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Qui sommes-nous ?

Le site Maintenant la Gauche Val-d'Oise rassemblait initialement les militants du Parti Socialiste qui se reconnaissaient dans le travail mené de puis l'autonome 2012 par "Maintenant la Gauche", le courant de gauche du PS, qui a présenté au vote des militants la motion 3 lors du congrès de Toulouse autour d'Emmanuel Maurel. Son périmètre s'est peu à peu élargi et a conduit à la présentation de la contribution générale "Le sursaut républicain : un coup de jeune pour le socialisme" pour le congrès de Poitiers. Depuis, notre site permet d'exprimer les positions des camarades valdoisiens rassemblés lors du congrès de Poitiers au sein de la motion B "à gauche pour gagner", dont le premier signataire proposé par Emmanuel Maurel, député européen, et Benoît Hamon, député des Yvelines, est Christian Paul, député de la Nièvre. 
Frédéric Faravel en est le mandataire départemental depuis 2012 ; Adélaïde Piazzi était notre candidate à l'élection du premier secrétaire fédéral du PS95 en 2012 et en 2015.

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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 15:22

 |  PAR LÉNAÏG BREDOUX

Sur la forme comme sur le fond, la victoire de Jeremy Corbyn à la tête du parti travailliste britannique prend les socialistes français à rebours. C’est le miroir inversé des années Jospin, quand le PS était hostile à la troisième voie de Tony Blair et Gerhard Schröder.

Il est le nouveau héros de la gauche radicale qui en manque tant. Depuis sa victoire à la tête du Labour, Jeremy Corbyn enthousiasme de la gauche du PS au Front de gauche, en passant par les écologistes. À la fête de l’Humanité, chaque fois qu’il a été prononcé, son nom a été vivement applaudi. « La roue de l’Histoire commence à tourner », s’est félicité Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF. Guest star du week-end dernier à La Courneuve, le Grec Yanis Varoufakis s’est fait lyrique : « Corbyn est une étincelle d’espoir, une petite bougie dans l’obscurité de l’austérité. » Et face à l’auditoire surchauffé de son meeting « Pour un plan B en Europe », Jean-Luc Mélenchon a lancé :« Vous avez raison d’applaudir Corbyn. À chaque fois qu’une hirondelle se présente, il faut croire qu’elle annonce le printemps. » Sur Twitter, Alexis Tsipras (Syriza) et Pablo Iglesias (Podemos) l’ont également chaudement félicité pour son élection.

À cela rien de surprenant. Antithèse de Tony Blair, Corbyn incarne l’aile gauche du Labour, anti-austérité, qui défend les services publics, propose de taxer les riches, s’oppose à la guerre, prône l’abandon de l’arme nucléaire et la sortie de l’Otan. Il a été élu avec un score sans appel, 59,5 % des voix dès le premier tour, au terme d’un scrutin qui a rassemblé plus de 600 000 votants (c’était 70 000 pour la désignation de Jean-Christophe Cambadélis à la tête du PS !). Au lendemain de sa victoire, ce sont plus de 14 000 nouvelles adhésions en 24 heures qui ont été enregistrées par le parti travailliste britannique.

Son homologue français, rue de Solférino, est bien embêté. Lundi, le bureau national a rapidement débattu en fin de réunion du sacre de Corbyn : l’aile gauche est ravie mais la majorité acquise à Hollande et Valls est nettement plus circonspecte, voire carrément hostile.

Officiellement, le PS a évidemment salué l’élection de Corbyn à la tête du Labour. Sous la plume de son secrétaire national à l’Europe, le député Philip Cordery, il se félicite d’un« exercice démocratique exemplaire » qui « permet aux travaillistes de se reconstruire pour proposer une alternative de gauche claire en Grande-Bretagne ». Mais à Paris, Corbyn est un parfait inconnu. « Les socialistes français forment le vœu qu'avec cette nouvelle équipe, les relations entre le Labour et le PS qui s'étaient renforcées sous l'ère d'Ed Miliband, continuent de s'approfondir afin de fortifier la social-démocratie européenne », conclut prudemment le parti socialiste.

Surtout, sur la forme, une primaire ouverte aux sympathisants, comme sur le fond, le virage à gauche, la victoire surprise de Corbyn prend le PS totalement à contre-pied. La situation est pour le moins ironique : la dernière fois que la gauche était au pouvoir, c’était entre 1997 et 2002, à l’époque de la gauche plurielle de Lionel Jospin. Ce dernier se posait en garant de la tradition socialiste et s’opposait à ses camarades allemands et britanniques, théoriciens de la fameuse « troisième voie », celle de Gerhard Schröder et de Tony Blair. Près de vingt ans plus tard, de retour au pouvoir, le PS n’a fait que glisser vers ce qu’il rejetait jadis (lire notre analyse).

