by MLG 95 - dans Formation
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