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Le site Maintenant la Gauche Val-d'Oise rassemblait initialement les militants du Parti Socialiste qui se reconnaissaient dans le travail mené de puis l'autonome 2012 par "Maintenant la Gauche", le courant de gauche du PS, qui a présenté au vote des militants la motion 3 lors du congrès de Toulouse autour d'Emmanuel Maurel. Son périmètre s'est peu à peu élargi et a conduit à la présentation de la contribution générale "Le sursaut républicain : un coup de jeune pour le socialisme" pour le congrès de Poitiers. Depuis, notre site permet d'exprimer les positions des camarades valdoisiens rassemblés lors du congrès de Poitiers au sein de la motion B "à gauche pour gagner", dont le premier signataire proposé par Emmanuel Maurel, député européen, et Benoît Hamon, député des Yvelines, est Christian Paul, député de la Nièvre. 
Frédéric Faravel en est le mandataire départemental depuis 2012 ; Adélaïde Piazzi était notre candidate à l'élection du premier secrétaire fédéral du PS95 en 2012 et en 2015.

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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 16:05

Faire autrement pour sauver la Grèce

Entretien avec Liêm Hoang Ngoc publié par Médiapart (Ludovic Lamant) le  jeudi 11 février 2010.

L’Europe n’a plus droit à l’erreur. Au programme officiel du conseil européen extraordinaire, convoqué par son nouveau président Herman Van Rompuy, jeudi 11 février : la formation d’un « gouvernement économique » pour la zone euro et la coordination des plans de « sortie de crise ». Mais les chefs d’Etat et de gouvernement présents à Bruxelles devront surtout s’entendre sur les moyens d’aider un membre de la zone euro au bord de la faillite, la Grèce, minée par sa dette (112% du Produit intérieur brut) et objet de spéculations de plus en plus vives sur les marchés. 

C’est un test décisif pour une Union mal en point. Saura-t-elle se montrer suffisamment solidaire pour rassurer les marchés financiers, très agités depuis dix jours ? Faudra-t-il se résoudre à demander l’aide du Fonds monétaire international ? Au-delà de la Grèce, c’est l’avenir de la monnaie unique, dix ans d’âge, qui se joue. Que fera-t-on pour l’Espagne et le Portugal, dans les mois à venir, deux autres membres de la zone euro malmenés par les agences de notation ? 

Les Européens buteront sur un obstacle de taille : l’article 123 du traité de Lisbonne, qui interdit à un Etat membre de venir en aide à un autre, mais aussi à la Banque centrale européenne (BCE) d’intervenir. Selon des sources diplomatiques citées mercredi dans la soirée par Reuters, la réunion de jeudi pourrait déboucher sur une simple déclaration politique, affirmant la nécessité de venir en aide à la Grèce. Mais les détails techniques ne seraient réglés qu’au cours de la prochaine réunion de l’Eurogroupe, entre ministres des finances, lundi 15 février. Un scénario semble tout de même se dessiner, après le feu vert de l’Allemagne : celui de prêts bilatéraux accordés par Paris, Berlin, et peut-être d’autres capitales européennes, à Athènes. Mais à quelles conditions ? Et avec quelles garanties ? 


 
Dans l’entretien qu’il nous a accordé, l’eurodéputé socialiste Liêm Hoang Ngoc, économiste proche de Benoît Hamon, revient sur les différentes options existantes pour aider la Grèce. Lui plaide pour une intervention de la BCE, qui pourrait racheter directement des bons du Trésor grecs, à l’instar des pratiques de ses homologues américaine et britannique depuis 2008. Il prend également ses distances avec les analyses alarmistes de beaucoup d’observateurs, quant à la gravité des déficits publics en Europe : « Les agences de notation et les marchés surévaluent les risques », assure-t-il. 
 

Les Européens semblent décidés à aider la Grèce, et prendre en charge une partie de sa dette, lors du conseil extraordinaire de jeudi à Bruxelles. Vous soutenez l’initiative ? 
Il y a apparemment une prise de conscience par les Etats membres de la zone euro de la nécessité de mutualiser la dette souveraine des Etats faisant l’objet d’attaques spéculatives. Jusqu’à présent, la Commission européenne exigeait avant tout la mise en place de plans d’austérité, en Grèce et en Espagne, pour rassurer les marchés.
 