À plusieurs reprises depuis 2012, François Hollande a salué les mesures de l’ancien chancelier allemand ; son « pacte de responsabilité » consacre le discours sur le coût du travail comme levier principal de la compétitivité française ; Manuel Valls a lancé « j’aime l’entreprise » au Medef, n’a que le mot de « modernité » à la bouche et a repris le concept de « pré-distribution » cher aux héritiers de Tony Blair ; son ministre de l’économie Emmanuel Macron a souvent dénoncé la théorisation de la conflictualité sociale de la gauche française.

Lionel Jospin, Gerhard Schröder, Tony Blair et Jacques Chirac le 19 juin 2000
Lionel Jospin, Gerhard Schröder, Tony Blair et Jacques Chirac le 19 juin 2000 © Reuters

Observateur privilégié des années Blair – il était conseiller ministériel sous Jospin –, le député PS Laurent Baumel, aujourd’hui animateur des « frondeurs » de l’Assemblée, est consterné : « À l’époque du blairisme triomphant, c’est le PS français qui portait la confrontation idéologique face à la troisième voie. Quinze ans plus tard, c’est le gouvernement français qui semble se mettre dans les pas du blairisme. Valls a adopté la même phraséologie et son positionnement est proche, le fondement théorique en moins… C’est un mouvement de bascule historique. » « La victoire de Corbyn devrait nous instruire, soutient aussi le député européen Emmanuel Maurel, dirigeant de l’aile gauche du PS. Aujourd’hui, Valls s’inspire clairement de Blair, à la fois sur le mode de communication en parlant de “s’émanciper des dogmes” ou de “briser les tabous” et sur le fond. Comme Blair, il a une vision autoritaire de la société et plaide pour plus de dérégulation et de flexibilité. »

« Autant sous Jospin, le PS pouvait faire figure de village gaulois, autant, cette fois, le PS est dans le bain dominant… En Allemagne, en Suède, en Autriche, en Italie, les partis restent alignés sur la ligne austérité/réformes structurelles de Bruxelles… Aujourd’hui, dans la famille social-démocrate, le Labour est bien seul », rappelle Fabien Escalona, enseignant à Sciences-Po Grenoble et spécialiste de la social-démocratie en Europe.

Pour les socialistes critiques, dont l’horizon politique est largement bouché, l’élection de Corbyn offre une bouffée d’oxygène. Et un peu de réconfort. « En fait, ça fait du bien d’entendre des mecs dire des trucs de gauche… On en est là, soupire l’eurodéputé Emmanuel Maurel. Nos leaders sociaux-démocrates sont tellement dans la triangulation qu’ils en oublient de dire des choses de gauche… Alors Corbyn, c’est positif. Et par les temps qui courent, on s’accroche aux signes positifs. »

Mélenchon ne dit pas autre chose : à la fête de l’Humanité, devant la presse, il a raconté sa dernière entrevue avec le nouveau leader du Labour. « La dernière fois que je l’ai rencontré en 2013, il était complètement dépressif. Il disait : “Il n’y a plus de gauche, je ne sais pas où tu trouves l’énergie”, “Tout ce qu’on a fait n’a servi à rien”, “On est vieux”… Bref, honnêtement, il m’a gonflé. Alors je me suis emporté et lui ai dit : “Notre âge et notre vie sont la garantie de notre liberté.” Et maintenant, il est à la tête du Labour… » Avant d’ajouter, prudent : « On voit bien tous que tout le monde est en danger, et que les points de résistance sont très peu nombreux. Les gens sont moins bloqués aujourd’hui. Podemos discute avec Piketty, moi-même j’échange avec Montebourg. L’élection de Corbyn est un nouveau point de résistance, et bien sûr qu’il va falloir discuter avec lui. Bon, on va attendre qu’il atterrisse avant… »

 

« Corbyn est un dinosaure archaïque »

Henri Weber pense tout le contraire. Ancien député européen, bon connaisseur des gauches européennes et conseiller de Cambadélis, il est consterné par la victoire de Corbyn. « Je comprends cet événement : la Grande-Bretagne subit une vraie politique de réaction au libéralisme conservateur qui exaspère la jeunesse et le salariat. C’est une réaction saine d’autodéfense », explique-t-il. Sauf qu’il « la déplore ». « Corbyn propose de sortir du blairisme mais par la mauvaise porte, par la porte arrière, insiste Weber. C’est la ligne politique des années 1970, celle qui a mené la Grande-Bretagne dans un déclin profond et le Labour dans une opposition de 15 ans. » Il fait notamment référence à Tony Benn, figure de la gauche du parti travailliste, et aux défaites systématiques du Labour de 1979 à 1994. « Corbyn est un dinosaure archaïque », juge aussi un ministre du gouvernement, sous couvert d’anonymat.

