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Le site Maintenant la Gauche Val-d'Oise rassemblait initialement les militants du Parti Socialiste qui se reconnaissaient dans le travail mené de puis l'autonome 2012 par "Maintenant la Gauche", le courant de gauche du PS, qui a présenté au vote des militants la motion 3 lors du congrès de Toulouse autour d'Emmanuel Maurel. Son périmètre s'est peu à peu élargi et a conduit à la présentation de la contribution générale "Le sursaut républicain : un coup de jeune pour le socialisme" pour le congrès de Poitiers. Depuis, notre site permet d'exprimer les positions des camarades valdoisiens rassemblés lors du congrès de Poitiers au sein de la motion B "à gauche pour gagner", dont le premier signataire proposé par Emmanuel Maurel, député européen, et Benoît Hamon, député des Yvelines, est Christian Paul, député de la Nièvre. 
Frédéric Faravel en est le mandataire départemental depuis 2012 ; Adélaïde Piazzi était notre candidate à l'élection du premier secrétaire fédéral du PS95 en 2012 et en 2015.

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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 11:10

Posté par Rémi LefebvreFaire de la politique ou vivre de la politique ?

Résumé de l’article paru dans Le Monde Diplomatique (octobre 2009) publié avec l’autorisation de son auteur.

Exclus durablement du pouvoir national, les partis de l’ex-gauche plurielle se sont repliés sur leurs bases locales et sur leurs réseaux d’élus, s’accommodant d’une situation qui leur assure de nombreux postes à répartir. Le PS, les Verts et le PCF sont ainsi devenus des machines électorales, performantes sur le plan local, où les intérêts des professionnels de la politique sont devenus dominants. La gauche ainsi notabilisée consacre le processus de professionnalisation de la politique qu’elle cherchait à mettre en cause.

Les élections européennes passées, l’agenda des partis de l’ex-gauche plurielle est dominé, en cette rentrée, non par la crise économique et sociale, mais par les préparatifs des élections régionales et l’épineuse question de la composition des listes. Le mode de scrutin proportionnel confère aux partis politiques un rôle essentiel dans cette élection qui leur permet de rétribuer ou de reconvertir tout un ensemble de responsables (anciens élus battus, aspirants à la carrière politique sans ancrage municipal, collaborateurs ou proches d’élus, adjoints de grandes villes, responsables de courants…). Les associés-rivaux socialistes, écologistes et communistes ont beaucoup à perdre ou à gagner dans ces élections régionales. Les socialistes cherchent à préserver la quasi-totalité des régions (20 sur 22) qu’ils dirigent depuis leur écrasante victoire de 2004. Quelques jours après les élections européennes, Martine Aubry a déjà concédé aux présidents de région sortants une grande liberté dans les stratégies d’alliance locales et la composition des listes pour permettre de conserver le maximum de régions. Le pragmatisme électoral sera dès lors de mise. Les Verts dont la structuration locale dépend de leurs 170 élus régionaux entendent capitaliser leur victoire aux élections européennes et construire un nouveau rapport de forces avec le PS en vue des prochaines élections législatives. Le PCF enfin hésite entre la poursuite du Front de Gauche et une alliance classique avec le PS, moins aventureuse, qui aurait l’avantage de lui assurer d’emblée un minimum de mandats. L’intérêt des appareils politiques prime ici sur toute autre considération : les enjeux internes à la gauche ont pris le pas sur les enjeux externes et les intérêts des groupes que la gauche est censée défendre.

Depuis 2002, la gauche se trouve dans une situation paradoxale. Affaiblie nationalement, écartée de la sphère du pouvoir central, idéologiquement dominée, privée de toute perspective structurante, elle n’a jamais autant prospéré localement. Le PS et les Verts ont accru de manière considérable leurs nombres d’élus dont les pouvoirs ont été renforcés avec la décentralisation. Le PCF dont les scores aux élections présidentielles sont catastrophiques parvient à maintenir un groupe parlementaire grâce à ses maires et survit grâce à ses réseaux d’élus. La « logique des élections intermédiaires » qui pénalise aujourd’hui les gouvernements de droite en place profite à la gauche. En rééquilibrant localement le partage du pouvoir, elle assure une rente de situation aux partis de gauche qui font ainsi vivre des milliers de professionnels de la politique dont les logiques de carrière pèsent en retour sur les stratégies partisanes. Le développement de l’intercommunalité depuis 1999 (communauté de communes, d’agglomération, communauté urbaine), dans un total déficit démocratique, a contribué à considérablement augmenter les indemnités électives et à professionnaliser un nombre croissant d’élus de plus en plus nombreux à vivre de et pour la politique [1].La question sensible des indemnités et des carrières, souvent occultée et déniée publiquement, joue en coulisses un rôle essentiel et surdétermine tout un ensemble de prises de positions et de stratégies. Le PS est par exemple incapable de forger une position commune sur la question de la réforme des collectivités territoriales tant les intérêts départementalistes et régionalistes de ses élus divergent.

