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Qui sommes-nous ?

Le site Maintenant la Gauche Val-d'Oise rassemblait initialement les militants du Parti Socialiste qui se reconnaissaient dans le travail mené de puis l'autonome 2012 par "Maintenant la Gauche", le courant de gauche du PS, qui a présenté au vote des militants la motion 3 lors du congrès de Toulouse autour d'Emmanuel Maurel. Son périmètre s'est peu à peu élargi et a conduit à la présentation de la contribution générale "Le sursaut républicain : un coup de jeune pour le socialisme" pour le congrès de Poitiers. Depuis, notre site permet d'exprimer les positions des camarades valdoisiens rassemblés lors du congrès de Poitiers au sein de la motion B "à gauche pour gagner", dont le premier signataire proposé par Emmanuel Maurel, député européen, et Benoît Hamon, député des Yvelines, est Christian Paul, député de la Nièvre. 
Frédéric Faravel en est le mandataire départemental depuis 2012 ; Adélaïde Piazzi était notre candidate à l'élection du premier secrétaire fédéral du PS95 en 2012 et en 2015.

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4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 17:18
Laurent Baumel, député socialiste d'Indre-et-Loire

Laurent Baumel, député socialiste d'Indre-et-Loire

Tribune publiée dans Le Monde par Laurent Baumel, député socialiste

LE MONDE |  04.11.2015 à 11h35

La confirmation, dans de récents sondages, que le Front national (FN) pourrait virer en tête au premier tour des élections régionales dans certaines régions a engendré un débat inévitable sur l’attitude que devrait alors avoir celle des deux listes locales de gauche ou de droite qui aurait le malheur d’être arrivée derrière l’autre.

Impulsée par les médias toujours en recherche de clarification en ce qui concerne le comportement des partis républicains à l’égard du Front national, cette anticipation a cessé d’être prématurée depuis que Manuel Valls lui-même s’en est saisi et a tenté, avec l’autorité que lui confère sa position institutionnelle, de préempter la réponse de sa propre famille politique : il faudrait, si la gauche était concernée, «tout faire» – estime le premier ministre qui ne s’exprime jamais à la légère − pour empêcher l’extrême droite de l’emporter.

«Tout faire», c’est-à-dire, dans les faits, se retirer, tant l’hypothèse d’une fusion avec la droite paraît peu réaliste. La question, en vérité, n’est pas si simple.

Nul n’ignore évidemment tout ce qu’aurait de douloureux et de désastreux, tant sur le plan symbolique que sur le plan pratique, la conquête d’un ou de plusieurs bastions régionaux par le FN, le lot incessant et démoralisant de provocations, de polémiques, de fractures et de désordres qui en résulteraient.

Devrait-on pour autant, dans une négation étrange d’un scrutin proportionnel parfois donné en exemple, acter la disparition pure et simple de la représentation politique de la gauche dans certaines des nouvelles grandes régions françaises et consentir à ce que le débat politique dans ces assemblées se réduise à n’être plus qu’un tête-à-tête entre la droite et l’extrême droite ? Faudrait-il demander à des élus locaux qui ont déjà payé un lourd tribut depuis 2014 pour une politique nationale dont ils ne sont guère responsables de franchir une nouvelle étape dans l’autoéradication politique ?

Si la question devait hélas se poser et que cette solution soit, dans les heures fiévreuses qui suivront le 1er tour, imposée par les uns et consenties par les autres, une chose est en tout cas certaine : il faudrait au moins se garder de toute illusion d’avoir, à travers cette extension héroïque de la «discipline républicaine», sauvé la démocratie française. Il faudrait au contraire rester lucides sur le fait que le remède appliqué est de ceux qui, si rien ne change par ailleurs, ne feront sans doute à moyen terme qu’aggraver le mal.

Réaffirmer les valeurs de la gauche

Car, chacun le sait, on ne stoppera pas la dynamique électorale du FN à coup de «fronts républicains». La lecture du débat politique français comme étant désormais l’affrontement entre une option démocrate et humaniste, incarnée par la gauche et la droite «républicaine», et une option populiste et réactionnaire, portée par l’extrême-droite et par une partie croissante de la droite qui lui court après, reste en effet une construction théorique. Elle ne correspond pas à la façon dont nombre d’électeurs – et notamment ceux qui donnent déjà ou pourraient donner demain leur voix au FN – se représentent les enjeux.