Mais comme le PS est un drôle de parti, tous les partisans de la politique de François Hollande ne sont pas aussi critiques. C’est par exemple le cas de la sénatrice des Français de l’étranger Hélène Conway-Mouret, ancienne secrétaire d’État de Jean-Marc Ayrault et élue d’Europe du Nord. « J’aurais pu voter Corbyn, dit-elle. Parce qu’il fait un vrai travail de terrain, qu’il est fidèle depuis 40 ans à ses idées et qu’il représente l’idée que je me fais de la gauche. Et puis c’est bien qu’il y ait un virage à gauche face à la politique ultralibérale des conservateurs. » Elle analyse sa victoire comme la volonté des travaillistes de renouer avec le Old Labour : « Les nostalgiques de l’avant-Thatcher ont transmis cette réalité britannique qui existait, qui pouvait exister, avec des syndicats forts, des services publics de qualité assurant une meilleure qualité de vie pour les classes populaires. »

Thomas Godard a la double casquette : militant socialiste, soutien de François Hollande depuis 2009 (quand ils n’étaient qu’une poignée à croire en ses chances), résident en Angleterre et électeur à la primaire du Labour, il a voté Corbyn. « À part sur la politique étrangère, ce qu’il demande n’est pas très différent de ce que demande le PS. Il n’a rien d’un dangereux bolchévique qui veut tuer ses enfants ! », explique-t-il. Il raconte la lassitude des travaillistes sur leur parti, dont les positions sont jugées trop proches des conservateurs, le « besoin de renouvellement du discours politique et médiatique dominant », la « crise de la représentation démocratique », les députés sortis d’Oxford et de Cambridge qui se ressemblent trop, la dérégulation brutale de la société,l’image désastreuse de Blair, la faiblesse des concurrents de Corbyn.

Jeremy Corbyn le 15 septembre 2015
Jeremy Corbyn le 15 septembre 2015 © Reuters

Mais pour lui, pas de doute : aucune comparaison n’est possible entre le contexte britannique et celui de la présidence Hollande. « 60 000 postes de profs en plus sur 5 ans, cela ferait bien rire Tony Blair ! On est à mille lieues de sa politique », juge Thomas Godard. Un avis partagé par Henri Weber : « En Grande-Bretagne, il y a eu une vraie politique d’austérité, contrairement à la France où l'on fait du sérieux budgétaire. Ils ont supprimé 500 000 postes de fonctionnaires en quatre ans. Nous, on a gelé le point d’indice, c’est tout ! »

Plus mesurée, Hélène Conway-Mouret reprend l’argument souvent entendu chez les militants socialistes des contraintes du pouvoir : « Le PS est au pouvoir, c’est toute la différence avec Corbyn. Le PS doit assumer, avec des caisses vides, et il essaie de naviguer pour ne pas appliquer la politique d’austérité imposée ailleurs en Europe. Mais pour faire du social, il faut en avoir les moyens. Au pouvoir, on ne peut pas forcément faire tout ce qu’on veut. »

Et promis juré, les éléphants du PS ne risquent pas de subir le même sort que les vieux ou nouveaux blairistes du Labour. Ils ne croient pas à un « besoin de gauche » en France. Même pas à une « envie »comme le dit le président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone« Nous, comme on n’a pas appliqué les mêmes politiques libérales qu’en Espagne, en Grèce ou en Grande-Bretagne, on devrait être préservés. Et puis la France a une structure d’État qui limite les grands mouvements de société… », veut aussi croire un ministre, à l’abri du off. La Ve République est toujours ce verrou rassurant des élites au pouvoir.

Elles sont bien aidées par le reste de la gauche française, en mal d’unité. L’hypothèse d’une primaire pour 2017 semble plus que douteuse, et même celle d’un vote pour un candidat de « l’autre gauche » reste minoritaire. « C’est tout le paradoxe de la période qui s’explique par les institutions », juge le député Laurent Baumel. En réalité, défend le chercheur Fabien Escalona (lire ses articles pour Mediapart ici), « la victoire de Corbyn fait forcément réfléchir le PS qui s’est coupé de sa base et de sa jeunesse. Mais elle interpelle aussi la gauche alternative où personne, ou presque, ne veut mettre en place une primaire pour 2017 ».

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