La gauche se structure ainsi de plus en plus par rapport à cette spécificité française institutionnelle : le nombre considérable de mandats électifs liés à l’empilement des collectivités locales. C’est d’ailleurs ce marché des postes électoraux que Nicolas Sarkozy cherche à tarir dans la réforme des collectivités locales qui doit être un temps fort de la fin de son mandat. La création du mandat de « conseiller territorial » doit permettre de réduire le nombre de postes de conseillers régionaux et cantonaux de 6000 à 3000.

Il est convenu depuis quelques années de parler de « la crise » du PS confronté à des problèmes de « leadership », de divisions permanentes, la démobilisation de ses militants… Mais cette « crise » est toute relative. De nombreux socialistes ne connaissent pas la « crise » et se sont repliés dans le confort de leurs bastions. Le PS vit plutôt une crise de croissance locale qui a vampirisé le centre partisan. Jamais le PS n’a compté autant d’élus. Depuis la défaite présidentielle de 2002, le PS a considérablement renforcé son implantation locale.

(…) Dans ce contexte, chez de nombreux dirigeants socialistes, les vieux réflexes « molletistes » resurgissent : « Laissons le pouvoir à la droite, il y a trop de coups à prendre dans un environnement économique hostile à la social-démocratie, replions nous sur nos positions locales qui font vivre le PS ». Les élus en place mesurent bien qu’une hypothétique victoire socialiste aux prochaines élections présidentielles aurait mécaniquement, par la logique des « élections intermédiaires », des effets négatifs sur leur ancrage local. Ils se désolidarisent ainsi du devenir national de leur organisation et cultivent leurs fiefs. Mais le pouvoir local pour quoi faire au juste ? Ces bases locales n’apparaissent pas aujourd’hui comme des leviers de politisation. Les contours du « socialisme municipal » apparaissent aujourd’hui particulièrement flous. Le local, pourtant doté de marges de manœuvre réelles avec la décentralisation, malgré le désengagement de l’Etat, n’apparaît plus comme un levier de transformation sociale (comme ce fut le cas dans les années 70). On se défend de « faire de la politique » au niveau local, pensé comme relevant essentiellement de la gestion. Le programme socialiste municipal de 2007 n’était qu’une vague déclaration de principes qui n’inspira que secondairement les candidats locaux. Les régions arrachées à la droite en 2004 devaient constituer des « vitrines » du socialisme. Il n’en fut rien. Que sont devenus par exemple les « emplois tremplins » ? L’apolitisme tient souvent lieu de projet dans le discours d’élus qui cherchent avant tout à conforter leur implantation et répugnent à tout marquage partisan trop net de leur action.

Le PS et ses notables furent longtemps un contre-modèle pour les écologistes. Un même processus de professionnalisation les affecte pourtant, sur une population militante plus limitée. Il est loin le temps où les écologistes défendaient « la politique autrement » et cherchait à subvertir le jeu politique professionnel. Les Verts ont longtemps cultivé une forte méfiance à l’égard de la politique traditionnelle et des principes de la délégation politique (logique de carrière, concentration du pouvoir, personnalisation, leadership…) Ils ont un temps expérimenté des formes alternatives d’exercice des mandats (refus du cumul, pratique du tourniquet…) un peu comme les partis ouvriers avaient tenté de le faire à la fin du XIXe siècle. Ces velléités n’existent plus. Les Verts, convertis au « réalisme » électoral, se sont normalisés et ont pleinement intériorisé les règles du jeu de la démocratie représentative telle qu’elle est [2]. La rotation des mandats n’est plus appliquée. Le cumul des mandats est toléré et largement pratiqué même si les statuts du parti, non respectés, le réglementent toujours [3] Noel Mamère est député-maire de Bègles depuis trois mandats et Dominique Voynet, après s’être engagée à ne pas cumuler, est devenue, suite aux dernières élections municipales, sénatrice-maire de Montreuil. Cette pratique du cumul est justifiée par les arguments traditionnels de ses défenseurs. Est invoqué qu’il faut mettre en avant des personnalités connues, reconnues et compétentes.