La Commission continue à recommander partout des politiques budgétaires orthodoxes qui menacent les amortisseurs sociaux, ceux-là mêmes qui ont permis de contenir la crise. Elle ne jure que par des « réformes structurelles », du même genre que les « politiques d’ajustement structurel » que les pays d’Amérique latine ont dû adopter dans les années 90. C’est un pari dangereux alors que la reprise n’est absolument pas consolidée.

Les Européens semblent décidés à aider la Grèce, et prendre en charge une partie de sa dette, lors du conseil extraordinaire de jeudi à Bruxelles. Vous soutenez l’initiative ?

LHN : Il y a apparemment une prise de conscience par les Etats membres de la zone euro de la nécessité de mutualiser la dette souveraine des Etats faisant l’objet d’attaques spéculatives. Jusqu’à présent, la Commission européenne exigeait avant tout la mise en place de plans d’austérité, en Grèce et en Espagne, pour rassurer les marchés.
 
La Commission continue à recommander partout des politiques budgétaires orthodoxes qui menacent les amortisseurs sociaux, ceux-là mêmes qui ont permis de contenir la crise. Elle ne jure que par des « réformes structurelles », du même genre que les « politiques d’ajustement structurel » que les pays d’Amérique latine ont dû adopter dans les années 90. C’est un pari dangereux alors que la reprise n’est absolument pas consolidée.

« Que la BCE rachète des bons du trésor grecs »

Quelles sont les pistes possibles pour « mutualiser » la dette grecque ?

Notons d’abord que la Grèce ne représente que 3% du PIB communautaire. La somme à lever pour enrayer la crise de ses finances publiques ne serait donc pas énorme. 

A l’avenir, s’il fallait faire face aux attaques spéculatives que pourraient subir d’autres pays, il existe, en théorie, trois solutions. D’abord, les aides bilatérales. C’est sans doute la voie qui sera privilégiée pour la Grèce. Certains Etats membres, les moins attaqués par les marchés, comme la France ou l’Allemagne, emprunteraient sur les marchés pour prêter à la Grèce à un taux plus faible que ce que la Grèce pourrait obtenir en émettant ses propres emprunts. C’est une solution limitée, puisque les Etats membres se sont fixé des limites en matière d’endettement, via le Pacte de stabilité. 

La deuxième solution, de type fédéraliste, serait de lever par l’emprunt des ressources affectées au budget communautaire, et ensuite réparties à fins utiles, pays par pays. C’est une piste qui devrait être explorée si l’Europe se montrait ambitieuse, notamment en matière de coordination des politiques économiques. Elle me semble d’autant plus appropriée que l’Europe connaît une épargne excédentaire (13% du PIB en moyenne, contre 5% aux Etats-Unis), qui n’est pas mobilisée pour l’investissement. Malheureusement, le traité de Lisbonne interdit d’alimenter les ressources du budget communautaire par l’emprunt. 

Reste une troisième solution, sans doute la plus appropriée dans le contexte macroéconomique actuel : demander à la Banque centrale européenne (BCE) de racheter une partie des bons du Trésor émis par les pays faisant l’objet d’attaques spéculatives. Cette solution a été adoptée aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, notamment pour financer une partie du plan de relance de Barack Obama en 2009.  

Mais certains vous rétorquent que ce type de création monétaire entraînerait de l’inflation.
..

C’est faux. Les taux d’utilisation des capacités de production sont à des niveaux historiquement bas en Europe, autour de 70%. Si l’on monétise la dette publique, cela va stimuler la demande. Il n’y a donc pas de tensions inflationnistes car l’offre pourra répondre, compte tenu des surcapacités de production existantes. De plus, les salaires restent contenus, puisque le chômage explose. 

Une intervention de la BCE serait surtout la piste la moins coûteuse pour les finances publiques parce que la BCE rachèterait ces bons à des taux extrêmement bas.

« La commission craint à tort l’inflation »

Pourquoi, alors, cette solution n’est-elle pas privilégiée ?

Parce que les statuts de la BCE, officiellement, ne le permettent pas. Ses statuts lui interdisent de financer les déficits publics. L’article 122.2 du traité de Lisbonne autorise cependant, en cas d’“événements exceptionnels”, le Conseil européen à aider financièrement des pays de la zone euro en difficulté.

Mais cet article ne mentionne pas explicitement la BCE.