Les questions de valeurs ne sont certes pas absentes du débat. Une partie incontestable du vote FN est motivée par l’hostilité aux immigrés et une vision rétractée de l’identité nationale. Il ne fait pas de doute non plus que le clivage ethno-racial a parfois remplacé, dans l’imaginaire d’une partie du monde ouvrier, l’ancien clivage social entre capital et travail. Il reste utile, de ce point de vue, de rappeler sans cesse les valeurs d’égalité et de solidarité, de mener le combat culturel et pédagogique contre les préjugés, de dénoncer les mensonges qui abondent dans le discours de l’extrême droite.

Mais la cause massive du vote FN depuis le milieu des années 1980, le moteur fondamental de sa progression actuelle dans tous les milieux sociaux et dans tous les territoires, est ailleurs : il réside précisément dans cette indifférenciation perçue entre la gauche et la droite, que l’image même du «front républicain» ne fera évidemment que conforter.

Responsabilité de l’exécutif

Indifférenciation d’abord des résultats. «Que ce soit la droite ou la gauche»… Il n’est pas une journée sur le terrain où un élu n’entende ce constat désabusé. Au-delà des divergences idéologiques et programmatiques revendiquées par chaque camp, des affrontements théâtraux sur les plateaux de télévision ou à la séance des questions de l’Assemblée nationale, nombre de Français, dans les couches populaires et moyennes, ont le sentiment que la présence au pouvoir de la gauche plutôt que la droite ou de la droite plutôt que la gauche n’impacte pas fondamentalement leur situation personnelle et celle du pays.

Le taux de chômage reste élevé et dépendant de la conjoncture internationale, la finance continue de faire ce qu’elle veut et les entreprises de délocaliser, l’Europe demeure un problème plus qu’une solution, le pouvoir d’achat continue de stagner ou de s’éroder, les services publics et les collectivités de perdre leurs moyens, et l’avenir des enfants demeure une inquiétude.

Indifférenciation croissante aussi des discours et des politiques menées. Le fait que le vote FN reprenne sa marche en avant dans le quinquennat actuel n’est pas tout à fait un hasard.

On ne peut instituer comme nouvelle doctrine la rhétorique libérale de la «lutte contre le déficit», de «la baisse des charges» et de la «libération du marché du travail», on ne peut baisser massivement les prélèvements des entreprises sans le moindre ciblage et sans la moindre contrepartie, et faire financer cette politique par des hausses d’impôts sur les ménages et des baisses de dotations aux collectivités locales, on ne peut – en d’autres termes – mener une politique contre laquelle on n’aurait pas eu de mots assez durs si elle avait été conduite par Nicolas Sarkozy, on ne peut donner l’impression que l’on mène – une fois passé les promesses de campagne – la politique décidée par les élites économiques et technocratiques françaises et européennes et s’étonner ensuite qu’une partie croissante de l’électorat potentiel de la gauche fasse défaut, à travers l’abstention croissante et le vote FN.

Il faut espérer que les socialistes en lutte dans les régions menacées par le FN parviendront à imposer leur présence au second tour et à l’emporter. Quelle que soit l’issue de la séquence électorale en cours, l’urgence demeurera pour la gauche, si elle veut réellement se sauver elle-même et sauver la République, de retrouver son identité propre et de redevenir la famille politique qui incarne les espérances légitimes des plus modestes.

Le moteur fondamental de la progression actuelle du FN dans tous les milieux sociaux et dans tous les territoires réside dans cette indifférenciation perçue entre la gauche et la droite (Photo: un membre des "chicons en colère" devant un mur dans la ville d'Armentières sur lequel sont collées des affiches du FN). AIMÉE THIRION/HANS LUCAS POUR LE MONDE

Le moteur fondamental de la progression actuelle du FN dans tous les milieux sociaux et dans tous les territoires réside dans cette indifférenciation perçue entre la gauche et la droite (Photo: un membre des "chicons en colère" devant un mur dans la ville d'Armentières sur lequel sont collées des affiches du FN). AIMÉE THIRION/HANS LUCAS POUR LE MONDE

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