(…)

La problématique du PC est un peu différente. On observe certes un renforcement du pouvoir des élus dans un parti qui cherchait historiquement à les contrôler pour éviter toute dérive de personnalisation notabiliaire (le cumul était globalement interdit jusque dans les années 70). Le parti communiste retrouve « l’implantation en archipel » qui était la sienne dans l’entre-deux-guerres : son électorat se dénationalise et se rétracte sur ses bases locales. Le parti s’appuie sur ses élus, poursuivant par là une stratégie d’amortissement du déclin dont le prix est leur large autonomie. Cette posture de survie explique très largement le grand écart du PC pris entre sa proximité idéologique avec l’extrême gauche et la stratégie de préservation des positions locales que permet (pour combien de temps ?) la stratégie d’alliance avec le PS.

L’historien du parti communiste Roger Martelli analyse les écueils de cette stratégie (entretien juin 2009) : « On est dans une situation d’entre deux. Il s’agit de maintenir le capital d’élus pour sauver l’appareil, coller au PS pour préserver les positions locales. Mais enrayer le déclin plus que de reconstituer de nouvelles dynamiques, c’est une démarche défensive. Le poids de la question électorale et des intérêts locaux s’est incontestablement renforcé mais ils sont conçus comme une condition du maintien de l’appareil qui demeure le noyau considéré comme nécessaire de l’organisation communiste. Le parti cherche à avoir des élus, leur poids s’est accru mais le poids dans les organismes de direction n’a pas grandi. La structure partisane verticale et hiérarchique reste une culture enracinée dans le parti. En même temps, les responsables de parti sont devenus élus, ce qui a toute une série d’effets. Les régionales de 1998 ont été de ce point de vue un tournant. La consigne a été de mettre systématiquement les secrétaires fédéraux sur les listes. Ils sont pris des responsabilités dans les exécutifs. C’est une rupture. C’est une manière de salarier sur des fonctions électives des permanents. Jusque là, les secrétaires fédéraux restaient en retrait des responsabilités gestionnaires pour se consacrer au parti. On entendait alors beaucoup ‘moi, si je ne suis pas élu, je n’ai plus de poste de permanent mais ma fédération éclate ou se désagrège’ ». De nombreux élus d’origine ouvrière qui vivent de la politique depuis longtemps craignent un retour à la vie professionnelle qui leur poserait de redoutables problèmes de reconversion.

De fait, aujourd’hui le fonctionnement et la viabilité du PC dépendent de ses élus. Les contributions des élus représentent plus de la moitié des ressources du parti pour l’exercice 2007 (un peu plus de 17 millions d’euros sur des ressources s’élevant à 32 millions), les cotisations d’adhérents représentant 3 millions d’euros et le financement public 3,7 millions. Le PCF est de loin la formation dont la contribution des élus au fonctionnement est la plus forte (en 2007, 17 millions pour le PCF, 1,8 million pour l’UMP et 12 millions pour le PS). Le PCF revendique près de 10 000 élus locaux et 500 municipalités[] de toutes tailles, dont 89 dans des villes de plus de 9 000 habitants[]. Au total, les institutions locales tiennent les partis de gauche beaucoup plus que l’inverse.

(…)

Cette professionnalisation est aussi un obstacle à la recomposition de la gauche. Le patriotisme de parti est à la mesure des intérêts de carrière. Les stratégies individuelles de maintien de position élective priment avant tout et confortent les stratégies d’appareil.

Rémi Lefebvre, professeur de sciences politiques à l’université de Lille2, co-auteur avec Frédéric Sawicki de La société des socialistes, Editions du Croquant, 2006

[1] Les indemnités des élus locaux ont connu une hausse très forte ces dernières années : plus 50,5% entre 2000 et 2001, plus de 37,1% en 2002 et plus 13,4% en 2003. Les exécutifs des intercommunalités sont pléthoriques comme le dénonce régulièrement la Cour de Comptes.

[2] Voir sur cette question, Willy Pelletier, « Positions sociales et procès d’institutionnalisation des Verts », Contretemps, 4, 2002. Quelques règles subsistent.

[3] Le cumul des mandats constitue une véritable assurance-vie politique et un réducteur d’incertitude électorale. Il permet de construire l’inamovibilité électorale en renforçant l’implantation locale, en neutralisant la concurrence ou en permettant de rester dans le jeu en cas de perte d’un des mandats. C’est une donnée structurelle du jeu politique.

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