Sauf qu’il existe un précédent. L’article 143 du traité de Lisbonne, concernant les pays européens non membres de la zone euro, prévoit là aussi, pour des situations exceptionnelles, une intervention du Conseil européen. C’est en s’appuyant sur cet article que le Conseil avait demandé à la BCE, il y a moins d’un an, d’aider la Hongrie et la Lettonie, dont les balances de paiement déficitaires menaçaient les changes.

Ce n’est donc pas un problème juridique ?

Non. D’autant que depuis le déclenchement de la crise, les Etats membres n’ont pas cessé de transgresser les textes de l’Union, tant en matière de régimes d’aides d’Etat (ce sont les aides aux banques et à l’industrie automobile) qu’en ce qui concerne le Pacte de stabilité et de croissance. 

En vérité, le problème n’est pas juridique, mais politique. Le financement de la dette souveraine par la Banque centrale continue de subir les foudres de l’idéologie monétariste, encore très présente parmi les dirigeants européens qui craignent à tort l’inflation. Ils doivent de surcroît comprendre qu’il s’agit de la solution la plus adaptée et la moins coûteuse lorsque les marchés exigent des primes de risque importantes sur les emprunts d’Etat.

Peut-être la position du nouveau président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, diffère-t-elle de celle de la Commission sur ce sujet...

Peut-être. Nous verrons jeudi soir.

« Les déficits sont liés à la conjoncture »

Certains plaident pour une participation du Fonds monétaire international (FMI) à la « mutualisation » de la dette grecque, pour soulager les finances européennes. Vous êtes d’accord ?

C’est d’abord un problème de gouvernance économique de la zone euro. Elle doit se doter d’un budget fédéral conséquent, comme aux Etats-Unis. Elle doit pouvoir utiliser sa politique monétaire pour financer ses politiques budgétaires, comme le font Américains et Britanniques. L’avenir de l’euro en dépend.

Vous n’avez pas l’air très inquiet par l’importance des dettes publiques en Europe...

Non. Je pense que les agences de notations et les marchés surévaluent aujourd’hui les risques associés aux emprunts d’Etat. Exactement comme ils ont sous-évalué les risques associés à la détention de dérivés de crédit il n’y a pas si longtemps. 

Si l’on met de côté la Grèce, qui est un cas particulier, miné par la fraude fiscale et l’économie souterraine, les déficits publics européens sont en grande partie liés à la conjoncture. Mécaniquement, en récession, les recettes fiscales baissent. Selon le FMI, 17% du PIB des pays de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) a été consacré au sauvetage du système financier. Contre 1% du PIB pour la relance en tant que telle de l’économie ! La Commission est donc en train de demander aux Etats membres, et pas seulement à la Grèce, de suspendre leurs mini-mesures de relance, en sacrifiant les dépenses sociales. Alors que l’essentiel du déficit a été creusé par la sauvegarde du système bancaire, et quelques « stimulants fiscaux » mal calibrés.

Vous ne croyez pas du tout à l’analyse qui consiste à dire que la crise est entrée dans une nouvelle étape : d’une crise de la dette privée, on serait passé à une crise de la dette publique...

Non. Les déficits budgétaires structurels ne sont pas inquiétants. Par contre, les déséquilibres macroéconomiques d’avant la crise sont toujours présents. Au centre, il y a les inégalités de revenus, qui se sont creusées dans le capitalisme financier, avec pour corollaire, l’explosion des hauts revenus et la stagnation des revenus moyens et modestes. Les politiques néolibérales ont cassé la demande intérieure et engendré une épargne excédentaire en France et en Allemagne. Les profits n’ont pas alimenté l’investissement. Seul, l’endettement privé, entretenu par l’industrie financière, a fait de l’Espagne et l’Irlande les clones du modèle immobilier anglo-saxon, avec les conséquences que l’on sait...

Je crains que les « politiques de sortie » que préconise la Commission ne pérennisent ces déséquilibres. Pour la Commission, la crise n’a été qu’une crise financière, avec pour conséquence une contraction du crédit. Une fois prises les mesures de régulation du système financier, l’économie reviendrait à la normale. Il est donc temps, selon elle, de suspendre les mesures de relance, suspectées de compromettre la « viabilité à long-terme » des finances publiques. Ce qui signifie, en clair, un retour à des politiques néolibérales qui semblaient pourtant condamnées par la crise...

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